dimanche 25 novembre 2012

UMP : guerre des chefs, déroute des troupes

La bataille qui se livre à l'UMP évoque celles où s'affrontèrent, dans un passé lointain, des armées que ne fédéraient que la fidélité à un chef ; celui-ci disparu, elles se débandaient.

Il est trop tôt encore pour voir si l'UMP survivra à la guerre des fillonistes contre les copétiens, qui rappelle ces luttes inexpiables entre factions qui déchirèrent les cités italiennes de la Renaissance. L'épisode a en tout cas le mérite  de remettre en lumière la nature profonde de l'UMP.

L'UMP n'est que le dernier avatar du parti fondé par le général de Gaulle en 1958, l'UNR. Depuis, ce parti a changé de nom trois fois. Après d'être appelé UDR, puis RPR, il est devenu l'UMP. Mais derrière ces sigles, sa nature est restée la même.

Sous ses diverses appellations, ce parti n'a jamais été qu'un rassemblement hétéroclite au service des ambitions et de la politique d'un homme. Ce fut d'abord de Gaulle, puis Pompidou, puis Chirac,  Sarkozy enfin. La raison d'être du parti, c'est d'être une machine de conquête du pouvoir par un homme, et c'est la seule. Ce qui le cimente, c'est la personnalité de ce leader ; plus elle est forte, plus son charisme est grand, et plus la cohésion du parti est assurée. Cet homme, seul lien véritablement fédérateur, disparu, le parti est menacé dans son existence même, si toutefois un successeur "naturel" ne se manifeste pas aussitôt. C'est le cas dans la conjoncture présente. Sarkozy, encore sous le coup de sa défaite, et d'ailleurs très contesté par une grande partie de ses anciens soutiens, n'a désigné aucun successeur. Orphelin d'un chef, le parti se retrouve immédiatement au bord de l'implosion.

L'idéologie a mauvaise presse. L'avenir de l'UMP dira pourtant si ce parti pouvait à ce point se passer d'idéologie. Le "gaullisme" lui en tint lieu jadis, mais qu'en reste-t-il aujourd'hui, à part quelques slogans privés de substance réelle et hors d'état de lui procurer une identité distincte ? L'existence d'une idéologie structurante est peut-être nécessaire à la pérennité d'un parti politique . Le PS a lui aussi connu ses rivalités de chefs. Mais un minimum de bagage idéologique, commun à ses militants, l'a sans doute grandement aidé à les dépasser et à y survivre.

Rien de tel à l'UMP. Ce parti de notables ne fédère que des intérêts. Le clientélisme et le népotisme menacent incessamment de le gangrener. Son appareil de militants est fragile. Sa culture démocratique est superficielle. Sous la Ve République, la droite française n'aura pas réussi à mettre en place une organisation politique aussi solidement structurée que l'est le parti républicain aux Etats-Unis ou le parti conservateur en Grande-Bretagne qui, eux, sont en mesure de survivre à la disparition d'un chef.

Tout cela, la farce des récentes élections le dévoile crûment. Les structures régionales et nationales du parti ont été incapables d'en gérer le déroulement avec un minimum de sérieux et de compétence. On évoque, sans trop insister, la tenue d'un nouveau scrutin. Mais personne ne peut assurer qu'il ne tournera pas, lui aussi, à la mascarade.

Idéologiquement et politiquement, l'opposition des copétistes et des filloniens ne recouvre à peu près aucune opposition de fond sérieuse. Mais entre ces deux ambitieux et leurs cliques respectives, des accusations graves ont été portées, des mots injurieux ont été prononcés, la volonté de mettre la main sur le pouvoir dans le parti reste intacte. La réconciliation n'est pas pour demain.

Dans ces conditions, comment vont se comporter les troupes ? La tentation de quitter le navire à temps et de rejoindre, pour les uns le centre de Borloo, pour les autres le FN de Marine Le Pen, est sans doute grande chez beaucoup. Fillon et Copé réussiront-ils à conserver sous leur bannière respective assez de troupes pour soutenir leurs ambitions ? Rien n'est moins sûr. Quant à l'UMP, son identité risque de devenir à peu près illisible.

Dans les propos que Jean-François Copé a tenus ce soir devant les caméras de télévision, le mot "parti" n'a jamais été prononcé. En revanche, l'expression " famille politique " revenait avec insistance. Cette vision "familiale", aux contours incertains, de l'action politique en disait long sur le processus de régression clanique dans lequel son mouvement est engagé.



Additum ( 1er décembre 2012) . - Lire sur le site du Monde.fr de ce jour l'entretien avec Jean-Claude Monod

Additum 2  ( 4 décembre 2012)    - Le processus d'implosion se poursuit. Deux groupes parlementaires, et bientôt trois si les non-alignés s'organisent. A quand le retour des villepinistes ? Sarkozy, toujours sous le coup de sa défaite, et à plus de quatre ans de la prochaine échéance présidentielle, n'a guère les moyens d'imposer une réunification. On attend avec impatience le moment où l'un de ses anciens lieutenants lui rivera son clou, à celui-là. Pour le moment, la révérence est encore de rigueur, mais ça ne saurait durer. Tu vas voir comment que ça va saigner.




( Posté par : SgrA° )

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