vendredi 7 décembre 2012

Là-bas dessus

Là-bas dessus, comme on lit dans Giono, j'ai salué, un après-midi d'automne, descendant des crêtes, l'homme de la Palud. Il s'était un  peu éloigné de son terrain de jeux favori, quelques kilomètres à vol d'oiseau dans le Nord-Est, là où les pentes sont si raides qu'il n'y  a plus de pente ; c'est la muraille calcaire blanche, grise et rousse, verticale sur trois cents mètres . Ici-dessus, les pentes sont raides, mais les verticales sont juste en face ;  de Moustiers jusqu'à  la Palud, elles tirent leur long rideau de pierre qui vire, quand le soleil se glisse sous l'horizon, du plus glorieux pourpre à un irréel vert pâle. Bonne école de peinture, la nature décompose au soir ses couleurs complémentaires . Ici-dessus, c'est beaucoup plus haut, on voit, par-delà le rebord des falaises, leur revers de forêts et la vallée perdue, au pied du Mourre, où Giono s'en allait rendre visite à Scipion, le berger des abeilles. On ne voit pas l'endroit  où débouchait l'homme de la Palud à la sortie de ses numéros d'acrobate,  parce que, de ce côté,  les hauteurs du Collet Barris cachent le canyon, entre Rougon et la Mescla. Moins audacieux que lui, des escaladeurs encordés et casqués se hissent, l'été, jusqu'au balcon qu'on a aménagé au bord de la route , ou s'en  laissent descendre. Les touristes les regardent en train de se harnacher, ensuite ils basculent dans le vide et on ne les voit plus. On peut les observer en revanche, du rebord de la falaise d'en face, à côté du hameau abandonné d'En Castel, où le chasseur de Peypin s'était remonté une ruine.

D'ici-dessus, on voit, mille mètres plus bas, la rivière qui sort de sous les chaos de l'Imbut, au pied des grandes parois qu'elle a sciées, il y a cinq millions d'années. Depuis, le trait de scie est resté intact, creusé par endroit de marmites suspendues où les eaux ont laissé l'empreinte de leurs fureurs anciennes. Tout au fond du décor, les fantômes  blancs du Pelvoux, d'Ailefroide et des Ecrins, du Malinvern  et du Gélas,  gesticulent au-dessus de cent kilomètres de montagnes.

Du rebord des falaises d'en face, s'élancent les parapentistes. Ce soir-là, justement, il y en avait un , à l'aplomb du lac, qui paraît tout petit sur la photo malgré ses quinze kilomètres de long. Le parapentiste pointe  la direction de Marseille, dans l'opale du couchant. A gauche, c'est la Sainte-Baume ; à droite, la Sainte-Victoire (en faisant défiler la photo de la droite vers la gauche, on voit aussi les Luberons -- sans accent aigu, bande de Parigots têtes de veaux)

On n'a pas trop envie de redescendre, bien que par ces soirs d'automne il commence à faire frisquet. Un frôlement dans l'ombre d'un fourré ; un chevreuil brame au fond des bois; le rideau d'en face éteint  ses fantasmagories; lentement Valensole sombre  dans la nuit. Au-delà, Manosque scintille.

( Posté par : Onésiphore de Prébois )




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