vendredi 29 mars 2013

Mort et résurrection

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Soixante-quinze ans de vie familiale assortis de cinquante ans de vie conjugale suffisent largement à vous convaincre que la vie est un (mauvais) rêve .

Là !

Belle formule. et qui soulage.

" Tout de même, tu avais mieux à faire dans cette vie que d'épouser cette conne ", se dit-il en poussant sur ses bâtons le long de son sentier solitaire . Certes, mais il en aurait sans doute épousé une autre, moins bête peut-être (peut-être...) mais probablement bien plus nocive. Quand on projette d'épouser une femme, songer à bien évaluer d'abord son potentiel de nocivité. Les femmes s'y entendent à la cacher et d'ailleurs, elles ne savent généralement même pas en quoi, pour l'essentiel, elle consiste . Elles tomberaient des nues si on leur démontrait que leur toxicité réside justement dans les "qualités" pour lesquelles on a la folie de les rechercher : l'aptitude à faire des enfants, par exemple, leurs qualités de mères, de maîtresses de maison, etc.

De toute façon, il est un peu tard pour rattraper le coup et il ne se soucie pas de savoir si l'actualisation de sa personnalité virtuelle lui aurait donné l'occasion de bifurquer au bon carrefour pour s'engager sur le chemin d'une autre vie. Jouer au dernier jeu imaginé par Pierre Bayard le  déprimerait un peu plus.

Il a le sentiment d'avoir beaucoup progressé dans la compréhension de la vie conjugale quand il a lu l'Etranger, de Camus. Meursault est intrigué par la relation apparemment conflictuelle entre son voisin, le vieux Salamano, et son chien (vieux, lui aussi). Salamano passe son temps à martyriser et à injurier son chien. Un jour, Meursault lui en demande la raison et Salamano lui répond : "Il est toujours là ". Magnifique parabole de la relation conjugale quand, par malheur, elle dure trop (plus d'un an) .

Elle est toujours là. Donc, lui en faire baver quotidiennement, exercer sur elle les raffinements d'une cruauté toute psychologique ( la plus difficile à repérer de l'extérieur ), la pousser lentement au désespoir et -- pourquoi pas -- au suicide. Il la revoit -- il y a des années de cela -- le visage bouleversé par les larmes, avalant à poignées il ne sait plus quels cachets raflés au hasard dans la pharmacie. Il avait dû l'aider à vomir. Dégoûtant, quand il y pense. Ah, il savait la pousser dans ses derniers retranchements, alors ;  on peut même dire que c'est aujourd'hui qu'elle mange son pain blanc. Mais cette fois, en utilisant habilement internet, un blog spécialement dédié à son entreprise de démolition, les réseaux sociaux, il pourrait retrouver l'inspiration du bon vieux temps. Il combine déjà tout un plan , aussi vache qu'imparable. Publier des billets dégueulasses où il crachera sa haine et son mépris, pour elle, pour tous ceux qu'elle aime. Puis les tirer sur l'imprimante. Puis les laisser traîner, qu'elle les lise. Détruire ce qui lui reste d'espoir, de joie.

Tout en marchant, il continue de ruminer. Mérite-t-elle le traitement qu'il se dispose à lui infliger ? Si conne que cela ? Pour en décider équitablement, il lui faut d'abord s'éloigner suffisamment de sa colère. Cela devrait lui prendre encore une bonne heure de marche. Pour l'instant il traîne la pierre dure de la rancune. Faut le temps qu'elle s'émousse. Après, il verra. Peut-être daignera-t-il se radoucir. Mais, avec cette race de nuisibles, on n'est jamais trop sur ses gardes.

Quand il rentre, elle est allée se coucher, sans préparer le repas. Bon signe. C'est qu'elle en a gros sur la patate. Si un des stents qu'elle a dans la poitrine pouvait péter, une bonne fois. Après, on incinère, et bon vent !

En attendant, lui massacrer son lundi de Pâques avec ses enfants. Excellent début.

A soixante-quinze ans, il se sent aussi salaud qu'à vingt-cinq. Le goût du meurtre est toujours là . La haine brûle en lui, toujours aussi vive, aussi flamboyante, aussi lumineuse. On a bien raison de dire que le coeur ne vieillit pas.

Il l'a à la pogne.

Aller jusqu'au bout de la haine.

Elle paiera pour toutes les autres.

Un mariage, ça se saccage. Une famille, ça se bousille.


                                                                         *


S'il ne se vient pas en aide avant qu'il ne soit vraiment trop tard, s'il ne sait même pas comment faire pour s'aider, qui l'aidera ?


Avec lui- même, qui le réconciliera ?


Ah !

Ah! Ah !

Ah ! Ah ! Ah !

Ah !


Ah ça mais c'est que


                                                                        *


Fumées


Tout ça absolument sans force contre la résurrection simple d'un baiser matinal


De quel côté du portail est-il ?

1 commentaire:

JC a dit…

J'adore la grille de ton jardin, Gerhard !