vendredi 25 janvier 2013

Présumée coupable

820 -

Ce matin, dans les boutiques de mon village, il n'était question que de la libération de Florence Cassez . Les commentaires ne devaient pas être très éloignés de ce qu'on a entendu sur le sujet dans les rues de Mexico ; la plupart trouvaient qu'on en avait fait beaucoup trop pour le retour de cette femme : bon, elle dit qu'elle n'est pas coupable, mais qu'est-ce qu'on en sait, nous aut' ? Et puis elle a trop bonne mine pour être honnête. Et d'ailleurs , la chanson de l'innocent injustement emprisonné,  on la connaît , d'autres nous l'ont déjà serinée. 

D'autres, les accusés d'Outreau par exemple, que défendit justement l'avocat de Florence Cassez. Qu'est-ce qu'on en savait, nous aut', de cette affaire de pédophilie ? Rien de plus que ce qu'en avait dit la presse à l'époque du procès, c'est-à-dire pas grand-chose. On a tous découvert l'étendue du scandale, tout éberlués, quand la principale accusatrice s'est rétractée. Si elle ne l'avait pas fait, la plupart des acquittés d'Outreau croupiraient encore en prison.

Dans le cas de Florence Cassez, on a eu le temps de s 'informer, puisque voilà sept ans qu'elle y croupissait, en prison. Mais combien d'entre nous ont vraiment pris cette peine ? Là encore, nous nous sommes contentés, pour la plupart, du peu d'informations que la presse nous a délivrées. Alors qu'il suffisait d'insister un peu, d'aller à la pêche, à droite et à gauche, sur internet par exemple, pour découvrir l'énormité du scandale. Les erreurs et les fautes du juge Burgaud et, sans doute, de la police française, dans l'affaire d'Outreau, ne sont qu'amusettes de cour de récréation, comparées aux manipulations illégales, délictueuses, criminelles, auxquelles s'est livrée la police mexicaine, sur les ordres et avec l'aval de son chef de l'époque, Genaro Garcia Luna, le ministre de l'insécurité publique de l'ex-président Calderon. Mise en scène d'une arrestation fictive,  témoignages obtenus sous la pression, l'intimidation, voire la torture, enquête incroyablement bâclée : il aura fallu pourtant sept ans pour que la justice mexicaine finisse par reconnaître la nullité du dossier d'accusation, grâce aux efforts obstinés de l'accusée, de son avocat et de ses soutiens, et non des moindres.

Malgré cela, il s'est trouvé, dès la descente d'avion de Florence Cassez,  des journalistes pour lui poser la question obscène : êtes-vous vraiment innocente ? On en a honte pour eux. Mais sans doute ces professionnels de l'information étaient-il en réalité aussi mal informés que le pékin moyen. Ils devaient ignorer, par exemple, que, dès novembre 2010, la conférence épiscopale du Mexique proclamait  "l'absolue innocence" de Florence Cassez. Mais on sait que la charité chrétienne est un alcool fort , comme le signalait déjà, je crois, Georges Bernanos dans le Journal d'un curé de campagne : il convient donc de ne pas en abuser.

Au vrai, la femme que notre ministre des affaires étrangères est allée accueillir à sa descente d'avion n'est pas seulement l'innocente victime d'une erreur judiciaire réitérée, arc-boutée sur des manipulations policières : elle est une martyr. Martyr de la vérité, comme les accusés d'Outreau. Et d'abord,  comme eux, seule contre tous.

N'allons pas pour autant crier trop vite haro sur la justice mexicaine. Dans nos prisons aussi croupissent sans doute des innocents. Pour ne pas mourir idiots, renseignez-vous donc, par exemple, sur l'affaire Dany Leprince. Vous serez édifiés.


Additum  . - Sept ans après son arrestation, l'ex-petit ami de Florence Cassez, considéré comme le chef du gang des ravisseurs, continue de croupir dans une prison mexicaine sans jamais avoir été présenté à un juge ni avoir été interrogé par la justice mexicaine ni, bien entendu, jugé ! La soeur de ce personnage, pourtant très fortement soupçonnée d'avoir été la complice de son frère, n'a jamais été inquiétée ni même interrogée ! Sans commentaire.









3 commentaires:

JC a dit…

J'ignore si cette femme est coupable ou non, n'ayant pas eu accès au dossier.

Tout le monde ferait bien de s'inspirer de prudence sur ce dossier....

Les Jambruns a dit…

@ JC

Sans avoir accès au dossier, on peut aisément s'informer, et ce ne sont pas les informations qui manquent. Voir, notamment, les récents articles publiés par "L'Express" et par "La Vie". L'encyclopédie en ligne Wikipedia propose de l'affaire Cassez un compte-rendu précis. Florence Cassez n'est qu'une des milliers de victimes de l'arbitraire policier au Mexique sous le gouvernement Calderon.

JC a dit…

Je me méfie des médiateurs : j'ai pour habitude, surtout en situation de justice, de demander les pièces, plutôt que les points de vue sur les pièces ...
(je n'ai que mépris pour les corps constitués (!) mexicains)