samedi 5 janvier 2013

Tous en Russie avec Gérard et Brigitte ?

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Après Gérard Depardieu, Brigitte Bardot vient d'annoncer qu'elle  demandera la nationalité russe, si on euthanasie les deux éléphantes tuberculeuses du zoo de Lyon.

Ces annonces font les gros titres des gazettes . Le comportement d'un Bernard Arnault,  celui d'un Depardieu,  et maintenant de Brigitte Bardot, sont généralement perçus comme quelque peu provocateurs et scandaleux, en tout cas singuliers. Mais sont-ils en réalité à ce point inhabituels, à ce point nouveaux ?

A toutes les époques, des Français partis vivre à l'étranger ont été amenés à demander la nationalité de leur pays d'accueil. Sans doute ont-ils été plus nombreux à le faire dans des circonstances historiques particulières, comme ces protestants partis s'installer outre-Rhin après la révocation de l'Edit de Nantes, ou ces exilés outre-Atlantique pendant la Seconde Guerre Mondiale. En temps de paix il semble normal que des gens installés depuis longtemps dans un autre pays, où ils ont fait leur vie, finissent par devenir citoyens de ce pays. Leur choix ne choque personne et n'implique pas nécessairement que ces Français renoncent à la nationalité française.

Les Français qui acquièrent ainsi une nouvelle nationalité ne diffèrent en rien des ressortissants d'autres pays qui agissent de même, comme ces nombreuses personnes d'origine italienne, espagnole, maghrébine ou chinoise  venues travailler en France et devenues nos compatriotes. Ils sont beaucoup moins nombreux, voilà tout, la France recommençant seulement à fournir à d'autres pays des contingents d'immigrés un peu plus substantiels que pendant presque tout le siècle dernier. Nous redevenons un pays d'émigrants, voilà tout. N'oublions pas que c'est grâce à cela que le Québec existe.

En quoi le comportement d'un Depardieu, et maintenant d'une Brigitte Bardot, diffère-t-il de ces comportements traditionnels?

Il en diffère d'abord par son indiscrétion provocatrice. Ceux qui en font preuve tentent manifestement d'utiliser leur notoriété et le bruit fait autour de leur décision comme moyen de pression. C'est d'ailleurs, semble-t-il,  la première fois que le candidat à l'obtention d'une autre nationalité manifeste son intention avant d'avoir quitté son pays d'origine. Pendant que Depardieu négociait avec les autorités russes l'octroi d'un passeport, il continuait de vaquer à ses occupations à Paris. Retenez-moi ou je fais un malheur, tel est peut-être le message que notre  Obélix provisoirement encore national, notre inoxydable Brigitte veulent faire parvenir en haut lieu.

Ensuite, la décision de l'impétrant est ouvertement motivée par son mécontentement. Depardieu est mécontent de la manière dont le fisc français l'a traité, et il le dit. Brigitte est très mécontente du traitement réservé en France aux animaux et elle le dit. Comme il ne manque pas, dans ce pays, de gens mécontents de leur sort et qui en imputent la responsabilité à l'Etat et à son administration, nos deux illustres protestataires devraient logiquement faire école et nous devrions voir, dans les mois qui viennent, la France se vider d'une bonne partie de sa population. Il n'en sera pourtant rien, pour les multiples raisons que tout le monde connaît.

Ce que révèle en tout cas cette agitation, c'est le déclin en France -- mais pas seulement -- du sentiment d'appartenance à une nation et l'obsolescence grandissante du patriotisme. " Abreuve nos sillons poil au con" ne fait plus guère recette que parmi les décérébrés qui fréquentent les stades de foot ou de rugby, dans les casernes et dans quelques meetings politiques. Le temps où un ministre de l'Identité Nationale siégeait au gouvernement nous paraît appartenir au néolithique. Nous nous sentions déjà, à juste titre, autant citoyens européens que citoyens français ; si la mondialisation nous aide à nous sentir un peu plus citoyens du monde, c'est tant mieux. Il est d'ailleurs plaisant de voir les mêmes reprocher à Depardieu son manque de patriotisme et trouver tout-à-fait normal que des entreprises proposent à leur personnel de le délocaliser en Pologne ou ailleurs pour des salaires très inférieurs à ceux qu'ils touchaient en France.

En ce début de XXIe siècle, tout change de pôle et d'épaule, comme le constatait Aragon de l'immédiate après première guerre mondiale. Les riches délocalisent à tour de bras leurs revenus et leurs résidences, et Depardieu n'est sûrement pas la première vedette du show-business, du sport ou de la politique à partir vivre en Belgique, aux Etat-Unis, au Maroc ou en Suisse : la liste de celles et ceux qui l'ont précédé est bien plus longue que celle des conquêtes de Don Juan.

Le citoyen lambda, quant à lui, aimerait bien en faire autant, il lui manque seulement les sous pour prendre à son tour le chemin des paradis fiscaux. En attendant, il s'accroche aux fragiles avantages (quand avantages il y a) que lui garantit sa citoyenneté française, plutôt que d'aller s'installer en Russie à l'invitation de Poutine pour s'y geler les burnes en marnant pour une poignée de roubles

Addendum  -

Dans l'état d'intense exaspération qui est actuellement le mien, je me suis rendu au consulat de Russie à Nice, afin de déposer une demande de passeport. On s'est enquis de mes raisons. "Je ne supporte plus la France, ai-je dit.  -- C'est un cas fréquent par les temps qui courent, m'a répondu le préposé, on devrait pouvoir vous donner satisfaction. Mais, si je ne suis pas trop indiscret, puis-je vous demander le montant annuel de vos revenus ? " . Je l'ai indiqué de bonne grâce. Le visage de mon interlocuteur s'est quelque peu rembruni.  " Tout compte fait, m'a-t-il dit, je crains qu'il ne nous soit pas possible d'accéder à votre demande. Vous devriez plutôt essayer du côté de la Grèce. "



( Posté par : Babal )


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