vendredi 14 décembre 2012

Penser l'avenir


On apprend avec quelque effroi, compte tenu de l'état des finances publiques, que l'entreprise Presstalis (messageries de presse) a été récemment sauvée de la faillite grâce à une injection de plusieurs dizaines de millions d'euros d'argent public, donc aux frais du contribuable. Pour autant, Presstalis n'est pas définitivement tiré d'affaire. Un plan prévoyant 1250 suppressions de postes sur un total de 2500 salariés est à l'étude. Il a déclenché les mouvements de grève à répétition qui me privent périodiquement de mon quotidien  favori, mais qui, heureusement, prendront fin quand, ce quotidien ayant fait  faillite à son tour, en même temps que quelques autres, il n'y aura plus de journaux à distribuer. Les marchands de journaux feront faillite à leur tour, et il ne restera plus alors aux ex-salariés de Presstalis qu'à se distribuer entre les agences de l'ANPE  (pardon, de Pôle Emploi).

Les employés de Presstalis se font en effet beaucoup d'illusions s'ils croient pouvoir échapper encore longtemps au sort que connaissent ou connaîtront bientôt des centaines de milliers, voire des millions de travailleurs en France , quand leurs employeurs auront mis la clé sous la porte. Ils ne devront pourtant s'en prendre qu'à eux-mêmes, car c'est le niveau de leurs rémunérations qui est la cause principale des difficultés des entreprises en France. Personne ou presque n'ose dire ouvertement ce qui saute aux yeux de tout le monde : les salariés français sont  trop payés. Beaucoup trop. Pas la peine d'aller voir au Bangladesh pour s'en rendre compte, un petit tour en Europe suffit largement.  Grassement payés par rapport à leurs homologues popolais (1) ou roumains, les salariés français  voudraient l'être encore davantage ! Or le niveau des salaires en France apparaît de plus en plus clairement comme une survivance obsolète des trente glorieuses.

Il faut en convenir : les écarts des salaires  entre les rares nantis de la planète (dont notre pays) et les autres ont beau se réduire peu à peu, les difficultés de notre économie sont largement le résultat de coûts de main d'oeuvre encore beaucoup trop élevés.  Pour renouer avec la compétitivité au plan mondial, la plupart des rémunérations actuellement pratiquées en France devraient être divisées par deux. -- Deux ? --  Eh ben oui, quoi.  Parlons vrai, pour une fois.

Un effet vertueux de cette diminution serait évidemment une baisse spectaculaire du taux de chômage : le pays retrouverait rapidement le plein emploi.

Mais comment, dira-t-on, y parvenir, étant donné le coût de la vie en France et dans les pays développés ? Une telle révolution ne peut en effet se concevoir que si les modes de vie connaissent, eux aussi, une transformation radicale. Cette évolution, commencée en Grèce, s'amorce chez nous, mais de façon encore beaucoup trop timide.

L'expérience de neuf bons dixièmes de l'humanité montre pourtant qu'on peut vivre en dépensant beaucoup moins d'argent et d'énergie. Pour ne prendre qu'un exemple, on sait que le logement représente le poste de dépenses le plus élevé pour la majorité de nos concitoyens, et que dire du gaspillage énergétique engendré par cet énorme parc immobilier (appartements, maisons individuelles) qui, du reste, ne suffit pas à loger tout le monde. Pourtant, des solutions alternatives existent ; elles ne datent  pas d'hier et elles ont depuis longtemps fait leurs preuves.

Ainsi, les entreprises, les collectivités locales, l'Etat, seraient bien inspirés de mettre en place sur l'ensemble du territoire un système de dortoirs collectifs, éventuellement regroupés dans des camps interconnectés (2), sur le modèle de ce qui se faisait en Allemagne voici quelques décennies. Songeons qu'un seul baraquement de cinquante mètres de long sur une dizaine de large peut suffire à abriter  cinq cents personnes environ, sur plusieurs rangs de châlits superposés. Des sanitaires collectifs favoriseraient la convivialité, ainsi que des cantines inspirées de nos actuelles soupes populaires. Une télévision grand écran installée sur la place d'appel pourvoirait aux distractions. L'automobile individuelle disparaîtrait. Des transports de groupe inspirés de ce qui se fait dans l'armée achemineraient les pensionnaires vers leur lieu de travail. Pour les loisirs, la marche à pied, dont les avantages hygiéniques ne sont plus à découvrir, suffirait

Plafonné à mille trois cent  euros mensuels (ce que gagnent en moyenne les Popolais), le salaire serait, pour l'essentiel, mis de côté par son bénéficiaire en vue de la retraite et pour couvrir d'éventuels frais de santé, le système actuel d'assurance-maladie ayant été aboli  : il importe que nos concitoyens retrouvent le sens et le goût du risque.

Ce ne sont là que quelques suggestions.

On se prend à rêver aux multiples aspects de cette révolution des moeurs que l'accroissement de la population mondiale rend inévitable à moyen terme. Car ne nous y trompons pas : si nous ne nous engageons pas dans une démarche volontariste propre à hâter le cours des choses, celui-ci finira de toute façon par s'imposer.

D'ailleurs, certaines entreprises françaises proposent déjà à leurs employés de partir  travailler dans des usines popolaises pour des salaires popolais. La plupart refusent. Ils ont tort : ce serait pour eux l'occasion d'expérimenter un mode de vie qui sera de toute façon le leur -- et le nôtre -- bien avant le tournant du demi-siècle.

Vous voulez parier ?

Note 1 . -

Les fautes de frappe ont souvent une qualité poétique inattendue, mais je dois dire qu'en voilà une qui se popose-là .

Note 2 . -

Cette interconnexion serait indispensable  à la gestion efficace des échanges et transferts des populations besogneuses en fonction de la flexibilité du marché de l'emploi.


( Posté par : Fr. de Hollande )


Les Jambruns communiquent . -

Nous sommes heureux de constater que notre collaborateur FR. de Hollande est sur le point de se convertir aux sains principes de l'économie de marché. L'idée de fixer un maximum salarial, et non plus un minimum, nous paraît aller dans le bon sens, encore que mille trois cent euros mensuels... Enfin, bon, c'est une première étape ; par la force des choses on devrait descendre assez vite à un chiffre plus réaliste, qui se rapprochera davantage des réalistes standards bengalis.

Toutefois, cette histoire de dortoirs collectifs nous paraît relever encore d'un attachement nostalgique aux méthodes perverses de l'interventionnisme étatique. L'Etat n'a pas à intervenir pour imposer ses solutions aux problèmes personnels des libres travailleurs : qu'ils se démerdent tout seuls. Chacun pour soi et Dieu avec les meilleurs, comme on lit au chapitre IV /21 du  Livre de Zob .

Intérieur d'un dortoir pour travailleurs immigrés, construit en Popolie dans les années quarante du siècle dernier.
Ecologique, propret, lumineux, tel sera le cadre de vie du travailleur de l'avenir



1 commentaire:

JC a dit…

Bien entendu, aucune communication entre les dortoirs des hommes et ceux des femmes. Ne transformons pas en lapinière, ces résidences collectives : trop d'enfants, pas assez de travail, c'est la tragédie de ce temps.
A cet égard relire "Les Halls d'Immeubles Barbares", tragédie prémonitoire du Grec Eschyle.