mercredi 27 mars 2013

Vive le mariage pour tous, le vrai mariage moderne !

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-- Les enfants, quelqu'un peut-il me dire ce que c'est qu'un mariage ?

-- Moi, M'dame !...--  Moi !... -- Moi !... -- Moi !

-- Jeannot, à toi. Qu'est-ce qu'un mariage ?

-- Un mariage, c'est un contrat librement consenti entre deux personnes majeures (sauf dérogation) qui désirent s'unir par les liens... du mariage.

-- Et quels sont ces liens ?

-- Un ensemble de droits et de devoirs réciproques fixés par la loi.

-- Peux-tu nous en citer quelques uns ?

-- Le droit de bénéficier des secours (financiers notamment) de son conjoint. Le droit d'hériter de son conjoint au décès de celui-ci. Le droit (mais pas l'obligation) de porter son nom. Le devoir de porter assistance à son conjoint.

-- Parmi ces liens définis par la loi et créant des obligations, faut-il compter l'amour ?

-- Non. Deux personnes peuvent se marier sans amour.

-- Faut-il compter les relations sexuelles ?

-- Non. Deux personnes mariées peuvent vivre dans une totale chasteté. Elles gardent aussi le droit d'avoir des relations sexuelles avec d'autres partenaires que leur conjoint.

-- Faut-il compter la fidélité ?

-- Evidemment non.

-- Faut-il compter la cohabitation ?

-- Non. Deux personnes peuvent être mariées et ne pas vivre ensemble.

-- Faut-il que les mariés soient de sexe différent ?

-- Non. Deux personnes du même sexe peuvent être mariées.

-- Existe-t-il des différences  entre un couple hétérosexuel et un couple homosexuel à l'égard des droits et des devoirs du mariage ?

-- Aucun. Tous les couples mariés ont les mêmes droits et les mêmes devoirs, notamment en ce qui concerne les enfants.


Félicitons Jeannot. Il a très bien compris, malgré son jeune âge, que l'institution du mariage gagne à être régie par une législation simple, minimale, universaliste. C'est la seule façon de la réconcilier avec la raison, en la débarrassant des présupposés irrationnels , des préjugés et des archaïsmes, des relents fétides de religiosité et de sacré, qui la polluent encore. Quant aux enfants  -- puisqu'en général, mais pas toujours, les couples qui se marient souhaitent avoir des enfants --, ils ont besoin d'être protégés et guidés par un couple d'adultes responsables, affectueux et unis. Un point c'est tout. On ne voit pas pourquoi un couple de parents homosexuels ne serait pas dotés de ces qualités à un degré moindre qu'un couple hétérosexuel. L'attention à l'autre, l'intelligence, la délicatesse, la générosité, l'énergie, la rigueur, cela n'a rien à voir avec les préférences sexuelles.

Le moment est proche où la  légalisation du mariage homosexuel fera franchir à notre société une étape importante dans le sens d'une institution du mariage réconciliée avec la justice et le bon sens. Pas trop tôt ! Cette avancée est dans le droit fil de la logique du mariage laïc, comme le démontre a contrario l'hostilité des croyants de tous bords, qui n'ont jamais renoncé à réinjecter dans celui-ci le poison de leurs a priori idéologiques.

Paradoxalement, légaliser le mariage homosexuel n'aboutit pas à sur-valoriser le facteur sexualité dans l'union matrimoniale, mais au contraire à en réduire l'importance, au point de préparer une étape ultérieure où le mariage sera complètement déconnecté de la sexualité. Le mariage civil laïc de l'avenir ne sera pas une union entre un homme et une femme, entre deux hommes ni entre deux femmes. Ce sera une union entre deux personnes. Ainsi pourra-t-on voir dans l'avenir deux êtres humains unir leurs destinées, sans considération de sexe, non pour forniquer plus facilement,  ni même pour "fonder une famille" et avoir des enfants, mais motivés par la seule affection, voire la seule estime pour le partenaire, voire même par le seul intérêt. Unis par un contrat d'une  durée définie, fixée à l'avance et modulable (cinq ans, dix ans, vingt ans etc.), renouvelable par tacite reconduction, résiliable par simple lettre recommandée à l'expiration de la période convenue.

Il faut insister sur ce point capital : dans une société démocratique, le mariage civil est un contrat et n'est que cela. La nature et la forme de ce contrat, les modalités de son application doivent satisfaire à une exigence prioritaire : l'universalité. C'est pourquoi la considération du sexe ne devrait pas être prise en compte et, de fait, dès l'adoption de la loi, elle ne le sera plus. C'est cela, la grande avancée que constitue la légalisation du mariage "homosexuel", en réalité du mariage pour tous, pour adopter une expression décidément heureuse. Le mariage civil doit pouvoir se définir comme un contrat d'association entre deux personnes, et non pas comme une union entre deux personnes de sexe différent. Ce faisant, il se dissociera enfin radicalement des diverses formes du mariage religieux et ne subira plus la contamination des préjugés et des tabous des diverses religions. Au vrai, ce mariage laïc new look sera purgé de toute référence au sacré, de quelque façon qu'on le définisseLes dispositions du code civil napoléonien, dont on sait à quel point il est marqué de l'influence des traditions d'une société patriarcale imprégnée de catholicisme, ont considérablement évolué en  deux siècles : assouplissement progressif des dispositions sur le divorce, égalité des droits entre les époux,  Pacs, en ont progressivement corrigé les archaïsmes. Le mariage pour tous est un progrès de plus.

Le jour où Jeannot pourra exposer à son institutrice les principes d'un mariage réconcilié avec la raison, plus personne (pas même sans doute les intéressés) ne comprendra la fureur qui, quelques années avant, avait poussé tant de gens à s'en aller affronter -- souvent accompagnés d'enfants en bas âge -- les gaz lacrymogènes et les matraques des CRS dans les rues de Paris, pour défendre une conception du mariage et de la famille qui, certes, était la leur, mais n'était plus depuis longtemps celle de la majorité des Français.

Car enfin, qui, dans la France d'aujourd'hui, pense sérieusement que la légalisation du mariage homosexuel met en péril la vénérable institution, mise à mal d'une façon autrement redoutable par le divorce et les diverses formes de l'union libre  ?  D'autres pays que le nôtre ont fait ce pas en avant sans que la société s'écroule et sans danger pour qui que ce soit. Les couples d'homosexuels mariés ne formeront jamais qu'une faible minorité et se montreront, soyons en sûrs, tout aussi capables que les couples hétérosexuels d'élever correctement leurs enfants. On peut même penser que la pratique, aujourd'hui banalisée, du bébé congelé restera une spécialité exclusivement hétérosexuelle. Mais il existe encore en France des malheureux qu'obsède l'horreur du péché de Sodome et qui voient des gouines et des pédés partout comme Céline voyait des Juifs ou des Chinois partout. On a les obsessions qu'on peut.

Ainsi, hétérosexuels et homosexuels auront-ils également droit au mariage civil. Une base toute simple, et une multitude d'options . Les croyants s'arrangeront comme par devant avec les rites de leurs communautés respectives et l'on continuera de passer devant le curé, le pasteur, le rabbin ou l'imam. Et chacun  apportera dans son union ce que les convives apportent dans la fameuse auberge espagnole : amour s'il veut et s'il peut,  galipettes s'il en a envie, cohabitation s'il le souhaite, fidélité si ça lui chante. Ce sera -- souhaitons-le -- le début de  la fin des modèles, dans le bonheur de la diversité.

Où donc est le problème, vraiment ?

Le problème est qu'il y a encore des gens dans ce pays -- catholiques pratiquants pour la plupart, mais aussi juifs et musulmans -- qui s'imaginent posséder une sorte de privilège et de priorité sur les questions de métaphysique et de morale. Malheureusement pour eux, leurs croyances et l'idée qu'ils se font du bien et du mal, la grande majorité de leurs concitoyens s'en tartine le pourtour de l'anus. Papa François est un bien brave homme mais ce n'est pas à lui que nous irons demander des conseils de vie. Nous sommes assez grands pour  la mener  comme nous l'entendons. Son autorité morale, il peut.... bon ; restons calme. En tout cas, que ses ouailles se  gardent donc  leurs certitudes pour elles sans se croire obligées d'aller les brailler dans la rue. Que ces bien-pensants mal intentionnés ( envers ceux qui ne partagent pas leurs convictions à la noix de coco )  cessent donc de brandir l'étendard Du Mariage et de La Famille, comme s'ils étaient les incontestables propriétaires de La Vérité en ces domaines. Qu'ils s'occupent donc de leur mariage et de leur famille à eux, ça leur posera suffisamment de problèmes : à chacun suffit sa peine.






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