vendredi 1 mars 2013

Le Perv à nouveau fait aux pattes

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Voilà donc un nouvel épisode du  feuilleton nauséabond et grotesque dont le Menotté de Manhattan est, depuis  des mois, le triste héros. L'immoralité crasse de celui que les tabloïds new-yorkais avaient si justement surnommé le Perv n'était plus à démontrer. Mais il restait à épingler l'incroyable niaiserie de celui que d'aucuns persistent à considérer comme un esprit supérieur, et qui n'est en vérité qu'un pauvre type. C'est chose faite depuis qu'il a donné tête baissée dans le piège que lui a tendu Marcela Jacub avec l'aide des éditions Stock. Car il semble bien que  DSK ait été victime d'un  coup monté, comme le suggère fortement le courriel adressé par Marcela Jacub à sa "victime" et dont Me Jean Veil a donné lecture à l'audience du procès qui a abouti à la condamnation de Jacub, de son éditeur et du Nouvel Observateur, pour atteinte à la vie privée.

Atteinte à la vie privée ? Sans doute. Mais reste-t-il à DSK une vie privée, alors que, depuis l'affaire du  Sofitel, elle ne cesse de s'étaler   dans la presse, et par sa faute ? Il faut croire qu'il adore ça, le Perv : à peine sorti d'une douteuse histoire de cul (et quand je dis "une"...) le voilà qui reboume dans une autre ; chacun sa croix. Lui fichera-t-on jamais la paix ? Il faudrait pour ça qu'il se décide à faire une pause, qu'il se trouve un  autre hobby, les échecs, le jardinage, le sudoku..., encore que le nom de cet innocent délassement pourrait lui donner des idées !

On ne dira donc pas que, cette fois-ci, il s'en sort la tête haute et encore moins les couilles nettes, mais le récent jugement rendu en sa faveur, aux dépens de Marcela Jacub, des éditions Stock et du Nouvel Observateur, a de quoi le consoler un peu, même si ce n'est pas avec les indemnités qu'il a obtenues qu'il pourra combler le trou creusé dans ses finances par l'arrangement avec  Nafissatou Diallo. Verdict assez calamiteux, au demeurant. On nous bassine en France avec le respect de la chose jugée, mais un jugement ne vaut après tout que ce que valent le degré de compétence et d'inspiration de ceux qui le prononcent. Il faut bien admettre que, dans le cas présent, les juges n'ont été guère  inspirés .

Depuis quand condamne-t-on un journal pour avoir recueilli les confidences d'un auteur et pour avoir publié les bonnes feuilles d'un ouvrage non encore publié ? C'est un droit dont la presse ne se fait pas faute d'user depuis des lustres. Le quotidien Libération a d'ailleurs publié lui aussi des extraits du livre, sans être inquiété,  alors que Marcela Jacub fait partie de sa rédaction. Etrange répartition des poids et  des mesures.

Le livre de Marcela Jacub est un roman, où le nom de celui qui l'a inspiré n'est jamais cité. L'auteure va beaucoup moins loin que naguère une Annie Ernaux ou une Christine Angot qui ne se sont pas gênées pour révéler dans un livre les détails d'une relation amoureuse avec un(e) partenaire dont elles n'ont pas caché le nom, sans parler d'écrivains aujourd'hui consacrés comme classiques, comme Gide, Sand ou Rousseau. On dira que les "victimes" d'Ernaux ou d'Angot n'avaient qu'à porter plainte comme l'a fait DSK. Elles ne l'ont pas fait, tant pis ou tant mieux pour elles. Mais si les jugements de Cour font jurisprudence, l'absence de sanction judiciaire, depuis des lustres, dans des affaires similaires, devrait faire, elle aussi, jurisprudence.

Invoquer dans ce genre d'affaire le droit au respect de la vie privée est d'ailleurs un argument spécieux car, jusqu'à nouvel ordre, une aventure amoureuse, ça se vit à deux. Si tout un chacun a le droit d'étaler sa vie amoureuse dans un livre, il  est bien difficile de ne pas impliquer son (ses)  partenaire(s). On dira que Marcela Jacub n'avait qu'à taire officiellement le nom réel de l'intéressé, et tout était dit. Des sous-entendus habilement distillés et le bouche-à-oreille auraient amplement suffi pour que chacun sache à quoi s'en tenir, tout en évitant des ennuis judiciaires. Ce serait légitimer une hypocrisie assez douteuse et guère moins néfaste pour la "victime".

Quant à la condamnation des éditions Stock, c'est tout de même une énormité ! L'éditeur a été condamné pour un livre qui n'avait même pas été mis en vente ! Marcela Jacub et le Nouvel Observateur ont fort bien pu en évoquer le contenu et se mettre d'accord pour en publier des extraits sans demander l'avis de l'éditeur. C'est peu probable, dira-t-on, mais subsiste au moins l'ombre d 'un doute.

De plus , le jugement rendu aboutit à une cote ridiculement mal taillée. Ou bien l'ouvrage porte effectivement atteinte au respect de la vie privée de DSK, et dans ce cas, on en interdit la vente ou on ordonne la suppression des passages litigieux, comme cela s'est fait dans d'autres cas, ou bien on n'intervient pas. Cet encart que l'éditeur devra adjoindre aux exemplaires du livre est grotesque et inutile.

On dira que Marcela Jacub et Laurent Joffrin, avant de se lancer dans cette aventure, auraient été bien inspirés de réfléchir. Sans doute. Il n'en reste pas moins que ce jugement prononcé contre eux et les éditions Stock est d'autant plus malencontreux qu'il risque, cette fois, de faire jurisprudence. En quoi le cas d'un livre récent, où l'auteure raconte comment son père, qui rêvait de faire d'elle une pianiste virtuose, l'a maltraitée pendant des années, diffère-t-il sur le fond de celui-ci ? Après tout, le père en question peut fort bien se prévaloir de son droit au  respect de sa vie privée, sans compter son droit à la présomption d'innocence . S'il porte plainte contre sa fille, quel verdict la justice rendra-t-elle ?

Tout se passe comme si les juges avaient voulu ménager à la fois la liberté de la presse, de la littérature et de l'édition, et les droits de l'individu mis en cause. Le résultat est une curieuse salade qui justifierait que les condamnés fassent au moins appel.

Merci tout de même au Perv de m'avoir fourni un sujet de billet. La prochaine fois, je parlerai de Depardieu. Sagas... sagas... On me dit que, justement, Depardieu va incarner DSK au cinéma. Un bourrin pour un autre, la distribution idéale en somme...

Additum . -

J'ai beau n'éprouver aucune sympathie pour le Menotté de Manhattan et me réjouir malignement qu'il se soit si bien fait rouler dans la farine, l'opération dont il a été le faire-valoir involontaire n'en est pas moins sordide. Il s'agissait pour la Marcela et son éditeur, avec la complicité du Nouvel Observateur et de Libération, de préparer un succès de scandale pour un livre qui, autrement, avait toutes chances de passer complètement inaperçu. Quant à sa qualité  littéraire, à en juger par ce que j'en  ai lu en le feuilletant au rayon librairie  de mon supermarché, elle me paraît extrêmement mince. Ainsi la charge de Marcela contre les intellectuels ne m'a pas semblé dépassé le niveau d'un poujadisme élémentaire. Le tout rédigé dans un français basique. Où est l'exceptionnel talent dont Joffrin s'extasia ?




Quand je contemple le minois de la drôlesse, je ne parviens pas à donner entièrement tort à DSK. Ah que la vie est compliquée, mon Dieu, qu'elle est donc compliquée.



1 commentaire:

Anonyme a dit…
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