vendredi 19 avril 2013

Mozart assassiné ?


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J'achève enfin mes études de médecine et je savoure comme il se doit les dernières semaines de mon internat dans un des plus prestigieux centres anticancéreux de France.  Maintenant que j'ai passé avec succès à Paris ma thèse de doctorat en chirurgie hépatique, on peut m'appeler Docteur !

Ce que je suis devenu, je le dois à mes deux pères, Jacques, qui m'a adopté quand j'avais six mois et Louis, qui sera mon second père, en tout cas mon beau-père, dès que sera promulguée  la nouvelle loi sur le mariage pour tous .

Jacques et Gisèle, sa femme à l'époque, m'ont donc adopté. Puis Gisèle est décédée dans un accident de la route quand j'avais deux ans, et c'est Jacques qui m'a élevé. Bientôt Louis est entré dans sa vie et nous avons vécu  ensemble, tous les trois.

Jacques est médecin généraliste et Louis est professeur de littérature. Du premier j'ai appris  la passion du savoir, le sens de la rigueur, le souci des autres. Du second, je tiens mon goût de la littérature et de la randonnée. A tous deux je dois d'avoir vécu une enfance et une adolescence heureuses . Tous deux m'ont aidé, guidé et soutenu quand il le fallait. C'est à eux que je dois d'être devenu ce que je suis.

Vers l'âge de vingt ans, je suis passé par la petite crise que connaissent la plupart de ceux qui se sont trouvés dans mon cas. J'ai désiré en savoir davantage sur mes géniteurs "biologiques", comme on dit. Jacques et Louis m'ont aidé dans mes démarches pour retrouver leurs traces.

J'ai d'abord appris qu'avant d'être adopté par Jacques et sa femme, j'avais  été retiré, âgé de deux mois, à mes parents par mesure d'urgence et placé dans une famille d'accueil. Mon père, arrivé clandestinement en France au début des années quatre-vingt, était originaire d'une ethnie d'Europe centrale où l'on est plus souvent voleur que notaire. Errant de bidonvilles en squatts, il vécut de divers larcins, de trafic de drogue et de proxénétisme. Il rencontra ma mère dans le bar où elle était serveuse et la mit presque aussitôt sur le trottoir. Il l'entraîna dans des entreprises diversement sordides : trouvés en possession de bijoux provenant du domicile d'un couple d'octogénaires assassinés, ils furent condamnés aux assises, lui à perpétuité, elle à une peine plus légère. Il périt en prison lors d'une rixe au couteau l'année de mes six ans. Quant à ma mère,  revenue à la prostitution après sa sortie de prison, elle mourut du Sida en 2005.

Je me suis demandé ce qu'il serait advenu de moi si la condamnation de mes parents n'avait pas entraîné mon placement d'office dans une famille d'accueil. Aurais-je développé des talents de pickpocket ? Aurais-je appris à jouer du couteau plutôt qu'à jouer au tennis ? Aurais-je exercé, à l'âge adulte, l'honorable profession de souteneur ? La mort de mes parents biologiques m'aura heureusement épargné l'erreur de renouer avec des personnages aussi peu recommandables et de voir, peut-être, ma vie polluée par leur fréquentation. Leur destin ne m'inspire aucune compassion.

" Un papa et une maman pour tous", clament dans les rues de nos villes ces imbéciles qui voudraient refuser à Jacques et à Louis le droit de se marier. Quant à moi, je me félicite d'avoir été élevé par ces deux papas-là . Combien sont ceux, nés des oeuvres d'un couple d'abrutis, de miséreux ou de voyous, qui auraient souhaité qu'un Jacques et un Louis relèvent leurs calamiteux parents de la charge de les élever ?

" Vous êtes en train d'assassiner des enfants " , a lancé le député UMP Philippe Cochet à la majorité socialiste . Je ne suis pas Mozart, bien que je sache jouer du piano et du violon, mais je me dis que c'est à mes deux pères homosexuels que je dois, sinon la vie biologique, du moins quelques uns des  plus beaux cadeaux de la vie réelle. Et, pour rassurer quelques irréductibles, j'ajouterai que je me sens décidément hétérosexuel. En plus. J'arrête, car je sens que je vais les fâcher.

La différence entre Eponine et Cosette, c'est que la seconde a eu la chance de rencontrer Jean Valjean. Eponine, elle, a dû se farcir ses parents, les Thénardier. D'où les dégâts que l'on sait. Hugo aurait certainement été un fervent partisan du mariage pour tous.




Comme j'aurais aimé être adoptée par un couple d'homosexuels !

1 commentaire:

JC a dit…

Rien de plus enfantin, de plus irréaliste et tordu, que de croire aux contes de fée à l'âge adulte : je n'y crois pas... en particulier quand la fée est une mauvaise fée, une garce, à l'âme noire comme le charbon et que la combine est une manipulation pour diviser la société, au lieu de traiter les réels problèmes : économiques !