mardi 4 décembre 2012

Pouvoir socialiste / UMP : la balle au centre

Si le conflit Coyon / Flippé a reculé à droite les bornes du burlesque  politique, le traitement calamiteux du dossier Florange est en passe de les reculer à gauche. Les déclarations successives d'Arnaud Montebourg, exigeant de mettre Mittal à la porte de l'hexagone, puis promettant une nationalisation, puis annonçant l'arrivée d'un repreneur fantôme, auraient dû, en bonne logique, acculer notre fringant ministre du rétro-développement industriel à présenter sa démission , mais rien n'est venu. Ces gesticulations n'étaient sans doute rien d'autre qu'un rideau de fumée destiné à masquer au bon peuple de gauche que son président chéri était sur le point de se reconnaître hors d'état d'opposer des arguments sérieux au réalisme de son interlocuteur, l'industriel Mittal.

L'accord passé entre le gouvernement et l'aciériste a tout, en effet, lui aussi, d'un accord fantôme. Chacun des partenaires en donne déjà une interprétation sensiblement différente. Les 180 millions d'euros que Mittal aurait promis d'investir sur le site en cinq ans représentent, certes, une belle somme sur le papier, mais rien ne semble l'obliger à les investir en partie ou en totalité dans un avenir immédiat ; étalée sur cinq ans, la dépense risque de suffire tout juste à maintenir au jour le jour les hauts-fourneaux en état de marche (1)

Mais à quoi bon, quand on sait ce qu'on savait déjà il y a dix huit mois, quand Mittal a mis ses deux hauts-fourneaux en veilleuse : leur fermeture est inéluctable car cette technologie obsolète, excessivement polluante, est condamnée, alors que la demande en acier ne cesse de chuter en Europe. Quant au site de Florange, sa situation géographique, loin d'un port  -- alors qu'il fonctionne avec du minerai de fer importé -- plombe encore davantage sa compétitivité. Dans cette affaire, c'est Mittal qui a raison. Ses choix industriels sont les bons. Ce sont en tout cas les moins mauvais pour une entreprise qui totalise une perte nette de 550 millions d'euros au troisième trimestre 2012 et traîne une dette de 18 milliards d'euros. Fermer ses sites non rentables est pour elle une question de survie. Un enfant de dix ans comprend ça.

Les quelque sept-cents salariés directement concernés ne représentent qu'une goutte d'eau dans notre océan de chômeurs. Ils méritent cependant que leur employeur et l'Etat les aide à sortir de cette crise au mieux, surtout après toutes les promesses moins tenables les unes que les autres dont on ( l'Etat français surtout, hélas ! ) les a abreuvés.

Ce qu'on attend de l'Etat, du président Hollande et de son ministre Montebourg, c'est qu'ils mettent le paquet pour soutenir nos filières industrielles qui ont de l'avenir. Maintenir en survie artificielle des canards boiteux qui eurent leur heure de gloire bien avant la seconde guerre mondiale ne fait qu'entraver les progrès des entreprises saines, en prise sur la modernité. Mais il faut aussi que nos politiques se battent pour pousser les industriels à faire les bons choix économiques, et à réaliser les bons investissements . La récente négociation avec Mittal, l'agitation de Montebourg,  n'indiquent pas qu'on se soit engagé sur cette voie.

Lire sur le blog de Georges Ugeux, Démystifier la finance,  Florange : Montebourg met en joue la réputation économique de la France


Note 1 . - Le Monde.fr vient de publier les détails de l'accord entre Arcelor-Mittal et le gouvernement. En voici un extrait, édifiant :


" [...] les 180 millions d'euros d'investissements sur cinq ans promis par ArcelorMittal seront certes "réalisés de manière inconditionnelle", à la différence de ceux promis parLakshmi Mittal à Nicolas Sarkozy en 2008. Mais "les investissements stratégiques" ne représenteront que 53 millions d'euros de l'ensemble.
Tout le reste, ce sera "le flux d'investissements courants, les investissements de pérennité, santé, sécurité et progrès continu, et la maintenance exceptionnelle", c'est-à-dire un vaste fourre-tout où à peu près tout et n'importe quoi peut être comptabilisé, et notamment les frais de maintenance. "

Vous avez dit consternant ? L'argent dépensé par Mittal (s'il le dépense) ne servira probablement même pas à moderniser l'outil de production.

Additum ( 5 décembre 2012) - 


Au journal de 20 heures, sur la 2, pitoyable prestation de l'ectoplasme (comment s'appelle-t-il, déjà ?) qui nous tient lieu de premier ministre. Ce n'est même plus de la langue de bois, c'est de l'agglo. On aura au moins retenu que les salariés doivent déjà s'estimer heureux de ne pas être virés sans autre forme de procès. C'est une grande victoire. Beaucoup aimeraient bien être à leur place. Le site de Florange est condamné, c'est certain, mais manifestement, l'urgence, pour le pouvoir, n'est pas là : elle est de parer au plus pressé sur le front de l'emploi, en tâchant d'empêcher les licenciements secs, à Florange mais aussi un peu partout en France : ça craint chez Peugeot, ça craint chez Renault, ça craint dans la téléphonie, ça craint dans de multiples PME. Apparemment, notre ministre du "redressement productif" , qui a dû renoncer à redresser quoi que ce soit, consacre le plus clair de son temps à courir à droite et à gauche pour tenter de colmater les brèches; il s'agit d'éviter que les chiffres du chômage ne s'envolent dans les mois qui viennent à la même vitesse que la dette publique. Pour une politique sérieuse, cohérente et efficace visant à remailler notre tissu industriel, il verra plus tard, s'il est encore à son poste. On n'a même plus envie de dauber sur ce pouvoir déjà aux abois, tant le pays semble au bord de la catastrophe.


T'étais belle comme un haut-fourneau, tu sais



( Posté par : Babal )

1 commentaire:

JC a dit…

Comment espérer de ce pitre d'avocaillon de Montebourge autre chose que de l'agitation ?Ridicule, incompétent, pitoyable sont les qualificatifs qui conviennent à ce gouvernement de brêles. Caractérisant parfois le gouvernement précédent, loin de toujours réussir, Flamby réussit le tour de force de magnifier le désastre en quelques mois ...!
Encore un effort, les bobos, pour devenir bonobos !