mardi 5 mars 2013

Les renards du désert

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L'annonce de la mort de deux importants chefs islamistes, l'intensification des opérations de nettoyage de la zone montagneuse des Ifoghas incitent à poser une question dont la réponse est essentielle pour l'avenir politique de toute la région : l'armée française et ses alliés, le gouvernement malien et son armée, l'armée tchadienne, mais aussi le gouvernement algérien,  seraient-ils en passe de réussir là où, en plus de dix ans de guerre afghane, l'armée américaine et les forces de l'OTAN ont échoué : venir à bout d'une mouvance islamiste radicale déterminée à imposer ses vues par la violence ? Il semblerait bien que oui.

L'explication de ce succès, qui devrait se confirmer dans un avenir proche et dont les conséquences décisives apparaîtront à plus long terme, peut être esquissée par une comparaison des deux situations.

En Afghanistan, les forces américaines et occidentales ont toujours été perçues par les populations comme des forces étrangères à leur culture ; elles n'ont donc pu bénéficier que d'un soutien insuffisant de ces populations. Leur adversaire taliban, largement issu de ces populations a toujours été en mesure de bénéficier du  sanctuaire pakistanais et du soutien d'une partie des forces politiques pakistanaises et des services secrets de ce pays. Les islamistes d'Al Qaida n'ont jamais constitué pour lui qu'une force  d'appoint qu'il peut aisément contrôler, voire éliminer, s'il le faut.

Au Mali au contraire, les groupes armés islamistes, même s'ils savent pouvoir bénéficier de soutiens locaux, se heurtent à l'hostilité d'une grande partie des populations. L'image du poisson dans l'eau convient beaucoup mieux aux Talibans qu'à eux. D'autre part, ils ne disposent pas d'un sanctuaire aussi sûr que les Talibans au Pakistan, notamment dans les fameuses zones tribales. L'immensité désertique les éloigne d'éventuelles bases arrières où ils pourraient reconstituer leurs forces,  et va les rendre de plus en plus vulnérables, dès que l'urgence les contraindra à se déplacer.

Surtout, les gouvernements des pays limitrophes du théâtre des combats, le Mali bien sûr, mais aussi l'Algérie, le Tchad, le Maroc, le Nigéria, sans doute même la Tunisie, bien que gouvernée par des islamistes "modérés", ont parfaitement pris la mesure du danger de déstabilisation  que représenterait la présence sans cesse renforcée des forces d'AQMI et des groupes apparentés. Les troupes françaises peuvent compter et pourront de plus en plus compter, le succès se confirmant, sur la collaboration de ces gouvernements, de leurs forces armées, de leurs forces de l'ordre.

A la différence des troupes américaines et occidentales en Afghanistan, les forces françaises ne sont pas perçues par les Maliens comme des troupes d'invasion mais comme des troupes amies intervenant à l'appel de leur gouvernement. Les Français évoluent dans un environnement relativement favorable, dans un pays et dans un secteur du continent africain où le souvenir de la présence française reste fort et n'est pas toujours associé -- loin de là -- à l'image d'une intolérable oppression coloniale, où l'on parle encore  le français, et où les troupes françaises sont déjà intervenues à la demande de gouvernements légitimes (au Tchad, en Côte d'Ivoire). Les très rares protestations contre l'intervention française sont venues de pays du Golfe, très éloignés de la région.

Le gouvernement français et le commandement des troupes françaises ont la sagesse de présenter le travail de nos soldats comme un travail de soutien aux troupes maliennes et africaines censées fournir l'essentiel de l'effort. C'est très bien. L'armée française recueillera, quant à elle, les fruits de l'action en cours, en affinant encore son expertise dans le domaine de la guerre anti-terroriste, en améliorant sa connaissance d'un très vaste terrain où elle risque d'être encore appelée à  intervenir dans les prochaines décennies, et en augmentant le capital de sympathie dont elle jouit auprès des populations locales. C'est encore mieux.

On a souvent insisté sur la difficulté qu'il y aurait à déloger les groupes islamistes des immenses régions désertiques et semi-désertiques où ils ont établi leurs repaires. Cet avantage a toutes chances de se retourner à présent contre eux. Le massif des Ifoghas, où se concentre à présent la traque, risque d'être le tombeau de la plupart d'entre eux. C'est dans son trou qu'il faut aller débusquer le renard.

La liquidation du plus clair des forces islamistes dans la région serait de très grande conséquence. Au Mali, au Tchad, en Côte d'Ivoire, la France est intervenue dans des pays musulmans, gouvernés par des Musulmans et à leur demande. La cause d'un Islam modéré, même en Tunisie, même en Libye, ne peut que sortir renforcée du succès de nos troupes dans le Nord du Mali. La thèse, chère à Samuel Huntington, d'un choc entre civilisations islamique et occidentale ne tient pas la route, son lourd schématisme étant contredit par la complexité du réel. Mais les Européens n'ont pas à tolérer les agressions ni le danger que font peser sur le monde civilisé, y compris musulman, ce tas de brutes fanatiques, ignares et incultes, que sont ces islamistes radicaux.

La France dans l'impasse malienne , titrait le quotidien Le Monde dans son numéro du 1er mars . Bel exemple  d'une cécité journalistique engendrée par la confusion entre une guerre et une autre, une situation géopolitique et une autre. Autant la décision d'intervenir en Libye fut une sottise politique majeure, autant la présente opération apparaît non seulement nécessaire mais grosse de nombreux  effets positifs, ne serait-ce que parce qu'elle contribuera à corriger les conséquences calamiteuses de la précédente.

On a entendu à la radio et à la télévision des proches des otages français actuellement détenus lancer un appel à l'arrêt des combats. Leur angoisse est compréhensible mais, malheureusement pour eux, il faut savoir ce que l'on veut. Il y a un ordre de priorités. L'important est moins, à l'heure qu'il est, de libérer les otages que d'empêcher que d'autres otages viennent les rejoindre dans un avenir indéterminé. Qu'ils soient assurés, en tout cas, que nous pensons très fort à eux.


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