jeudi 14 mars 2013

" Un roi sans divertissement ", de Jean Giono (6) : Index des personnages

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Index alphabétique commenté des personnages



Anselmie -


Epouse de Callas Delphin-Jules. Le premier narrateur la décrit d'après une photo d'elle qu'il a trouvée dans la maison d'Honorius. C'est à elle qu'à la fin du roman Langlois demande de tuer une oie en lui coupant la tête. Elle raconte la scène aux villageois.

Arnaud Firmin

 Participe à la chasse au loup

Arnaude - 

Fille de Madame Tim. Très séduisante. Elle apparaît dans l'épisode de la fête à Saint-Baudille.

Baculard (fils) -

Participe à la chasse au loup.

Bergues - 

Braconnier. Célibataire. Aime la nature et la chasse. Cherche vainement Marie Chazottes. Part sur les traces de l'inconnu qui a tenté d'enlever Ravanel Georges et réussit à le blesser d'un coup de fusil. Fait le tour des maisons du village pour raconter son expédition et prend "une cuite magnifique" qui lui fait dire "des choses bizarres" à propos de la beauté du sang sur la neige. Disparaît à son tour pendant l'hiver 1844. Langlois découvre, non loin du village, l'endroit où il a été probablement tué : "une grande plaque de neige agglomérée avec du sang".

Bergues a un modèle réel, braconnier lui aussi, habitant de Lalley. Giono fit sa connaissance à l'été 1946.

Bernard -  

Possède des prés près du village.

Bertrand -  

Aide à descendre du hêtre le corps de Dorothée.

Bouscarle -  

Participe à la chasse au loup.

Bouvard -  

Cocher de Madame Tim.

Brachet - 

Notaire de Saint-Baudille qui "souleva sa caisse en l'honneur d'une lionne". Sazerat, l'érudit de Prébois, possède une documentation sur lui.

Braconniers(deux)

Compagnons de Bergues. Cherchent Marie Chazottes avec lui.

Brodeuse -

C'est ainsi que Langlois la désigne la première fois qu'il parle d'elle à Saucisse et à Madame Tim. On ignore son nom et son histoire. On devine qu'elle n'est pas originaire du village du Diois où elle s'est installée, dans une maison isolée, en compagnie de son petit garçon. La salle où elle reçoit ses hôtes contient des meubles de prix, "des débris de fortune emportés et resserrés". Elle gagne sa vie en faisant des travaux de broderie et de dentelle. Sur son visage aux yeux "du bleu le plus bleu", on lit son inquiétude, et Madame Tim perçoit en elle "un halètement de biche poursuivie".  Saucisse et elle s'efforcent de la rassurer tandis que Langlois s'absorbe dans la contemplation d'un portrait d'homme à peine visible dans la pénombre.

Ce personnage émouvant et pitoyable, qui n'apparaît que dans cet épisode, est sans doute la veuve de M.V., mais cette identification reste incertaine.

Lorsque Langlois charge Saucisse de lui trouver une femme, il prend soin de préciser qu'il ne veut pas de "brodeuse", et "pas ce qu'on appelle une bonne épouse".

Burle (père de)  - 

Né en mars-avril 1845.

Cadiche -  

Fille de Madame Tim;

Callas Delphin-Jules -

Epoux d'Anselmie. "Rayé de la surface du globe" le même hiver que Bergues, alors qu'il était sorti seul "pour se poser sur le fumier". Le premier narrateur trouve dans la maison d'Honorius une photo de lui qui lui suggère que "Delphin était construit en chair rouge, en bonne viande bourrée de sang. "

Cather (père de) -  

Né en mars-avril 1845.

Chazottes (Marie) -

Elle a entre vingt et vingt-deux ans. D'après le physique de ses descendants, notamment la femme de Raoul, on peut imaginer "une petite brune aux yeux clairs, blanche comme du lait, et bien faite". Elle disparaît entre le 15 et le 17 décembre 1843.

Chazottes (mère de Marie) -

Ne sait plus quelle contenance prendre depuis la disparition de sa fille, restée inexpliquée.

Chazottes (belle-soeur de la mère de Marie) -  Accompagne sa belle-soeur à la messe de minuit.

Chazottes (tante de Marie) -  Plus jeune que sa nièce.

Cheval de Langlois -

"C'était un cheval qui savait rire". Ce cheval d'humeur gaie se signale par la gentillesse de ses manières, son caractère affectueux, son intelligence  et son empressement à rendre service. Les villageois finissent par l'appeler "Langlois" car "il faisait avec nous tout ce que Langlois ne faisait pas".

Chocolatier de Grenoble -  

Est venu une fois au village pour une battue au sanglier.

Clément (père de) -  

Né en mars-avril 1845.

Cléristin (père de) -  

A légué à Cléristin la grange du cimetière des protestants.

Colomb et Bernard ( voyageur de) -

Employé de ces marchands de boulons de Grenoble, il est un des derniers à passer le col de la Croix-Haute juste avant sa fermeture hivernale.

Colporteur -

Passe au village une fois par an. Il y vend notamment des exemplaires des Veillées des chaumières à deux liards. Après la mort de Langlois, Delphine guettera sa venue.

Coquillat -  

Aide à descendre du hêtre le corps de Dorothée.

Coursier -  

Célibataire, a légué sa maison au père de René Martin.

Curé -

Il intervient pour la première fois lors de la disparition de Marie Chazottes. Bel homme à la solide carrure. Le coup de fusil tiré par Ravanel père interrompt son sermon sur le diable, pendant la messe dominicale de dix heures. A la fin de l'année 1844, il fait visiter à Langlois son église décorée pour la messe de minuit. Après que celle-ci ait été célébrée sans incident, les hypothèses de Langlois sur le "divertissement" qu'aurait pu trouver "le monstre" au spectacle des lumières et des ornements ne paraissent pas du goût du curé qui lui souhaite à peine le bonsoir. Après son installation définitive au village, Langlois se rend, en grande tenue et à cheval, à la cure. Il se fait montrer par le curé l'ostensoir conservé dans le tabernacle. Cette brève visite est sa dernière au curé.

Curnier -  

Participe avec son chien à la chasse au loup.

Delphine -

Grâce à ses relations grenobloises, Saucisse obtient l'adresse de Delphine. Elle habite un intérieur "très propre et même charmant". Elle a environ vingt ans. Elle accepte sans discuter les propositions de Saucisse et, huit jours après, s 'installe avec Langlois au bongalove. Ironique et quelque peu jalouse, Saucisse observe son comportement, en tous points conforme à ce que voulait Langlois. Après la mort de celui-ci, Delphine et Saucisse continuent d'habiter le bongalove. Elles sont comme "chien et chat". Saucisse guette attentivement "la marche des lois du temps dans Delphine", qui fait passer des billets doux par l'entremise du colporteur ; cette infidélité à la mémoire de Langlois est tolérée par Saucisse.

Dans Noé, Giono souligne les riches potentialités du personnage de Delphine. Il envisage de la faire reparaître dans un autre roman.

Docteur -  

Participe à la fête à Saint-Baudille.

Dorothée -

Victime de M.V.  Frédéric II trouve son cadavre posé sur un monceau d'ossements dans le creux d'une branche maîtresse du hêtre de la scierie.

Dumont -

Les Dumont comptent parmi les descendants de Marie Chazottes , "par la fille du cousin germain de la belle-mère de Raoul"

Emissaires (quatre)

Se rendent à la gendarmerie de Clelles après la disparition de Bergues.

Fajot -  

Boulanger du village.

Farnaud

Un des deux gendarmes venus de Clelles pour accompagner Langlois à Chichilianne.

Fernand Pierre -  

Né en mars-avril 1845. A été le plus vieux du canton.

Frédéric (IV) -

Propriétaire de la scierie en 1946. "Il y succède à son père, à son grand-père, à son arrière-grand-père, à tous les Frédéric ".

Frédéric I -  

Frédéric II trouve un bout de sa pipe dans une boite sur la cheminée.

Frédéric II -

Propriétaire de la scierie en face de laquelle se trouve le hêtre où M.V. dépose ses victimes. Nettoie ses biefs au printemps 1844 et utilise la boue pour fumer le pied du hêtre. L'été suivant, au cours d 'un violent orage, un inconnu s'abrite sous le hêtre. Il dit à Frédéric qu'il est de Chichilianne. Un matin de février 1846, Frédéric voit descendre un inconnu du hêtre. Il y monte à son tour et découvre le cadavre de Dorothée. Il suit l'inconnu jusqu'à Chichilianne, apprend son nom, retourne au village prévenir Langlois. Il assiste à l'exécution de M.V. C'est lui qui raconte en grande partie l'expédition de Langlois à Chichilianne.

Frédéric II (femme de) -

Pas encore levée, ce qui évite à Frédéric II de lui donner des explications quand il part de bon matin pour la scierie, le jour d'hiver où il voit descendre M.V. du hêtre. Se met à hurler au retour de son mari de Chichilianne. Langlois la calme en lui administrant une paire de claques.

Gari -

Propriétaire d'une grange au village.

Gendarmes à cheval (six) -

Forment l'escorte de Langlois lors de son premier séjour.

Gendarmes (deux) -

Langlois les prend à la gendarmerie de Clelles pour l'accompagner à Chichilianne.

Groom -

Juché derrière la capote du cabriolet du procureur royal.

Hêtre de la scierie - Voir index thématique.

Homme de Chichilianne -

Reste sous le hêtre de la scierie au plus fort d'un violent orage, un jour de l'été 1844. Frédéric II l'entraîne à l'abri sous le hangar. Tout suggère que cet inconnu est M.V.

Honorius -

Conserve chez lui les portraits de Callas Delphin-Jules et d'Anselmie. Les Honorius, originaires de Corps, ont ouvert une épicerie-mercerie dans la maison occupée autrefois par Callas Delphin-Jules et Anselmie.


Honorius (tante d') -


A hérité de son beau-frère Callas, petit-fils de Callas Delphin-Jules, la maison de ce dernier.

Horatius (mère d') - 

Née en mars-avril 1845

Horatius -

Probablement le père de la précédente. Aide à  descendre du hêtre le corps de Dorothée.

Huissier -

Voyageur de la patache pour Grenoble. Bref portrait.

Ingénieur des mines de la Mure -

Est venu une fois au village pour une battue au sanglier.

Julie (mère de) -

Née en mars-avril 1845

Lambert (père) -

Client du Café de la Route

Lambert (mère de) -

Née en mars-avril 1845

Langlois -


La première fois qu'il vient au village, après la disparition de Bergues, il est capitaine de gendarmerie. Au Café de la Route, où il prend ses quartiers, il tire de son havresac "une longue pipe en terre",  " des pantoufles fourrées et une casquette en poil de bichard ". Mais les villageois ne tardent pas à se rendre compte que, sous ces dehors bonhommes, se cache "un sacré lascar". On apprendra plus tard qu'en Algérie, il a dû affronter des situations périlleuses qui réclamaient un sang-froid, une présence d'esprit et un courage physique hors du commun.


Un très petit nombre de détails composent une esquisse de portrait physique : "des moustaches fines; de la jambe" ; "un oeil noir, fixe, qui faisait encore bien plus trou dans ce qu'il regardait". A son retour, après la mort de M.V. , les villageois admirent son élégance quelque peu insolente, sa virtuosité de cavalier. Au début de la chasse au loup, le narrateur est fasciné par "ce visage silencieux et froid, ces yeux qui regardaient, on ne savait quoi, à travers les montagnes ". Et c'est à peu près tout. On ne sait pas au juste quel est son âge, mais ce n'est plus un jeune homme.

Homme d'action et meneur d'hommes, Langlois mobilise le village pour contrer les entreprises du tueur mystérieux. C'est rondement et sans souci des "lois de paperasse" qu'il conduit l'expédition à Chichilianne. Plus tard, il battra le rappel des hommes du village pour organiser la chasse au loup, à la manière d'une cérémonie minutieusement réglée, d'une "messe", sans doute autrement porteuse d'une vérité essentielle que toutes les messes du curé du village. C'est de lui seul que les chasseurs prennent leurs ordres. Une seconde fois dans cette circonstance, il sauve la communauté d'un grave danger, en prenant en charge personnellement la responsabilité de l'acte décisif, l'acte de tuer. Cette énergie, ce sens des responsabilités, ce panache, lui valent l'admiration, la reconnaissance et l'affection de tous. Il rassure et inspire confiance par "cette connaissance des choses qu'il avait paru avoir". Son expérience de la vie et des êtres fait qu'il est à l'aise dans toutes les circonstances et dans les milieux les plus divers. Il trouve sans effort le ton juste aussi bien dans la salle commune du Café de la Route que dans les salons de Madame Tim ou que dans le restaurant huppé de Grenoble où l'accompagne Saucisse qui, près de lui, se sent une dame. Il passe sans encombre d'un échange familier avec tel ou tel villageois à une conversation avec le procureur royal. Tout en gardant ses distances, il ne se montre "ni fermé ni hautain" avec personne. Chez la "brodeuse", sa discrétion et sa délicatesse calme la méfiance de son hôtesse. S'il méprise les "lois de paperasse", il respecte en revanche les "lois humaines" : c'est ainsi qu'il accorde à M.V. le répit d'une dernière nuit passée parmi les siens avant de se rendre chez lui.

Pourtant, quand il reparaît au village après la mort de M.V. , tous notent en lui des changements sensibles. Lui qui, pendant ses deux premiers séjours, avait montré qu'il savait parler", ne parle presque pas. Ils sont frappés par son austérité monacale et par un côté cassant, tout militaire. Lui qui, comme l'affirmera Saucisse, a plus qu'un autre le sens de l'amitié et sait faire naître des dévouements passionnés et fidèles, tient ses meilleurs amis "à distance respectueuse". Il n'est d'ailleurs guère plus prolixe avec eux qu'avec les paysans. Saucisse et lui se comprennent à demi-mot et la saveur de leurs échanges tient beaucoup à leur laconisme.

L'humanité du personnage,  jointe à sa lucidité et au courage d'affronter la vérité, est peut-être sa faille et l'origine d'un vertige qui le conduira au suicide. Dès le début de l'enquête sur les meurtres, on est frappé par sa façon de se mettre à la place des autres pour tenter de comprendre ce qui s'est passé. Dans la maison de Bergues, restée ouverte après son départ précipité, il s'assoit à la place du braconnier, refait les gestes qu'il a dû faire, puis emprunte l'itinéraire qu'il a emprunté pour aller à la rencontre de son destin. S'interrogeant sur les mobiles du tueur, il formule l'hypothèse que ce n'est peut-être pas un monstre (c'est donc un homme comme les autres, qu'il peut comprendre comme il peut se comprendre lui-même) et il prononce pour la première fois le mot de "divertissement" ; le soir de la messe de minuit, l'assassin a pu substituer au  divertissement du meurtre  celui de l'éclat des ornements et de la pompe de la cérémonie religieuse : hypothèse qui scandalise quelque peu le curé !

La visite à la "brodeuse" constitue sans doute une étape décisive dans le cheminement intérieur de Langlois. Absorbé dans la contemplation fascinée du portrait de M.V. , près de l'épouse qui a partagé sa vie, il comprend sans doute mieux la puissance du besoin de divertissement, seul remède à l'angoisse mortelle de l'ennui.

Le divertissement est nécessaire en toute saison, et Langlois ne dédaigne pas le divertissement estival des trois jours de fête à Saint-Baudille. Mais c'est avec la venue de l'hiver, quand la splendeur stérile de la neige gomme et uniformise le paysage, tout en réduisant mouvements et activités, que Langlois -- comme auparavant M.V. --, éprouve la puissance de l'ennui et le besoin de divertissement : divertissement de la chasse au loup, projet de mariage. A l'approche de l'hiver, le suicide est peut-être le dernier recours d'un homme qui se sent tenté de recourir à la même forme -- la plus puissante et la plus envoûtante de toutes ? -- de divertissement que M.V. avant lui : le divertissement du meurtre.

Pour stopper la montée de l'ennui, pour endormir la conscience de l'absurdité, de la cruauté, de la médiocrité quotidienne du monde, ni l'amitié, ni l'amour (ou ce qui en tient lieu pour un homme aussi épris de son indépendance que Langlois), ni, a fortiori, les divertissements ordinaires du travail et de la fête ne sont des remparts suffisants. Langlois est seul, aussi seul que le loup au fond de Chalamont. Son aisance apparente pendant la fête à Saint-Baudille, où il n'oublie rien des usages mondains ni de ce qui peut faire plaisir à l'un ou à l'autre, ne trompe pas Saucisse : " Vous n'imaginez pas la mémoire qu'il faut avoir pour arriver à vivre dans les étendues désertes et glacées " . Le face-à-face de Langlois avec le loup, attendant au pied de la falaise une mort qu'il sait inéluctable, dans une contemplation hébétée du sang rouge du chien sur la blancheur de la neige -- seule beauté qui soit absolument en accord avec la vérité du monde --ce face-à-face nous fait toucher à vif l'intuition qui a donné naissance au personnage et au roman.

Lieutenant -

Lieutenant de la gendarmerie de Clelles. S'inquiète de savoir si Langlois partant pour Chichilianne s'est muni du "papier".

Lieutenant de louveterie -

Est venu une fois au village pour une battue au ... sanglier.

Maire de Chichilianne -

Langlois réquisitionne sa mairie en le menaçant de le faire expédier à Cayenne s'il souffle un mot de sa présence.


Maire (du village) -


Langlois lui présente les patentes qui le nomment commandant de louveterie.

Maître d'hôtel -

Accueille Saucisse et Langlois au restaurant de Grenoble.

Maquignon -

Voyageur de la patache pour Grenoble.

Maréchal-ferrant -

Allume sa forge de Chichilianne au moment où Langlois, suivi de M.V., passe devant.

Martoune (La) -

Sacristine de l'église du village. Soixante-dix ans, bossue, la bouche ravagée par l'habitude invétérée de priser du tabac. C'est pourtant elle que Langlois suit avec insistance. On apprendra ensuite qu'il n'en voulait pas à sa vertu, mais qu'il désirait qu'elle lui montre les vêtements sacerdotaux. Ouf !

Mathilda -

Fille de Madame Tim.


Minotier -


A flatté les fesses de Saucisse âgée de seize ans !

M.V. -

Portait dans le manuscrit le nom de "Monsieur Voisin". Il est celui dont la présence insaisissable réveille les vieilles peurs ; il est celui  qu'on cherche ; puis celui que Frédéric II suit jusqu'à son domicile de Chichilianne, celui que vient chercher Langlois pour le tuer. Autant dire que ce personnage mystérieux, plus encore que Langlois, focalise l'intérêt dans toute la première partie du roman, avant que son souvenir et son mystère ne hantent la seconde partie.

Tout porte à croire qu'il est bien le tueur en série dont Marie Chazottes, Bergues, Callas Delphin-Jules et Dorothée ont été les victimes successives, celui aussi qui s'est livré sur la peau d'un cochon de Ravanel à d'étranges et sanglants dessins au couteau. Toutefois, on ne le voit jamais tuer, ni porter dans le hêtre les cadavres de ses victimes. L'homme "dénaturé" que Frédéric voit s'abriter paisiblement sous le hêtre au plus fort de l'orage et qui lui déclare être de Chichilianne, ce serait donc lui. "Dénaturé", c'est le mot qu'a trouvé Frédéric II pour qualifier l'étrange sérénité, l'étrange contentement de l'inconnu sous son hêtre gigantesque , exposé à la foudre comme d'autres au soleil sur une plage , le même homme sans doute qui s'éloigne tranquillement dans la neige, sans jamais se retourner, juste après le meurtre de Dorothée, un homme à ce point au-delà du bien et du mal, à ce point consentant à sa nature d'homme-loup et à son destin que ni le remords ni la peur ne peuvent plus l'atteindre ? C'est ainsi que, sans chercher à résister ni à fuir, il mène Langlois au lieu qu'il a choisi pour sa mise à mort. Une mort dans laquelle il emporte tous ses secrets.

On ne saura pas qui était au juste M.V., s'il exerçait une profession ou s'il vivait de ses rentes. On ne saura pas davantage avec qui il partageait sa vie. Si la "brodeuse" est bien sa veuve, les meubles qu'elle a conservés suggèrent qu'elle a vécu autrefois dans le confort et même dans le luxe. M.V. était-il donc un notable important, un homme riche ? Le choix de Langlois peut s'expliquer par le souci de lui offrir une sortie "honorable", en ménageant la réputation de sa famille.

Aucun procès n'éclaircira donc le degré de resonsabilité de M.V. dans les assassinats ni son cheminement psychologique. aucune trace écrite de son histoire ne subsiste. Seuls ont été conservés les souvenirs de quelques témoins, plus ou moins déformés par ceux qui les ont recueillis. La vérité de M.V. a fondu comme les neiges des hivers anciens.

M.V. restera donc un inconnu, aussi énigmatique et fascinant que le furent pour Giono des criminels célèbres, comme le Docteur Petiot, pour l'affaire duquel il se passionne à l'époque où il conçoit Un roi sans divertissement, ou comme Gaston Dominici, personnage central de l'affaire de Lurs (à deux pas de Manosque), au procès duquel il assistera.

Nanette d'Avers -


Grand-mère d'une domestique de Madame Tim


Narrateur 1     -

Le premier narrateur dans l'ordre du récit. S'il ressemble beaucoup à l'auteur lui-même, il convient néanmoins de l'en distinguer.

Onésiphore de Prébois (fils)  -

Laquais de Madame Tim. Apprend avec difficulté à jouer du cor de chasse.

Perceval -

Héros du Conte du Graal, de Chrétien de Troyes. Dans un épisode célèbre du roman, Perceval s'absorbe dans la contemplation sur la neige de gouttes du  sang d'oies sauvages blessées. La scène où Langlois contemple longuement sur la neige le sang de l'oie d'Anselmie s'en inspire manifestement.

Petit garçon de la brodeuse -

Fait une apparition silencieuse à la fenêtre de la salle pendant la visite de Langlois à sa mère.

Petit (Félix) -

Participe à la chasse au loup

Piémontais (deux) -

Ouvriers de Frédéric II. Aident à porter la boue du canal au pied du hêtre.

Piémontais (équipe de) -

Travaillent à la carrière où Langlois se procure sans doute le bâton de dynamite.

Pierre le Brave de Ponsonas -

Ancien cor de fanfare. Sonne magnifiquement de son cor pendant la chasse au loup.

Pierrisnard (père de) -

Né en mars-avril 1845

Procureur royal -

Monte au village vers la fin de l'été 1846 pour y rencontrer Langlois. "Il était célèbre dans les massifs les plus désertiques et c'étaient bien ses favoris blancs et ce ventre bas qu'il portait devant lui comme un tambour ". A une réputation d' "amateur d'âmes". La nature de ses relations avec Langlois, qu'il traite en ami, et les raisons de son intérêt pour lui restent assez mystérieuses. Il n'hésite pas à abandonner ses nombreuses occupations pour monter au village à diverses occasions. Il participe à la chasse au loup, étonnant les chasseurs par sa résistance physique. Quand Langlois tue le loup, il se porte au premier rang des chasseurs "avec une légèreté aéronautique", et le narrateur saisit alors dans son regard une immense tristesse. A la suite de la visite de Langlois à la "brodeuse", il vient au village "plus souvent qu'à son tour". Il est aussi de la fête à Saint-Baudille, où il se promène avec Arnaude sur la terrasse. Lui, Saucisse et Madame Tim observent avec inquiétude le comportement de Langlois. Il propose à Saucisse de trouver une femme à Langlois (une de ses anciennes maîtresses?).

Personnage souvent présent mais presque toujours silencieux, le procureur royal reste une figure énigmatique, comme le sont les figures de M.V. et de Langlois lui-même.

Pugnet (Marcel) -

Descendant de Marie Chazottes par sa mère "qui était la soeur de la belle-mère de Raoul".

Quatre-vingt hommes du village -

Participent à la chasse au loup.


Raffin (père de) -


Né en mars-avril 1845

Raoul (belle-mère de) -

Fille de la tante de Marie Chazottes.

Raoul (femme de) -

Descendante de Marie Chazottes. Est restée "blanche comme du lait", malgré les travaux des champs.

Ravanel -

Tire un coup de fusil qui sème la panique dans le village juste après la disparition de Marie Chazottes.

Ravanel (Georges) - 

Echappe de justesse à une tentative d'enlèvement

Ravanel -

Petit-fils de Georges. Conduit les camions.

René Martin -

A hérité de la maison de son père, à qui Coursier l'avait léguée.

Richaud (Marie) -

Sans enfants. En 1844, s'engage devant notaire à entretenir le père de Sazerat (dix ans à l'époque) jusqu'à son brevet d'instituteur.

Romuald -

Participe à la chasse au loup.

Roublard en blouse bleue -

Voyageur de la patache pour Grenoble.

Saucisse -

Son embonpoint explique son surnom. Cette ancienne "lorette" de Grenoble s'est installée au village à soixante ans passés. Elle tient le Café de la Route, où Langlois vient prendre pension. Elle est alors "une maîtresse femme, plantée dans quatre-vingt-dix-huit kilos, une bouche de cuivre avec laquelle elle sonnait volontiers la charge dans les oreilles de ceux qui essayaient de lui marcher sur les pieds ". D'emblée Langlois et elle sympathisent. Assis dans la salle du café, "ils discutaient de la marche du monde". Dans l'épisode de la chasse au loup, son allure et son aisance font l'admiration des chasseurs. Elle se lie rapidement d'amitié avec Madame Tim. Toutes deux constituent la "garde rapprochée" de Langlois. Elles l'accompagnent chez la "brodeuse". Saucisse accompagne Langlois à Saint-Baudille, pour la fête que donne Madame Tim. Chargée par Langlois de lui trouver une femme, elle descend en sa compagnie à Grenoble où elle lui déniche Delphine.

Saucisse éprouve manifestement pour Langlois une amitié amoureuse et il lui arrive d'être jalouse de Madame Tim et de Delphine. Elle lui est entièrement dévouée. Bien des années après la mort de Langlois, vers 1867/68, alors qu'elle a quitté le Café de la Route pour s'installer au bongalove avec Delphine, Saucisse finit par accepter de raconter aux villageois les épisodes auxquels elle a participé. Son intimité avec Langlois, son expérience de la vie, son humour et son franc-parler font d'elle la narratrice privilégiée de ces épisodes.

Save Antoinette (mère de) -

Née en mars-avril 1845

Sazerat -

Erudit local, auteur de "quatre ou cinq opuscules d'histoire régionale". Ne possède aucun document sur M.V. mais connaît son histoire. Cependant Narrateur 1 néglige les informations qu'il aurait pu lui fournir.

Sazerat (mère de) -

Née en mars-avril 1845

Sazerat (père de) -

En 1839, garde les vaches à cinq ans, après avoir quitté l'école. Devient instituteur grâce à la générosité de Marie Richaud, qui lui paie ses études.

Soubrette -

Employée de Delphine à Grenoble.

Strogoff  (Michel) -

Personnage du roman du même nom de Jules Verne (1876)

Tailleur du 28e des chasseurs d'Afrique -

Urbain Timothée lui commande un uniforme pour la chasse au loup.

Tim (Madame) -

Nom familier donné par les villageois à l'épouse d'Urbain Timothée, châtelain de Saint-Baudille. Née au Mexique, c'est "une créole toujours belle et lente comme un après-midi de fin-juin". Fille de bonne famille, elle a reçu, dans un couvent espagnol célèbre, une éducation soignée. A son arrivée à Saint-Baudille, elle approche de la soixantaine mais en paraît trente. Elle a trois filles, toutes belles, et de nombreux petits-enfants qu'elle se plaît à réunir. "Vivez bien, c'est la seule chose à faire. Profitez de tout" : telle est sa leçon de sagesse. La chasse au loup, à laquelle elle participe, resserre ses liens d'amitié avec Langlois et Saucisse. Chez la "brodeuse", elle joue habilement un rôle pour la rassurer. Pendant trois jours, à Saint-Baudille, elle offre à Langlois le divertissement d'une compagnie choisie, et surtout celui de la beauté, celle de son château, celle de ses filles, sans pourtant parvenir à réduire cette "distance respectueuse" où Langlois maintient ceux qui s'intéressent à lui et qui l'aiment. Elle le retrouve au Café de la Route pour discuter avec lui et Saucisse du projet de mariage. Elle n'apparaît plus directement par la suite. Mais Langlois, accompagné de Delphine, continue de lui rendre visite.

Timothée (Urbain) -

Châtelain de Saint-Baudille. Un mois après la première visite du procureur royal au village, il est nommé capitaine de louveterie. C'est un petit homme de soixante ans d'une vivacité merveilleuse. "C'était un guadalajara, comme on appelle ici ceux qui sont allés faire fortune au Mexique. Il en était retourné avec beaucoup de pesos, cela ne faisait aucun doute, mais aussi avec un coup de bambou muscat ".

A part sa présence lors de l'épisode de la chasse au loup, pour laquelle il s'est fait tailler un bel uniforme, et sa qualité de mari de Madame Tim, il ne joue à peu près aucun rôle dans le roman.

Types (deux autres) -

Avec Bergues, raccompagnent la Martoune chez elle après la disparition de Marie Chazottes.

Types (deux ou trois) -

Frédéric II les croise dans les rues de chichilianne. L'un d'eux lui indique le nom de M.V.

V. -

Descendant de M.V.  Habite une ferme dans la descente du col de Menée, versant Diois. Elève à l'Ecole Normale. Narrateur 1 l'aperçoit lisant Sylvie de Gérard de Nerval.

Vieillards (qui savaient vieillir) -

Racontent à narrateur 1 la suite de l'histoire de Langlois à partir de son retour au village jusqu'à la fin de la battue au loup. Ont évidemment recueilli aussi les témoignages de Saucisse et d'Anselmie.

Vieille dame de Mens (Madame Savignan) -

Participe à la fête à Saint-Baudille.

Vieilles (dix ou douze) -

Assistent à la messe de dix heures, brutalement interrompue par le coupde fusil tiré par Ravanel père.

Villageoise au nourrisson affamé -

Voyageuse de la patache de Grenoble

Voisins (deux) -

Voisins de Ravanel, ils se tiennent devant la grange de celui-ci, au moment où il vient de tirer un coup de fusil.

Voyageur (de Colomb et Bernard) - Voir Colomb et Bernard


                                                                      *


Au total, si j'ai bien compté, une petite centaine de personnages dotés au moins d'un nom ou identifiés par un lien de parenté, plus à peu près autant de figurants anonymes, comme ces quatre-vingt hommes du village qui participent à la chasse au loup ! Giono n'a pas lésiné sur la distribution !

La plupart de ces personnages sont de simples figurants. Une bonne dizaine n'ont pour mérite que d'être nés en mars-avril 1845! D'autres, qu'au cinéma on appellerait des silhouettes, pour les distinguer des simples figurants, sont dotés d'un patronyme, ou d'une fonction sociale (maire, maréchal- ferrand etc.) mais n'apparaissent que dans un épisode et se contentent de faire acte de présence. Ils ont parfois droit à un bref portrait. Un autre groupe (une quinzaine) est constitué de personnages secondaires, jouant un rôle relativement important, mais dans un seul épisode (le braconnier Bergues, Frédéric II, la "brodeuse", la Martoune, Anselmie, le curé , Timothée etc. ).

Même pratiquement réduits à un simple nom, ces personnages ont leur importance : ils contribuent à donner du corps et de la crédibilité aux scènes décrites ; ils font exister la communauté villageoise, avec ses propriétaires et ses domestiques, ses riches et ses moins riches, son curé, son maire, son maréchal-ferrand, son boulanger, son épicier etc. Il n'y manque même pas l'enfant du pays parti faire fortune aux Amériques et revenu assez riche pour se faire construire un château (on en connaît de nombreux cas au XIXe siècle, de Barcelonnette à Grenoble). Les liens familiaux et les solidarités qu'ils engendrent y tiennent une place importante (beaucoup de ces figurants sont identifiés par un lien de parenté) et les biens se transmettent essentiellement par héritage.

Il importe de noter que, même réduit à sa plus simple expression (un nom, et rien d'autre), un personnage, dès qu'il est créé, représente des potentialités d'expansion romanesque que l'auteur est libre d'exploiter à sa guise. C'est ainsi que, dans Noé, Giono souligne la richesse potentielle du personnage de Delphine, qu'il envisage alors de faire reparaître dans un autre roman, comme il fera reparaître, par exemple, le personnage d'Angelo ou celui de Pauline de Théus, ou Langlois lui-même (dans les Récits de la demi-brigade). Des personnages comme la "brodeuse" ou Urbain Timothée ou le procureur royal possèdent manifestement des possibilités d'expansion romanesque que Giono n'a pas souhaité exploiter davantage.

Si l'on met de côté le cas très particulier du personnage de M.V., qui marque tout le roman de sa présence en creux, les protagonistes se réduisent au trio constitué par Langlois et ses deux amies, Saucisse et Madame Tim. L'autonomie romanesque de ces deux personnages féminins est d'ailleurs relativement limitée puisque leur principale préoccupation est Langlois, aux entreprises duquel elles sont associées. Du coup, l'attention du lecteur est sans cesse ramenée à Langlois, à ses actes et à son comportement, et au caractère énigmatique de plus en plus marqué du personnage.


Additum -

Outre les personnages imaginaires, un certain nombre de personnages réels sont évoqués. Les voici :

Abd el-Kader -

Anima la résistance arabe à la conquête française entre 1832 et 1847. Langlois a participé aux campagnes d'Algérie.

Bugeaud -

Gouverneur Général de l'Algérie de 1840 à 1847

Cartouche -

Ce brigand célèbre fut roué vif en place de Grève en 1721. Sazerat , l'érudit de Prébois, possède sur lui une documentation iconographique.

Colomb (Christophe) -

De retour de son expédition à la poursuite de M.V., Frédéric parlera des parages de l'Archat "comme Colomb devait parler des Indes Orientales".

Desmichels -

Général français. Langlois a servi sous ses ordres en Algérie.

Garibaldi (Giuseppe) -

Le héros de l'unification de l'Italie est connu au village par les Veillées des chaumières, apportées par le colporteur.

Jeanne d'Arc -

Absorbé par sa poursuite de M.V. , Frédéric II  ne pense bientôt plus à Dorothée, dont il vient pourtant de retrouver le cadavre  dans le hêtre : " c'était vieux comme les morts de Jeanne d'Arc et de Louis XVI".

Louis-Philippe -

Roi des Français de 1830 à 1848. Son buste orne la salle des délibérations de la mairie de Chichilianne. Ce détail est à peu près la seule allusion à la situation politique de la France à l'époque où se situe l'action du roman. Aucune mention n'est faite, notamment, de la révolution de 1848 qui doit battre son plein au moment où Langlois et Saucisse sont à Grenoble.

Louis XVI -

Voir Jeanne d'Arc

Mandrin -

Sur ce brigand célèbre, actif en Dauphiné et roué à Valence en 1755, Sazerat possède sur lui une documentation iconographique.

Nerval (Gérard de) -

Narrateur 1 aperçoit le jeune V., descendant de M.V., e ntrain de lire Sylvie.

Prim  (Maréchal) -

Homme politique espagnol de tendance libérale (1814/1870). Connu au village par les Veillées des chaumières.

Trézel -

Général français. Langlois a servi sous ses ordres en Algérie.

Verne (Jules) -

Impressionné par la fantastique vivacité d'Urbain Timothée, le narrateur le décrit toujours "prêt à un nouveau départ à la Jules Verne".

Zoulous -

Ne parvenant pas à s'expliquer les mobiles du tueur inconnu, Langlois dit : " Si on était chez les Zoulous, je dirais que c'est pour les manger ". On notera que, dans la fourche du hêtre, ne seront retrouvés que les ossements des précédentes victimes de M.V. (!!!)


Note - Cette étude de Un roi sans divertissement est le remaniement d'un article rédigé par moi en février-mars 2006 pour l'encyclopédie en ligne Wikipedia (voir l'historique de l'article, disponible sur le site de Wikipedia).


( Posté par : Jambrun )

Photo : Jambrun




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