jeudi 18 avril 2013

Les approximations du cardinal Vingt-Trois

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Devant la conférence des évêques de France, le cardinal Vingt-Trois a exprimé son opposition personnelle au projet de loi instituant le mariage pour tous et s'est indigné que l'on puisse "réduire ces manifestations à une manie confessionnelle, rétrograde et homophobe ".

Manie, je ne sais pas, mais, comme tout le monde a pu le constater, ces manifestations ont une tonalité confessionnelle évidente, regroupant une majorité de catholiques, dont bon nombre d'intégristes ; une tonalité rétrograde aussi, n'en déplaise à l'archevêque de Paris, au moins pour un très grand nombre de Françaises et  de Français, dont je suis ; une tonalité homophobe enfin, à peine voilée. Le péché de Sodome reste un péché . Le dogme reste le dogme, même relooké façons JMJ . Nos frères homos sont nos frères mais les pédés restent les pédés.

Ce que le cardinal omet de rappeler, c'est que ce projet de loi faisait partie des promesses du candidat Hollande, et qu'il a donc été approuvé par une large majorité de Français aux élections présidentielles. A partir de là, l'affaire est entre les mains de la représentation nationale, qui statue souverainement. Est-ce que le cardinal contesterait la légitimité des élections présidentielle, législative et sénatoriale ?

Une partie des catholiques de ce pays, renforcés par des mouvements d'extrême droite adeptes de la contestation violente des décisions démocratiques, essaie d'obtenir par l'agitation dans la rue ce qu'elle n'a pas obtenu par les urnes. Or cette frange de l'opinion est aujourd'hui largement minoritaire. La France n'est qu'en apparence un pays majoritairement catholique. La grande majorité des Français se désintéresse de la pratique d'une religion, quelle qu'elle soit, et les dogmes du catholicisme, en particulier, lui sont étrangers.

Le cardinal Vingt-Trois a déploré par ailleurs que " la conception de la dignité humaine qui découle de la sagesse grecque, de la révélation judéo-chrétienne et de la philosophie des Lumières n'est plus reconnue chez nous comme un bien commun culturel ni comme une référence éthique. "  Curieux amalgame en vérité. A quel courant de la "sagesse grecque " le cardinal se réfère-t-il ? Est-ce au matérialisme de Démocrite et  d'Epicure, qui condamnent la religion ? Est-au stoïcisme de Zénon, qui fait l'éloge du suicide? Est-ce au platonisme qui fait celui de l'homosexualité ? Le cardinal a-t-il oublié la dimension anti-chrétienne de la philosophie des Lumières, l'anticléricalisme de Voltaire, le matérialisme de Diderot, le théisme de Rousseau ? On voit que notre brave cardinal ratisse large, sans trop se soucier de la cohérence de ses mariages, dont la légitimité philosophique fait problème, beaucoup plus que celle du mariage gay : ce doit être ce qu'on appelle l'oecuménisme.

" Nous ne devons plus attendre des lois civiles qu'elles défendent notre vision de l'homme", a déclaré aussi le cardinal Vingt-Trois, constatant ainsi, de façon quelque peu désabusée, la perte d'influence de l'Eglise catholique dont le magistère moral ne concerne plus guère que les catholiques pratiquants, et encore. Il faut se réjouir de ce clivage tranché entre lois civiles et lois religieuses, dans une société mêlée où seule la loi civile, démocratiquement définie,  peut et doit s'imposer légitimement à tous. C'est cela, la condition de la paix civile dans une société laïque.

Le cardinal Vingt-Trois déplore que la société refuse désormais la différence sexuelle comme mode d'identification humaine. " On se refuse à gérer le fait que les gens ne sont pas identiques [...] C'est ainsi que se prépare une société de violence ", déclare-t-il. On  lui objectera que c'est plutôt la différenciation sexuelle qui, depuis la nuit des temps, est source de violence ; le quotidien de l'existence sociale à travers le monde en administre la démonstration multiforme et surabondante !  Par ailleurs, la nouvelle loi, si elle est adoptée, légitimera justement la différence et le droit à la différence. La réflexion du cardinal Vingt-Trois me paraît excessivement déficiente sur cette question de la différence. Si c'est ça, le niveau de réflexion des théologiens écoutés dans l'Eglise catholique, le Vatican a des soucis à se faire quant à la formation de ses élites.

Théologiquement , la position du cardinal pose d'ailleurs problème : a-t-il oublié que la prédication du Christ contient explicitement un appel au dépassement de la contrainte de la sexualité ? C'est une des raisons d'être du monachisme . L'amour du prochain (quel que soit son sexe) se présente comme un dépassement et une purification de l'amour profane . Or le projet de loi du mariage pour tous tend , comme je l'ai déjà montré, à déconnecter l'institution du mariage de la sexualité, en fondant le lien marital, non plus sur la préférence sexuelle, mais sur la pure affection.

La Nouvelle Zélande vient de légaliser le mariage homosexuel. Français, encore un effort, et vous rejoindrez le peloton de tête des pays éclairés.

Additum  (30 avril 2013) -

L'église brésilienne vient d'excommunier le père Roberto Francisco Daniel, déclaré hérétique à cause de ses positions jugées par trop favorables aux homosexuels. " Nous devrions simplement être considérés comme des êtres sexués, a déclaré le prêtre, et non pas comme des homosexuels ou bisexuels, puisque l'amour peut surgir à tous ces niveaux  ". Le père aurait certes dû ajouter "ou hétérosexuels" ! Cependant sa déclaration lève un lièvre considérable en ce qu'il dissocie l'amour de la préférence sexuelle et suggère que l'amour peut naître entre deux personnes, sans que la préférence sexuelle soit un facteur déterminant. L'Eglise catholique et les autres Eglises aussi seraient bien inspirées de se demander si la condamnation de l'amour homosexuel n'est pas en contradiction avec la prédication du Christ qui ne semble pas avoir placé  la sexualité au premier rang de ses préoccupations ni en avoir fait une condition de l'amour.


Lire sur ce blog : Vive le mariage pour tous, le vrai mariage moderne (27/03/2013)




Et s'il n'en reste qu'un...

1 commentaire:

JC a dit…

Lorsqu'il le faut, le devoir du citoyen est de s'élever, et combattre, des lois infâmes ... Valable pour Vichy, et le mariage des invertis.