lundi 28 janvier 2013

Caspar Wolf : le peintre dans son atelier, ou: le sens de l'équilibre !

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Le bonhomme sous un parasol, installé entre deux autres "alpinistes" sur le gros rocher à gauche du tableau, c'est le peintre ! On se demande bien comment tous trois (plus le chien) sont parvenus jusque là ! Caspar Wolf (1735/1783) s'est représenté en train de croquer ses compagnons géologues qui examinent des pierres aux abords du glacier du Lauteraar,  dominé par le massif des Lauteraarhörner, au coeur des Alpes Bernoises. Cette composition pleine de drôlerie, de charme et de majesté a été peinte en 1776. La peinture de Wolf dit, en même temps que Rousseau et que Saussure, et avant Stendhal, que la contemplation des cimes élève l'âme, étant une leçon de beauté et de sérénité joyeuse. Innocente et puissante gaieté des montagnes. Le manque  étreint mon coeur amoureux d'elles.

Ce n'était pas le point de vue de Buffon, pourtant éminent savant naturaliste. "La nature brute est hideuse" , écrivit-il . Jusqu'au milieu du XVIIIème siècle, l'idée que la montagne pouvait être belle n'avait encore effleuré à peu près personne. Ainsi, avant Caspar Wolf, les paysages alpestres n'attirèrent guère les artistes, sinon à des fins documentaires. Wolf fait véritablement figure de pionnier à cet égard. Dans ses oeuvres, la splendeur harmonieuse des sites passe au premier plan.

A la suite de Caspar Wolf en revanche, et particulièrement à l'époque romantique, les paysages des Alpes suisses ont inspiré plus d'un peintre.  Le plus connu, au siècle suivant, reste sans conteste Turner, qui, en 1842, entre Bâle et le  Saint-Gothard, illustra ses carnets de voyage d'admirables aquarelles D'autres paysagistes de grand talent, comme Franz Niklaus König, Maximilien de Meuron, Barthélémy Menn, Alexandre Calame, François Diday,  Jakob Zelger , Rudolf Koller, Johann Gottifried Steffan, Frank Buchser, imposèrent, dans la première moitié du XIXe siècle, une brillante école suisse du paysage. A leur époque, leurs oeuvres, aujourd'hui peu connues , connurent souvent un très grand succès. Ils peignirent d'admirables toiles représentant nombre des sites les plus célèbres de la Suisse romande et alémanique . Au XIXe siècle, des peintres paysagistes de grand talent oeuvrèrent aussi  en Allemagne (Caspar-David Friedrich) et en Autriche (Ferdinand-Georg Waldmuller). L'art des uns et des autres est fortement marqué par l'influence des grand Hollandais du XVIIe siècle (Ruysdaël, Paul Potter).

On se doute que le glacier du Lauteraar n'a plus tout-à-fait la splendeur du temps où Wolf l'a peint , encore que ces glaciers relativement septentrionaux aient mieux résisté au réchauffement climatique que d'autres glaciers des Alpes . J'ai pu observer le recul spectaculaire, d'année en année, de certains glaciers d'Oisans, comme le glacier d'Arsine, et disparaître (ou quasiment disparaître) en haute Ubaye le glacier de  Marinet, au pied de l'aiguille de Chambeyron, le plus méridional des glaciers des Alpes françaises.



Caspar Wolf, le Glacier du Lauteraar , Kunstmuseum, Bâle (cliquer sur l'image pour l'agrandir)

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