lundi 25 février 2013

Wolfgang Sawallisch : requiem pour des musiciens disparus ?

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Wolfgang Sawallisch vient de mourir à l'age de 89 ans. Il fut un des plus grands chefs d'orchestre de son temps, au long d'une carrière de plus de soixante ans, et un pianiste accompagnateur exceptionnel.

Sawallisch chef d'orchestre, c'est pour moi la finesse, alliée au  dynamisme, à l'élan, à l'éclat, quelque chose de scintillant, comme en témoigne son enregistrement des symphonies n° 1 et  n° 4 de Schumann (1973), à la tête de la Staatskapelle de Dresde. En 1973 -- date  de l'enregistrement --, la ville, située alors en R.D.A., se relevait de ses ruines. La reconstruction de quelques uns de ses monuments et les concerts de la Staatskapelle faisaient oublier un peu aux habitants la tristesse du quotidien.

L'orchestre possédait les qualités idéales pour traduire la conception que le chef avait de la musique de Schumann, des qualités qu'on retrouvera plus tard dans ses interprétations de Bruckner, toutes de légèreté et de grâce, cette fois sous la direction d'Eugen Jochum.

En 1973, Sawallisch avait 49 ans. Je m'avise que, si la moyenne d'âge des membres d'un orchestre chevronné comme la Staatskapelle de Dresde doit être d'une bonne quarantaine d'années, la plupart des musiciens qui interprétèrent ces deux symphonies de Schumann sous la direction de Sawallisch doivent être, pour la plupart d'entre eux, au moins octogénaires, et les autres au moins septuagénaires. Bon nombre  ont déjà dû précéder leur chef dans l'autre monde.

Voilà donc un enregistrement historique à tous égards. Mais la véritable admiration est historique, comme on sait, à commencer par la mienne, véritable monument historique de l'admiration mélomaniaque dans les années 70 du siècle dernier. Et il est vrai que ma mémoire conserve, comme de précieuses reliques, les émotions même pas fanées de mes découvertes de ces années-là . Ah ! ma première audition de la 4e Symphonie de Malher (par James Levine et Judith Blegen) ! Ah ! mon premier Orfeo (celui de Corboz, avec le grand Philippe Huttenlocher) ! mon premier Pierrot Lunaire (celui de Pierre Boulez et Helga Pilarczyk) ! De temps en temps, elles émergent à ma conscience, dans toute leur fraîcheur. Je les savoure à nouveau, et puis je passe à autre chose, d'abord parce que cela ne dure qu'un instant, et puis il me semble qu'elles ne recèlent d'autre secret que celui de ma vibration singulière au choc de ce qui était alors pour moi quelque chose d'absolument nouveau, dans l'ambiance qui était alors celle de ma vie, avec la réceptivité qui était alors celle de mon corps. Ce qui n'est pas rien tout de même, puisqu'elles me restituent celui que j'étais alors, me font le coup de la madeleine... Très mystérieux, au demeurant, tout ça, et quasiment indicible. Beaucoup plus compliqué, je crois, que la relation qu'on a avec un livre ; un livre, c'est quand même essentiellement pour la tête ; la musique, elle, entre en résonance avec tout l'être ; elle vous travaille beaucoup plus en profondeur.  La compréhension que j'ai aujourd'hui de ces musiques, c'est autre chose, c'est quelque chose qui s'est construit et a évolué avec le temps, c'est beaucoup plus intellectualisé ; l'émotion première, elle, reste comme un joyau unique.


Schumann, Symphonie n° 1 en si bémol majeur, "Le Printemps " / Symphonie n° 4 en ré mineur  -- Staatskapelle, Dresden / Wolfgang Sawallisch      (1 vinyle EMI)

Schubert , Lieder, Margaret Price / Wolfgang Sawallisch     (1 vinyle Orfeo)


Additum . - Après-midi, le tableau de Caspar-David Friedrich ici reproduit, me paraît s'accorder à merveille à la poésie schumanienne.




Caspar-David Friedrich ,  Après-midi

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