vendredi 15 mars 2013

Bien vivre sa retraite

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Cet été, Josette et moi avons décidé de revoir la Sixtine. C'est bien la sixième fois que nous la visitons  mais, vu l'état d'avancement de mon Dictionnaire amoureux de la papauté (à paraître l'an prochain chez Laffont), j'ai pensé que cette visite serait bénéfique à mon inspiration, et puis, on peut, jusqu'au dernier moment, laisser passer quelque chose d'important.

A l'entrée, un vieux monsieur fort sympathique et plutôt distingué, en dépit de la casquette de base-ball portée un peu sur le côté  qui lui donne un air passablement canaille, engage la conversation. Il s'offre à nous faire visiter l'édifice que, dit-il, il connaît bien.

N'était la casquette, je jurerais avoir déjà vu notre guide quelque part. Tout en nous donnant des informations fort intéressantes et souvent inattendues sur ce qu'il appelle "les dessous de la Sixtine", il lorgne, sans se départir de la discrétion du vieillard bien élevé, le décolleté, pudique mais suggestif, de Josette. Elle de son côté l'observe avec une curiosité un rien narquoise.

Tandis, que, le nez levé, nous admirons le plafond de Michel-Ange , "Vous voudrez bien m'excuser, nous dit-il, je suis attendu " -- Je lui demande s'il accepterait un pourboire. Il ne dit rien mais sa mine intéressée est une réponse. Je m'aperçois que je n'ai sur moi qu'un billet de cent euros. Je le lui tends .

-- Je n'ai pas de monnaie, fait-il, mais soyez sûr que nous en ferons bon usage ". Tandis que j'hésite à décider si ce "nous"  est de majesté ou  collectif, il empoche le billet et s'éloigne à la hâte.

-- Tu ne l'as pas reconnu ?, me demande Josette.

-- ????????

-- Ratzinger.

-- ??!!??

-- Eh bien oui, l'ex-Benoît XVI.

Pas possible, elle a dû confondre.

De la Sixtine nous passons à Saint-Pierre. Derrière le baldaquin du Bernin, nous tombons sur quatre vieux autour d'une table engagés dans une partie de cartes. Parmi eux notre aimable cicerone. Cette fois, pas de doute possible, je le reconnais, c'est bien Ratzinger. Il brandit mon billet.

-- A toi de dire, François, je mets cent euros.

Dans l'interlocuteur, je reconnais Bergoglio, l'ex- François Ier, lui aussi démissionnaire pour cause de limite d'âge et de rhumatismes. Mais ma stupéfaction atteint son comble quand je reconnais, dans les deux autres , l'ex-Jean Paul III et l'ex-Grégoire XVII ! Ce dernier, à ce que je crois comprendre, complètement lessivé, vient d'engager sa casquette.

Un rami à Saint-Pierre de Rome, passe encore, mais un poker , surtout un strip-poker, alors là, non.

Voilà ce que c'est que de se lancer dans des réformes hasardeuses. Au moins si le Vatican servait à ses papes réformés un salaire décent, il n'en seraient pas à chercher des petits boulots pour s'offrir leurs petits plaisirs.

Dans mon Dictionnaire amoureux de la papauté, j'ajouterai un article : "Carton (taper le) ".







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