mardi 4 décembre 2012

"Les Désarçonnés" , de Pascal Quignard : un Buster Keaton du concept

" On appelle anicroche l'instrument qui sert à accrocher le corps des cavaliers pour les arracher à leurs arçons afin de les tuer "

Cette (fausse) définition a tellement séduit Quignard qu'il en a fait l'unique matière du chapitre XVI de son dernier livre, Les Désarçonnés.

Le lecteur à son tour séduit s'empresse d'aller vérifier. Mais aucun dictionnaire ne confirme l'intuition quignardesque. A l'origine, le mot désignait une arme au fer recourbé, pas forcément spécialisée dans l'accrochage des cavaliers.

Ainsi en va-t-il de l'érudition quignardienne : approximative, parfois inventée, pour ne pas dire rêvée, pour les besoins de la cause.

Plus loin, Quignard s'enchante d'un mot grec , qu'il transcrit de la façon suivante : la Nékhuiia. C'est l'équivalent quignardique de "Nékuia ", transcription habituelle de ce mot qui sert de titre au chant XI de l'Odyssée, et qui ne comporte pas de khi (aspiré) mais un kappa (sourd) et un seul iota. Mais Quignard ne va pas s'arrêter à d'aussi ridicules nuances.

"Il y eut un  cheval, dans l'histoire romaine, qui fut effrayé par le bruit humain que faisait la guerre.
  Il préféra mourir plutôt que servir les hommes à la guerre.
  C'est la légende romaine du cheval de Mettius Curtius.
  C'est surtout l'origine du lac Curtius.
  Mettius Curtius mourut dans les marais où son cheval l'avait désarçonné en se suicidant. "

Comme c'est émouvant, cette histoire de cheval qui se suicide en se jetant dans un lac. Bien entendu, Quignard l'a inventée de toutes pièces, ou plutôt à l'aide de pièces empruntées à l'édifice de deux légendes différentes. Dans l'une, le roi sabin Mettius Curtius s'enlise sur les rives bourbeuses d'un lac, dont il s'extrait, d'ailleurs sans être désarçonné. Dans l'autre, le jeune Romain Marcus Curtius se jette volontairement, lui et son cheval, dans les eaux du lac qui portera son nom, se sacrifiant aux dieux infernaux pour le salut de sa patrie. Sans doute que le cheval, lui, aurait préféré rester sur la rive.

Puisqu'il en est au lac Curtius, Quignard en profite pour nous le décrire :

" Rien n'est plus touchant que l'aspect de ce lac où un cheval voulut quitter la rive humaine. Pourtant tout y est triste. la mousse sur la rive, en pleine été, est rouge comme une fougère d'automne. L'eau qui la longe et qui passe est plus nue et plus lourde que partout ailleurs. La vague qui suit la coque en plastique du canot peine à s'y élever. Le silence lui-même y est étrange, comme si l'air pesait, sur le lac triste, un poids infini [...]"

Etc. Que c'est beau. Que voilà une jolie et poétique destination pour une balade en Italie. Malheureusement, le touriste égaré par la prose quignardienne aurait du mal à revivre ces impressions in situ. Tout visiteur du Forum romain  sait que ledit lac Curtius se réduit depuis fort longtemps à une margelle de cailloux entourant un puits aujourd'hui comblé où les Romains du temps de César venaient jeter des piécettes en offrande aux divinités infernales. Quignard a dû fabriquer son lac Curtius à partir de souvenirs du lac Trasimène ou du lac Averne, ou des deux. A moins qu'il ne s'agisse d'un anonyme étang du bas Poitou.

Le lecteur  a donc intérêt à se livrer à ces petites vérifications pour comprendre dans quel bateau  (en plastique) l'auteur des Désarçonnés l'embarque. Ces élucubrations étymologiques, linguistiques ou mythologiques, toujours servies avec un sérieux de pape et l' imperturbable aplomb d'un Buster Keaton du concept, jettent évidemment le doute non seulement sur l'ensemble des multiples références érudites sur lesquelles le fringant Quignard appuie ses développements, mais aussi sur le sérieux de son propos. 

La question est de savoir si ces fantaisies d'une érudition en goguette sont conscientes et intentionnelles. On me répondra certainement que ce serait faire injure à l'auteur de croire que ce n'est pas le cas. C'est  donc certainement de propos délibéré que Quignard prend autant de libertés avec le savoir établi. Il est d'ailleurs coutumier du fait ( lire sur ce blog : Les approximations de Quignard ) . Après tout, un écrivain a bien le droit d'inventer et de fabuler à sa guise, en manipulant ses sources. On ne chicane pas Dumas pour ses arrangements avec l'Histoire. Le livre s'ouvre d'ailleurs sur une évocation horrifique et gore à souhait de l'agonie du roi Charles IX, qui doit certainement beaucoup plus à l'imagination de l'auteur qu'aux chroniqueurs du temps.

Si Quignard trouve un malin plaisir à mystifier son lecteur, c'est bien son droit.. A moins que son ardeur manipulatrice ne procède d'une autre intention , mais laquelle ? Ce qui m'étonne en revanche, c'est que jamais, à ma connaissance, la critique n'ait relevé dans la production quignardienne aucun de ces dérapages contrôlés, pour autant qu'ils le soient. Il est vrai que dans le troupeau des critiques littéraires de la presse d'expression française, on ne trouve guère que rosses incultes et ânes bâtés.

Quignard aurait été bien inspiré d'ajouter quelques uns de ces canassons fourbus à la collection  d'équidés  qu'il fait défiler dans son dernier livre. Sorte de Monsieur Loyal dans le piteux manège de ce qui nous tient lieu de littérature contemporaine, il s'y est apparemment donné pour tâche  de recenser tous les chevaux qui désarçonnèrent leur cavalier. Le cheval ayant fourni à l'homme depuis des millénaires son dos pour le transporter, la matière ne lui fait pas défaut . Cela va du cheval de Roland  (qui ne désarçonna peut-être son cavalier que dans l'imagination de Quignard) à celui d'Agrippa d'Aubigné en passant par celui de Montaigne. Parfois, faute de cheval, il se rabat sur un autre animal, comme ce chien qui renversa Jean-Jacques près de Ménilmontant ; pourtant le philosophe n'était pas monté dessus ; mais un molosse, après tout, n'est qu'un petit cheval. Il en profite pour citer de fort beaux et célèbres passages des Essais et des Rêveries du promeneur solitaire , toujours ça de pris. Il n'est d'ailleurs pas le premier à avoir eu l'idée de ce rapprochement, depuis longtemps un classique des études littéraires.

A vrai dire, dans ce livre  décousu et  beaucoup trop long, chevaux ou chiens ne sont ici que des prétextes pour donner libre  cours à une rêverie à sauts et à gambades pour son auteur, à boire et à manger pour son lecteur.

" Le cheval, écrit Quignard, est peut-être le seul animal que l'homme ait trouvé sans conteste plus beau que lui-même".  --- "Sans conteste" ? Et le lion, alors ? Et l'aigle ?

" Dans la sexualité on "reconnaît" aussitôt ce qu'on "ignorait" jusque là mais on ne le "regarde" pas pour autant."  -- Ah bon ? Les explications ne venant pas étayer cette intuition fulgurante, faudra-t-il ici en croire Quignard sur parole ?

" On appelle vendetta un échange de morts comme on appelle mariage un échange de femmes ". -- Va pour la vendetta, mais le mariage, un " échange de femmes " ? . C'est sans doute le mot échange qui ne convient pas. Approximatif Quignard...

" Dans les sociétés animales tout est asymétrie : tout est prédation ". Voilà qui n'est pas moins approximatif. Réduire les sociétés anomales à la prédation,  quel éthologue souscrirait à une vue aussi simpliste ?

Quignard a le goût des formules denses . Mais consistantes et défendables, c'est autre chose.

" Quo itis" est le titre d'un chapitre qui nous raconte la rencontre et la conversation d'un aubergiste et d'un chevalier romain. L'aubergiste demande à son hôte où il se rend. Celui-ci, après s'être fait beaucoup prier, finit par répondre :

" -- Je ne sais pas exactement où je me rends mais je vais vous dire ce que je pense de ce voyage que j'ai entrepris il y a maintenant treize ans. J'ai rendez-vous avec la mort. Je ne sais pas où le rendez-vous est fixé. "

Tout un chapitre, passablement ennuyeux d'ailleurs, pour en arriver à cette banale révélation, à cette platitude rebattue.... Il me semble que, dans le Septième sceau, Bergman  nous raconte une histoire autrement émouvante, à propos du rendez-vous d'un chevalier avec la mort.

" Il se trouva que le cheval qui appartenait à Sejus porta malheur à tous ceux qui l'avaient monté.
  Cneius Sejus, Dolabella, Cassius, Marc Antoine, tous ceux qui le montèrent moururent. "

Eh bien, moi qui n'ai pas monté le cheval de Sejus, je n'en mourrai pas moins, et je ne suis pas le seul . Je dois à Quignard cette révélation renversante, positivement désarçonnante.

Plus loin, il consacre tout un chapitre à nous raconter comment, à l'occasion de la mort de La Palisse, est née ce qu'on appelle une lapalissade : pendant le cortège funèbre, la complainte " hélas s'il n'était pas mort, Il ferait encore envie" se transforme en  "Hélas s'il n'était pas mort Il serait encore en vie".

Sans doute que Quignard attribue à ce lapsus une haute portée philosophique mais nous n'en saurons pas davantage. Il est fort possible, par ailleurs, qu'à l'origine le glissement ne soit pas phonique, comme il le suppose  pour les besoins de sa petite histoire, mais graphique, le " s " ayant tendance à se confondre avec le " f " dans les anciennes graphies du français.

Au chapitre XXXV, Quignard s'attarde à raconter la vie de Nietzsche. Voici ce que cela donne :

" Friedrich Nietzsche, resté seul à Sils-Maria, dans le canton suisse des Grisons, rédigea La Généalogie de la morale. Puis il reprit la route pour Nice. Enfin il gagna Venise. Le cas Wagner parut en Allemagne et connut un grand succès. Alors il s'installa à Turin. La dernière lettre qu'il reçut de sa soeur, écrite le 6 septembre 1888, envoyée du Paraguay, arriva juste le 15 octobre 1888, pour son anniversaire. A partir de novembre Nietzsche est heureux. Peu à peu le succès se mêlant à la joie le fait délirer. A la fin de l'année il adresse à tous ses amis les "billets de la folie". Le 9 janvier 1889, Overbeck vient le chercher et le ramène, de Turin jusqu'à Bâle, où il confie le professeur de philologie extasié à sa mère. En 1897, à la mort de sa mère, Elisabeth Nietzsche-Förster s'occupe seule de son frère , elle décide de déménager, ils s'installent tous les deux à Weimar, où il meurt en 1900, après que Freud a fait paraître, neuf mois plus tôt, à Vienne et à Leipzig, L'Interprétation des rêves. "

Je vous le disais bien que Quignard était un petit cachottier : il a visiblement recyclé dans son bouquin un article initialement rédigé pour Wikipedia et sans doute oublié dans un fond de tiroir. Et dire qu'on a reproché naguère à Houellebecq quelques menus emprunts à la célèbre encyclopédie en ligne...

Quant à l'intérêt que peuvent présenter, à ce moment du livre, ces informations sur Nietzsche, j'en suis encore à me le demander.

Lugubrement élucubrant, la Quigne s'abîme dans  une rêvasserie paléontolo-préhistoricisante moins stupéfiante que stupéfiée comme quoi le  langage en général et la littérature en particulier dérivent de la manducation du primordial charognard. Plongée sans assurance aux tréfonds de l'aven mémoriel ! L'oeil de Quignard était dans le gouffre et regardait l'ancestral excrément . Chierie de ton premier père ! Le roi Gour se goure ! han !  Ô créature du lac! han ! Le tout abusivement ressachié. A chier. Qui ne sait se borner...

Si un musée des horreurs intellectuelles ouvre ses portes un jour, certaines pages de Quignard mériteront d'y figurer. C'est ainsi qu'au chapitre LXXXI  intitulé Natio, Quignard m'a d'abord agréablement surpris par l'analyse attentive d'une série de mots dérivant de la racine du verbe nascere : natio, natus, natura... Mais c'était pour mieux préparer un de ces dérapages abracadabrants dont il a le secret. Voici ce que cela donne :

 " Chez les paysans du Latium le mot natio signifie exactement la "portée des petits nés en même temps ". Les naturalia nommaient les organes sexuels des deux sexes qui sont à la source de la génération des enfants ( à la source de la nascentia des nati) venant au monde (natura) par couvées (nationes). Les métamorphoses, non pas de ces mots, mais de leurs significations ont été lentes. "

Jusqu'ici, ça tient la route, et l'examen de la cohérence de cette brassée de mots ne manque ni d'intérêt ni de charme. Mais voici que ça dérape grave :

" Ce fut à la fin du XVIIIe siècle, en Europe, que le colonialisme et son idéologie particulière (le romantisme, le progrès, la science, l'hygiène, l'eugénisme) reconstruisirent l'originaire, le primitif, le natal, l'archéologique. Ils instrumentèrent peu à peu la biologie comme écologie, la généalogie comme race, et le tout déboucha dans l'extraordinaire horreur humaine qui fit le coeur du XXe siècle ".

Sidérants raccourcis ! Stupéfiantes collisions ! Le romantisme, le progrès,  la science,  l'hygiène et  l'eugénisme, constituants de l' "idéologie particulière" du colonialisme ? Je m'interroge... même pas sur la légitimité d'un amalgame aussi délirant, mais sur la santé mentale de celui qui le propose . Ces deux phrases accumulent une suite d'assertions ahurissantes, évidemment dépourvues de l'ombre d'une amorce de justification . Divagations de timbré. A moins que leurs effets clownesques ne soient très consciemment concertés : Buster Keaton toujours.

Mais ce serait injuste de réduire ce dernier opus de Quignard à un florilège de micro-crottes de bique et de grosses foutraqueries. Certaines pages sont bien venues, attachantes même; on ne s'étonnera pas que ce soient souvent celles où il évoque des souvenirs d'enfance. Souvent, tout un chapitre, assez plat dans l'ensemble, est sauvé par une notation juste, une image saisissante, comme dans ce chapitre sur le cheval de Sejus, quand l'auteur évoque Louise de Vitry sur son lit de mort :

" Il semblait que, chauvissante, ses oreilles fussent dressées dans l'air qui l'entourait, attentives à une espèce de chant ".

La poésie asourcée (pour reprendre un néologisme quignardon) à l'humour potache, j'aime bien ça.

 Et puis, parmi les marottes récurrentes qui nourrissent ce livre, il en est  que je partage avec l'auteur : son refus anarchiste des conditionnements classificateurs, par exemple:

" Nous sommes à peu près tous coupés en deux. D'un côté la démence, de l'autre le code ".

Quant à lui, il a opté,  c'est sûr et certain,  pour le camp de la démence.

" Il faut fuir tous les chevaux du Train des Equipages "

Bien dit.

" Créer, c'est assaillir sur un front sans rival, où la communauté n'existe pas. "

Juste  Auguste.

Prenons en marche le train des équipages ! Au fond (de l'aven mémoriel) l'écrivain n'est-il primordialement  autre chose que l'auguste du collectif cirque mental ? Euh... Dopé par le ptit dej, me mettrais-je à quignardiser ?

" S'il faut se désolidariser du pire, la vertu sera toujours esseulement, évidement, vide, fragmentation, indivi-dualisation, ascèse ".

Forte remarque.

" Politique générale selon Henri Michaux. Se défamiliariser. Se dénationaliser. Se déconditionner. Se déshumaniser.
  Mot d'ordre de Michaux : Prendre l'air partout où c'est possible. Sauve qui peut ".

Alors, s'il se met à citer Michaux, surtout à bon escient, beaucoup pourrait lui être pardonné.

Serais-je sur le point de me réconcilier avec ce Quignard, dont je n'ai encore lu que les 45 premiers chapitres, sur les 102  (1)? Peut-être, après tout, que je l'ai mal lu. Cet hommage à Michaux parle à mon coeur et me fournit en tout cas un solide fil conducteur.

Michaux, l'authentique Résistant : on s'en rend compte en lisant les poèmes d'Epreuves, exorcismes (1940-1944) . Autre chose, sur la question, que les ritournelles aragonesques.

Cette veine anarchisante pourrait bien fournir la meilleure explication aux désinvoltures  de la pseudo-érudition quignardine. Un imposteur goguenard et pince-sans-rire ? Un farceur, mais intéressant ? C'est l'idée (provisoire) que je me fais du Quignard. Elle me le rendrait plutôt sympathique. A tout prendre, mieux vaut un Quignard qu'une Ernaux.

" L'homme doit regagner l'imprévisible comme sa patrie ", écrit encore Quignard .  Belle formule pour un art de vivre. Elle peut valoir aussi pour un art d'écrire. Quignard, dans ce livre, se serait-il fixé pour but de faire surgir l'imprévisible du prévisible et l'inédit du banal ?


Pascal Quignard,  Les Désarçonnés  ( Grasset )

Note 1  . - Comme on a pu s'en rendre compte, ce billet a été revu et complété depuis.


( Posté par : la grande Colette sur son pliant )

Théodore Géricault, Cheval gris au râtelier

12 commentaires:

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