dimanche 17 février 2013

Pastorale américaine

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A travers le vaste hall de Paul Edel Airport, une hôtesse me guide vers les toilettes où me pousse un besoin urgent. Le local tout blanc où elle m'introduit est tapissé de casiers fermés. A l'aide de la clé qu'elle m'a confiée, j'en ouvre un, assez grand pour y loger un attaché-case de dimensions standard. Mais, en dépit de ma bonne volonté et de mes efforts répétés, je n'arrive pas à m'y introduire suffisamment pour m'y satisfaire. De guerre lasse, je m'en vais explorer d'autres pièces dont la porte s'orne d'une  pancarte indiquant "toilettes" mais elles ont plutôt l'allure de débarras et il y manque toujours quelque chose, soit la cuvette, soit la chasse d'eau, soit les deux. Je finis tout de même par en trouver une à peu près en état et me mets en devoir de produire.

Au-dessus du lavabo est fixé un séchoir automatique. En prenant appui d'un pied sur le bord du lavabo et de l'autre sur la poignée de la porte, je parviens à présenter mes arrières pour les sécher.  La peste soit de ces étranges et inconfortables coutumes hygiéniques américaines . 

A la sortie, je planque sous un radiateur le kleenex merdeux dont je me suis torché en l'absence de papier Q, sous le regard réprobateur de l'hôtesse. Je lui confie celui qui vient de me servir à m'essuyer les doigts et je file m'embarquer dans le moyen courrier des Costa Airlines à destination de Capri c'est fini.

Nous longeons une riviera escarpée. Le pilote explore à toute allure les contours de la côte et ses moindres échancrures, tout en braillant une scie napolitaine immortalisée par Tino. Placé comme je suis à l'avant de l'appareil, profilé comme celui d'un tramway sorti d'un livre de Claude Simon, s'il rate un virage, je serai le premier à en profiter.

Au sommet de crêtes pelées se profilent les silhouettes bancales de chalets de nécessité à l'ancienne. Comme j'émets le désir d'en rejoindre un d'urgence, l'hôtesse m'avertit que le détour n'est pas prévu dans mon forfait et que, si je veux m'y rendre, il faudra que ce soit à pied.

Au secours Jacques Lacan.







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