dimanche 13 janvier 2013

Oui au droit au mariage pour les homosexuels

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Parmi les manifestants de ce dimanche contre le projet gouvernemental de légalisation du mariage de couples homosexuels , les catholiques pratiquants sont en force. L'archevêque de Paris en personne s'est joint à la manifestation.

Que l'Eglise catholique et ses fidèles, mais aussi le Consistoire israélite et le Conseil français du culte musulman manifestent leur opposition au mariage gay n'a rien d'étonnant. On ne voit pas pourquoi ces gens tourneraient soudain le dos au socle dur de leurs croyances communes. C'est dans la Bible. Dieu condamne le péché de Sodome.

On s'étonnera davantage que les mêmes prêtent une attention favorable à l'argument qui voudrait que l'homosexualité étant anti-naturelle, le mariage entre homosexuels le soit tout autant. Une Christine Boutin, parmi bien d'autres, s'en fait le relais : le mariage, c'est entre un homme et une femme, c'est la nature qui veut ça.

Malheureusement pour les tenants de cette position,  rien n'est plus naturel que l'homosexualité. Voici bien longtemps déjà qu'André Gide, dans Corydon, signalait l'existence de rapports homosexuels chez diverses espèces animales. Depuis, les observations des éthologues confirmant ces pratiques chez les animaux se sont multipliées.

Dans de nombreux pays du monde, l'homosexualité  est encore réprimée et expose à de lourdes sanctions judiciaires, allant jusqu'à la peine de mort. Ces législations répressives se fondent, soit sur la condamnation biblique (c'est le cas de nombreux pays musulmans), soit sur le postulat que l'homosexualité est contre nature. Mais certainement pas sur les deux à la fois.

Ces deux formes de justification de la répression de l'homosexualité sont en effet directement contraires l'une à l'autre. Ce n'est pas parce qu'elle est anti-naturelle que catholiques, juifs ou musulmans condamnent l'homosexualité, c'est justement parce qu'elle est naturelle.

Les injonctions bibliques, en effet, ne sont nullement calquées sur de prétendues lois naturelles ; au contraire, elles se distinguent par un refus de se soumettre à ces lois. Rien de plus anti-naturel que l'idée d'un péché originel, que les Dix Commandements, que certains interdits alimentaires etc. Dans ce qui est naturel, Dieu fait le tri entre ce qui est licite et ce qui ne l'est pas.

Qu'on se situe dans une perspective biblique ou non, le mariage n'a, de toute façon,  rien de naturel. C'est, comme du reste la famille qu'il est censé fonder, une institution, qui répond sans doute à l'origine au besoin de régulariser la sexualité naturelle dans le cadre de pratiques sociales s'éloignant de plus en plus des conditions de la vie animale.

Institution sociale, le mariage est appelé à évoluer en même temps que la société, ou plutôt que les sociétés, ce qui aboutit à la très  grande variété de législations écrites ou traditionnelles que l'humanité a connues au cours de son histoire, et qu'elle connaît encore aujourd'hui. Si le projet de loi est adopté, la France sera le quinzième pays à légaliser le mariage des homosexuels. Nous sommes plutôt en retard dans ce domaine qu'à la pointe de l'innovation, et même pas le premier pays latin, puisque l'Espagne nous a précédés (dès 2005) ainsi que le Portugal.

Si l'on admet avec Edgar Morin que l'humanité est engagée, depuis les origines, dans un processus d'hominisation de plus en plus poussé, il faut s'attendre -- et on doit le souhaiter -- à ce que l'institution du mariage se déconnecte de plus en plus de ses conditionnements naturels, c'est-à-dire, en fait, de la sexualité sous ses diverses formes.

Ce n'est pas parce qu'ils adhèrent à des pratiques sexuelles particulières que les couples homosexuels revendiquent le droit au mariage, avec les droits et les devoirs que le mariage implique -- droit d'avoir des enfants, de leur donner leur nom, de les élever, de leur transmettre leurs biens, avec l'ensemble de responsabilités que cela entraîne --, c'est parce qu'ils s'aiment. Ils estiment, comme les couples hétérosexuels, que le cadre institutionnel du mariage leur permettra de donner tout son sens à leur union et de la conduire à son plein épanouissement --, et ils ont raison.

Ce qui fonde la légitimité du projet gouvernemental de légalisation du mariage gay, c'est la conviction que ce qui fonde l'union des époux, ce n'est pas la forme particulière de leur vie sexuelle, c'est le lien de l'amour. Or, si l'amour s'enracine généralement dans la sexualité, il est différent d'elle et la dépasse. L'amour suppose don de soi et abnégation, au profit de l'autre. Il est un appel vers le haut. Il est une transcendance. L'amour est toujours à inventer, à réinventer. La femme, disait Aragon, est l'avenir de l'homme. Mais c'est l'amour, à la vérité, qui est l'avenir de l'homme. Comment apprendrons-nous la transcendance à nos enfants, comment leur donnerons-nous l'espoir, si nous ne leur apprenons pas l'amour ?

Aussi ne voit-on vraiment pas pourquoi un couple d'homosexuels serait moins capable de ce don de soi, de cette attention généreuse et tendre à l'autre, immédiate et durable, qui est l'amour vrai , qu'un couple hétérosexuel. Le mariage hétérosexuel traditionnel ne garantit d'ailleurs aucunement que les parents seront capables de déployer l'ensemble de qualités qui leur permettront d'élever leurs enfants comme on souhaiterait qu'un enfant le soit toujours, cela se vérifie malheureusement tous les jours . Les unions de couples homosexuels mariés seront soumises aux mêmes aléas que les unions hétérosexuelles, voilà tout.

Mais que, dans cette affaire, on  arrête de nous bassiner avec la nature. Elle n'a rien à voir là-dedans. La nature est faite pour être surmontée. Ce n'est pas à des lecteurs de la Bible qu'on va apprendre ça. Mais dans une société laïque, qui n'emprunte plus ses règles de vie à la loi religieuse, ce n'est plus Dieu, ce sont les hommes qui disent la loi. La loi d'amour . Des lecteurs de la Bible devraient comprendre ça.

( Posté par : La grande Colette sur son pliant )






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