dimanche 6 janvier 2013

La fin de l'espoir

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Dans quelques millions de milliards d'années -- peut-être beaucoup moins --, toutes les étoiles de toutes les galaxies de l'Univers auront épuisé leurs réserves de combustible. D'innombrables astres morts et noirs continueront de s'éloigner infiniment les uns des autres dans les immensités glacées de l'espace.

Mais  personne ne sera plus là pour se rappeler qu'une planète depuis longtemps disparue avait abrité la vie.

Dans quatre à six milliards d'années, notre soleil, ayant épuisé ses réserves d'hydrogène, commencera à brûler son hélium. Il se gonflera alors immensément et la Terre connaîtra sa fin : cuite, puis vaporisée.

Mais personne n'aura l'occasion d'assister au spectacle.

Dans un milliard d'années (peut-être moins), la température à la surface du Globe dépassera largement les 100° C. Les océans commenceront à s'évaporer, puis, la température continuant de monter, ils se vaporiseront. A 400 ° C, toute forme de vie aura disparu. Même les bactéries ultra-résistantes à la chaleur seront liquidées.

De toute façon, nous n'y serons plus depuis longtemps.

D'ici un à deux millions d'années, en effet, l'espèce de primates nommée Homo sapiens sapiens s'éteindra, mêlant, dans les couches géologiques, ses fossiles à ceux de ses  cousins Neanderthalensis et autres espèces d'Homo.

Mais franchement, on s'en fiche un peu, vu que, depuis un bail, nous aurons pris congé.

Dans quelques milliers d'années, nos civilisations encombreront les musées (s'il en reste) de leurs vestiges, qui voisineront avec ceux des civilisations romaine, grecque, hittite, sumérienne et tant d' autres.

Mais, bon, nous ne serons pas  là pour les admirer.

Dans moins de vingt ans, le monde tel que nous l'avons connu et le mode de vie qui aura été le nôtre seront en voie de disparition rapide. Plus de sept milliards d'êtres humains s'entasseront dans d'immenses mégapoles, avec les conséquences sur l'environnement qu'on imagine. Nourrir tout ce monde sera de plus en plus difficile.. L'eau deviendra de plus en plus rare, de même que les terres agricoles, et le réchauffement climatique n'arrangera pas les choses. Il s'en passera sûrement de belles, et la fin du siècle s'annonce furieusement massacrante, en gros et en détail.

Serons-nous morts avant d'avoir vu ça ? Espérons que oui. Je te le souhaite, ma soeur, mon frère. Je me le souhaite. Souhaite-le moi. Merci.

Car la seule consolation qui nous reste, c'est de nous dire que, si la chance est avec nous, dans quelques années (c'est bien long), quelques mois, quelques jours, quelques heures, quelques minutes, quelques secondes, un bon cancer, un providentiel accident de la route, un AVC foudroyant, nous aura rayés de la carte des vivants.

Ouf ! On ne l'espérait plus, dis donc.

S'il est vrai que la vie n'est qu'une suite de souffrances et de malheurs et que, comme l'affirme si justement la prédication chrétienne, la terre n'est qu'une vallée de larmes, alors, Dieu s'étant définitivement absenté, l'éloge stoïcien du suicide garde toute sa pertinence. C'est dès le berceau que chaque nourrisson devrait être pourvu, en même temps que de son acte de naissance, de sa pilule de cyanure.

Car nous sommes entrés dans une ère nouvelle : pour la première fois dans leur histoire, grâce aux progrès incessants de la connaissance scientifique, les hommes savent qu'il n'y a aucun espoir, sauf celui d'en avoir fini le plus vite possible avec l'existence. Ah ! entrer enfin dans le repos !

L'espoir est archaïque. L'espoir est anti-moderne.

Tant mieux. Nous allons connaître enfin le prix d'un instant de vie, éventuellement sans souffrance. D'autant plus précieux qu'il sera rare.

Ce matin, j'ai caressé le chat de la voisine en train de se purger dans le jardin (1). Moment de bonheur divin.

Après nous le déluge, et viva la muerte !


Note 1 . - Le chat, pas la voisine.


( Posté par : Babal )




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