mercredi 22 mai 2013

" Fatigue du sens ", de Richard Millet : portrait de l'artiste en vieux fasciste morose

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"  Comment être le citoyen d'un pays dont Yannick Noah est la "personnalité préférée" ? Comment expliquer l'immense dégoût qui m'envahit devant cet histrion du Bien, miroir de l'insignifiance française, symbole de l'idéologie mondialiste : sportif, métis, chanteur de variétés, bienfaiteur de l'humanité, donneur de leçons, parfaite expression de la niaiserie perverse du Culturel. "

Cet entassement d'injures et de sarcasmes se passe de commentaires, dira-t-on. Il me semble qu'il n'est pas inutile d'en esquisser un commentaire, ne serait-ce que  pour faire mieux apparaître les petites habiletés et les gros sous-entendus de cette charge.

Richard Millet se flatte d'être un défenseur de la belle langue française classique, jusque dans l'usage qu'il fait de la ponctuation ; par exemple les deux points qui suivent "idéologie mondialiste" : ils font comprendre que l'auteur ne jette pas l'anathème sur Yannick Noah parce qu'il est métis mais parce que la valorisation du métissage fait partie de cette idéologie mondialiste dont il est le symbole. Soit. Le lecteur n'en retiendra pas moins que les Français ont tort de proclamer Yannick Noah leur personnalité préférée ; ils ont tort parce que, entre autres choses, il est métis.

Le lecteur qui prend la peine d'aller jusqu'au bout des imprécations et des lamentations entassées par Richard Millet dans ce livre s'aperçoit très vite que la question du métissage lui tient à coeur. Elle lui tient à coeur parce que la question raciale lui tient à coeur, comme, avant lui, elle tenait à coeur à Céline : "Céline, malgré ses erreurs, écrit-il, avait bien vu que la politique ne cesserait de se heurter à la question raciale".

Richard Millet semble ignorer que, si  Yannick Noah est la personnalité préférée des Français, c'est peut-être en raison de qualités personnelles qu'il ne s'est pas soucié de rechercher. Mais passons.

Qu'est-ce que le métissage ? C'est un mélange de races (supposées "pures" à l'origine). Qu'est-ce que c'est au juste qu'une race ? On ne trouvera pas la réponse à cette question dans le livre de Richard Millet, qui doit supposer qu'elle va de soi. Cette omission fait partie des non-dits qui lui évitent de se retrouver entraîné dans un examen délicat. Au fond, ce qui compte, c'est que le lecteur sorte de son livre en ayant l'impression que les races existent et que le nier, c'est faire preuve d'ignorance et de niaiserie. La preuve :

" Dans Ramuntcho, roman oublié de Pierre Loti, l'écrivain ( qui ne mérite pas le purgatoire où il est tombé et que son métier de marin avait rendu curieux de toutes les civilisations, à commencer par l'islam) donne le récit, transposé, de la réalisation d'un fantasme qui le conduisit au Pays basque pour y trouver une femme capable de lui donner des enfants de race pure et forte. Ce qui paraît incompréhensible, aujourd'hui, voire inadmissible, je le comprends fort bien ; mais les imbéciles et les aveugles ne comprendront pas ce souci de pureté ; incompréhension toute idéologique et néanmoins paradoxale en une époque aussi soucieuse d'hygiène, de jeunesse, de force, de bonheur . "

Admirable, morbleu, du dernier admirable. Voyez comme ce "je le comprends fort bien" arrive à point nommé pour maintenir à distance ceux qui seraient tentés d'accuser l'auteur de se livrer, par le biais de cet éloge de Loti, à une apologie discrète du racisme, quoique la charge qui suit immédiatement, dirigée contre "les imbéciles et les aveugles" incapables de comprendre  "ce souci de pureté", ne laisse guère de doute à ce sujet. Notre époque, pourtant  " aussi soucieuse d'hygiène, de jeunesse, de force, de bonheur ", ne voit pas qu'en récusant ledit  "souci de pureté" (raciale) elle se met en contradiction avec elle-même. C'était pourtant simple à comprendre, merdre à la fin. Osons traduire, en mettant les points sur les i, la pensée de Richard Millet : si vous voulez mener une vie hygiénique, rester jeunes et vigoureux, et connaître le bonheur, n'épousez pas une négresse, et encore moins un nègre.

On aura beau objecter à Richard Millet que le métissage commence dès qu'un homme et une femme entreprennent de faire un enfant et que cela a commencé avec Adam et Eve, on aura du mal à le convaincre, lui qui se sent Blanc et Français de sang :

" A l'expression "Français de souche", je préfère "Français de sang" ; non que je renie l'idée de racines ; mais celle-ci est trop restrictive : le sang est plus noble, et mobile, généreux et exclusif tout à la fois. "

Qu'est-ce que c'est au juste qu'un "Français de sang" ? On ne trouve pas non plus une réponse bien claire à cette question dans son livre. mais des Français de sang, ça doit bien exister, puisqu'il le dit.

La preuve qu'il en existe, c'est qu'il existe bel et bien une race française, quoique menacée d'extinction :

" La parfaite synthèse réalisée par le peuple français entre le nord et le sud, les Celtes, les Germains et les Latins, cette synthèse millénaire, ce merveilleux équilibre à nul autre pareil, cette civilisation ne peut qu'entrer en conflit avec une immigration extra-européenne qui s'en remet au multiculturalisme et au différentialisme suscité par l'antiracisme. Le corps naturel français, devenu incapable d'assimiler les corps étrangers, est un corps malade ; et cette bête malade est désormais incapable de mordre. "

Mais qu'allez-vous lui chercher des poux dans sa tignasse gauloise ? Vous voyez bien qu'il ne s'agit pas de race, mais de civilisation, de culture ! A la vérité, notre Richard national entend bien associer le plus étroitement "le corps naturel français", entendez  cette race française, harmonieux dosage d'éléments celtes, germains et latins (produit d'un métissage certes, mais il y a si longtemps, il y a prescription) et la civilisation produite par ledit corps naturel. L'idée est d'une force et d'une beauté si stupéfiantes qu'elle en ferait presque oublier, pour le coup, les assertions ronflantes  -- "parfaite synthèse" , "merveilleux équilibre à nul autre pareil" --, les approximations -- et les Basques, Millet, les Basques ? à quoi il sert le Loti ? --, les affirmations dépourvues de l'ombre d'une preuve -- "le corps naturel français, devenu incapable d'assimiler les corps étrangers " --, les connotations douteuses : "cette bête malade est désormais incapable de mordre". Mordre QUI au juste, hein, Richard ? Ôte-nous d'un doute, si doute il  y a.

Doute il n'y a point, puisque l'ennemi mortel de cette brillante civilisation, celui qu'elle mordrait à coup sûr s'il lui restait de la force et des dents pour le faire, a été nommé : c'est "l'immigration extra-européenne", dont Richard Millet n'est jamais fatigué de dénoncer les nuisances et les dangers, au long des quelque 150 pages de Fatigue du sens.

L'immigration extra-européenne ? Qu'est-ce à dire ? eh ben, les nègres et les bougnoules, pardi. Mais halte là ! ah ah ! halte là ! Richard Millet n'emploie point de ces mots vulgaires; Richard Millet est un défenseur de la pureté de notre belle langue française. Désignons-les donc  des mots dont il use : il s'agit des Noirs et des Maghrébins. Nuance.

L'immigration extra-européenne fait peser une menace mortelle  sur notre belle civilisation en agissant de plusieurs façons :

D'abord parce qu'elle est une immigration de masse. Si nos frontières sont devenues des passoires, c'est grâce au triomphe du "métissage comme idéologie".  L' "antiracisme d'Etat" favorise le racisme antiblanc : "Comment, vous êtes encore Blanc !"  Bientôt, Millet nous l'annonce, il n'y aura plus en France et en Europe, que des nègres et des métis. C'était déjà le fantasme de Céline dans les années 30.   Millet, on le verra, nous ressert dans ce livre une vieille soupe à peine pimentée d'ingrédients modernes.

" Il n'y a plus de coiffes bretonnes, dans la froide nuit de Rennes, ni de voiles de religieuses ; on n'y rencontre que l'ombre de musulmanes enfoulardées, au regard plus inaccessible encore que celui des Japonaises, et hostile, ces femmes sachant qu'elles ne seront jamais bretonnes ni même françaises, mais des ombres, de plus en plus nombreuses, que l'on regardera s'accroître comme la nuit, et ajoutant à la ruine de la province comme territoire où était conservée l'essence française, autre mythe balayé par la mondialisation : tout est province, les capitales n'étant plus élues qu'au gré des marchés financiers ".

On ne dira jamais assez quelle influence a exercé le film Alien sur la vision sociologique de certains intellectuels français, comme Richard Millet. Quelle vision, mes aïeux ! " Ma nuit chez les mortes-vivantes" !

Nous découvrons ici la deuxième raison pour laquelle l'immigration extra-européenne est si dangereuse : ces gens-là refusent de s'assimiler :

" [...] des populations racialement, ethniquement, religieusement différentes et refusant de s'assimiler à la nation qui les accueille, quand elles ne lui sont pas franchement hostiles"

Et la preuve la plus flagrante de ce refus de s'assimiler, de cette hostilité délibérée, c'est... le refus de changer de nom et, en tout cas, de prénom :

" Est-ce que Mohammed Ben Barka peut être français, par exemple ? Que signifie le fait de se nommer ainsi à la troisième génération ? Quel est le sens de ce refus de se franciser, francisation onomastique pourtant rendue possible par la loi ? [...] Mohammed Ben Barka a beau avoir un passeport français, et vivre depuis toujours en France, il me semble qu'il n'est pas français : le nom est ici plus important que la peau et même la religion. [...] Mohammed Ben Barka ne participe pas de l'essence française, de ma vision de la France, de la nation, du rapport si singulier entre le sang et le sol. [...] Les immigrés, en France, surtout les Maghrébins, refusent presque tous ce mouvement de naturalisation véritable. Ils ne sont donc français qu'en partie, ou par défaut. On ne peut dès lors parler d'intégration,  encore moins d'assimilation. Une nation est aussi un paysage sonore ; les immigrés constituent une grave altération de ce paysage. On ne saurait être français par la seule vertu du Droit, autre pôle, avec le Marché, de la globalisation du monde. Il y faut autre chose -- ce supplément d'âme qui fait aujourd'hui tant défaut, même aux Français de souche, ignares, veules, abrutis et à ce point conditionnés par l'antiracisme qu'ils sont devenus eux aussi à leur histoire et à leur propre sang ".

Quand on songe à tous ces Mohammed, ces Mourad, ces Khaled et autres Hocine morts pour la France et qui encombrent nos cimetières militaires, sans pour autant être d'authentiques Français, ma pauvre dame, hein, quel scandale ! Sans compter tous les Mohammed, Mourad, Khaled et autres Hocine, médecins, profs de collège, ouvriers, employés, artisans, chercheurs, et même chômeurs -- hein, ma pauvre dame, quel scandale -- qui se baladent, depuis leur naissance, avec une carte d'identité française dans la poche, j'en frémis. Frémissons-en. Peut-être que, quand même, quelques uns font l'effort qu'attend d'eux le Millet. Mais il a dit "presque tous", qu'il a dit le Millet. alors, ma pauvre dame, vous imaginez bien ce qui attend not pov' France.

Mais attention ! Une telle énormité n'est  pas présentée ici par Richard Millet comme parole d'évangile : soyons sensibles aux nuances ! De la nuance avant toute chose, disait déjà Verlaine. Richard a écrit : "il me semble qu'il n'est pas français ". "Il me semble" : ce n'est là qu'une opinion, une simple impression. Ouf...

Mais le principal danger que fait peser sur notre beau pays la présence de tous ces Mohammed et autres Mounir, c'est évidemment qu'ils sont musulmans. Nous assistons en effet, selon Richard, à une islamisation rampante mais néanmoins galopante de la France :

" Selon Le Point du 2 septembre 2010, il y a aux Etats-Unis 7 millions de musulmans pour une population de 305 millions d'Américains et 1900 mosquées, tandis qu'en France, pour 65 millions d'habitants, on compte 5,5 millions de musulmans et 2368 mosquées. Je me méfie des chiffres, des statistiques, du journalisme; ces chiffres-là posent néanmoins la question de l'islamisation de la France [...] ".

L'islamisation de notre société, Richard Millet nous en administre des "preuves" sous la forme de "chose vues", comme la scène récurrente du barbu au poils hérissés, la tête couverte d'un bonnet musulman" sur le quai de la gare de Bezons ou de Gonesse, ou de l'enfoulardée de fraîche ou ancienne date toujours prête à  exsuder sa haine de l'Occident. Le jour où il verra "se dresser des minarets sur le plateau de Millevaches" s'approche inexorablement. Ce jour-là, quand le Djihad aura atteint même les ploucs du Limousin profond, on sent que l'ancien militant phalangiste pètera les plombs et tiendra son rang dans la guerre civile larvée (elle a commencé, selon lui, aux environs de 1789, et même sûrement bien avant) qui opposera le dernier carré de Français de souche, authentiquement Limousins, authentiquement Français et Catholiques (authentiquement Français parce qu'authentiquement Catholiques) à la marée des hordes islamistes.

" Il est si évident que l'Islam est incompatible avec l'Europe, tant par ses signes extérieurs que par le terrorisme auquel il donne naissance et qui est sans doute indissociable de son essence, qu'il faut toute la puissance du Droit et celle du Capitalisme international pour l'imposer aux anciennes nations chrétiennes, c'est-à-dire en intimidant leurs populations, celles-ci vivant dans la double terreur du juridique et du chantage islamique [...] "

La pensée de Richard Millet est une pensée essentialiste : le terrorisme est dans l'essence de l'islam. L'Europe est, par essence, chrétienne. Il est de l'essence du bon Français de se prénommer Pierre, Paul ou Jacques, mais pas Mohammed.

L'Islam ne progresserait pas à cette allure en France si la déchristianisation n'y progressait pas à une allure plus grande, véritable reniement  de son essence :

" Le pire porte aussi le nom de déchristianisation, c'est-à-dire l'oubli de soi, le reniement [...]"

C'est que, par essence, la France de Richard Millet est la fille aînée de l'Eglise. Plutôt que de déchristianisation, il faudrait parler de décatholicisation , puisqu'au contraire progresse l'idéologie protestante, alliée objective de l'idéologie antiraciste, de la religion du Droit, de l'américanisation et du Marché, toutes alliées de fait de l'idéologie mahométane.

" Villiers-le-Bel, Montfermeil, Saint-Thibault-des-Vignes : jamais il n'y eut une telle dissonance entre la beauté de certains noms de  villes et les populations  étrangères qui les peuplent et s'y maintiennent, hors de l'essence française, par le nombre et par le Droit "

Mon Dieu, qu'y sont pas beaux ! Pour mieux altérer, et finalement détruire, "l'essence française", ils peuvent compter sur leur nombre, toujours plus grand, puisqu'ils peuvent se prémunir sur le Droit pour mieux nous envahir.

Le Droit ? mais quel Droit ? eh bien le droit, avec un petit d, l'arsenal juridique de nos lois, lesquelles sont inspirées du Droit avec un grand D . Quel Droit ? Eh bien celui qui est inscrit dans notre Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, inspiratrice de la Déclaration Universelle des droits de l'Homme. C'est cette "religion des droits de l'Homme", ce "nouvel Ordre Moral" que Millet désigne comme le ferment démobilisateur qui assurera à terme le triomphe de l'islam et la disparition de la race française noyée dans un métissage généralisé , " par la rencontre du Droit et du marché qui fonde l'Europe postchrétienne ".

Votre esprit commence à s'éclairer ? Ce discours vous en rappelle un autre ? Mais voyons, voyons, vous demanderez-vous, cette "idéologie" des droits de l'Homme n'est-elle pas le fondement de notre démocratie, de la démocratie telle que nous la concevons en Occident ? Au fait, qu'est-ce qu'il en pense, Millet, de la démocratie ?

Eh ben, justement, la démocratie, Millet, il aime pas. Le présent de la France et de l'Europe achève, selon lui , "l'accomplissement de la farce démocratique ".  La démocratie, c'est la loi du nombre, et Millet n'aime pas se sentir noyé dans le nombre :

" Le système démocratique ne me représente pas, ou il le fait si peu que je reste à la lisière de ma propre signification. Je suis l'irreprésentable -- l'absent de toute citoyenneté comme de toute politique, n'ayant jamais été inscrit sur une liste électorale, et donc n'ayant jamais voté [...] par méfiance envers l'illusion démocratique comme par l'horreur que m'inspire l'innombrable de l'espèce humaine. ". 

Eh bien voilà. Voilà la boucle presque bouclée et notre esprit éclairé. Ce discours, si cohérent jusque dans ses obsessions et son délire, il nous semble l'avoir déjà entendu. Cet opprobre jeté sur les prétendus méfaits de la démocratie représentative et des principes de la Déclaration des droits, associés à ceux du libéralisme économique, du Marché , du Capitalisme international et du protestantisme, cette mise en cause haineuse des immigrés, artisans de notre perte, cet éloge d'une France et d'un  Français authentiques, aux antipodes de la France et des Français réels, on nous a déjà servi tout cela. Mais qui ?  -- Marine Le Pen ? Vous n'y êtes pas. Il y a beau temps que le Front National s'est rallié aux principes de la démocratie parlementaire. Ce discours, c'est, presque à l'identique, celui que tenaient les idéologues fascistes et fascisants des années trente. Il n'y manque que la dénonciation des Juifs. Mais chez Millet, l'immigration extra-européenne tient le même rôle de bouc émissaire que les Juifs pour les fascistes de l'entre-deux guerres, dont l'argumentaire antisémite ressemble au sien : même rejet à connotation raciste, même dénonciation d'un prétendu refus de s'assimiler.

Manquerait-il par hasard un thème récurrent de la littérature fasciste de cette époque-là : la dénonciation de la déchéance d'une France qui, à force d'avachissement démocratique et de droitdelhommisme, a renié ses valeurs et son âme ? Eh non. Chez Millet, cette dénonciation est omniprésente :

" Il est possible qu'être français consiste à n'avoir plus d'illusions au sujet de la France."

" Nous vivons dans les ruines de la France. "

" La France se nie elle-même comme nation dans l'abjecte contemporanéité de sa langue. "

" La France : un grand corps épuisé, comme les autres nations européennes. Une idée qui a cessé de se percevoir comme telle dans le consentement à elle-même. Une négation permanente de soi : un des beaux noms du nihilisme. "

Etc.

Quant aux Français, Millet n'a pas de mots trop durs pour stigmatiser leur déchéance et cracher le mépris qu'ils lui inspirent :

" Le peuple ? Nous le méprisons dans la mesure où il n'est plus  authentique, territorial, immémorial, en un mot : français, mais erratique, simple fils du Nombre : un conglomérat d'associés, comme dirait Sieyès, et en perpétuelle instance de divorce ou se séparant de soi au sein d'une impossible union. Une fiction social-démocrate. Un marché aux esclaves du consumérisme relooké à la mode ethnico-éthique. "

" Comment survivre en un pays dont on ne supporte plus la population, ni l'abaissement moral, ni la déchéance culturelle ? "

Dans ces "Français de souche, ignares, veules, abrutis", Richard Millet ne voit plus  que des "néo-français" auxquels il refuse de s'identifier, tant la caricature que ces "animaux" donnent du Français tel qu'il se le figure lui donne la nausée.

Une telle détestation de la France et des Français réels au nom d'une mythique essence de la France et des Français, on ne l'avait plus entendue s'exprimer avec autant de clarté depuis Drieu et Brasillach. Millet est bien l'héritier de ces fascistes emblématiques, à ceci près que son fascisme à lui est un fascisme triste. Le ressassement morose de ses obsessions et de ses marottes, à mi-chemin de la propagande des Croix-de-Feu et du PPF d'antan, lasse rapidement le lecteur de Fatigue du sens. Nos fascistes de l'entre-deux-guerres avaient, eux, le fascisme joyeux. C'est qu'ils y croyaient dur comme fer. Ils appelaient de leurs voeux la révolution nationale qui purgerait la France démocratique de ses miasmes impurs et ils y  travaillaient, dans l'espoir et dans la joie. Millet, lui, n'y croit plus. Les jeux sont faits, les carottes cuites, et la cabane est tombé sur le chien. Son fascisme est à celui des années trente ce que Snoopy est à Tarzan.

N'importe. Nous aurons découvert, en le lisant, quelques traits essentiels de l'Essence du Français : il est de race harmonieusement pure (celtique + germanique + latine), il est catholique (tendance Saint-Nicolas-du-Chardonnet) et résolument anti-démocrate.

Voilà de quoi éclairer nos lanternes pour nous guider dans la guerre civile que nous promet l'auteur.

Et, pour le reste, qu'un sang impur abreuve nos sillons.

Poil aux cons.


Richard Millet,  Fatigue du sens  ( Pierre Guillaume de Roux )


Additum - 

Ce livre récent (2011) reprend, en la durcissant et en l'inscrivant dans une perspective presque exclusivement politique et idéologique, une thématique déjà présente, quoique de façon moins voyante et moins polémique,  dans un ouvrage comme L'Opprobre (2008). Quand un intellectuel publie un livre de la nature de celui-ci, c'est bien évidemment dans le but d'agir sur la conscience de ses lecteurs,  sinon il ne le publierait pas. Dans Fatigue du sens, Millet adopte la posture relativement confortable de l'observateur consterné et du prophète apocalyptique . En dépit de son pessimisme voyant, ce livre, qui n'est qu'un tissu d'assertions grossières dont aucune ne résiste  à l'analyse,  n'en poursuit pas moins le but de dissuader le lecteur qu'un traitement réaliste des problèmes sociologiques de la France d'aujourd'hui soit possible dans le cadre de nos institutions démocratiques et dans le respect des principes universalistes de la Déclaration des Droits de l'Homme. Aujourd'hui sexagénaire, et, de surcroît marginalisé après le scandale soulevé par son Eloge littéraire d'Anders Breivik , Richard Millet tente de se fabriquer sur le tard une image d'intellectuel persécuté pour avoir voulu affirmer des vérités gênantes. Mais ce à quoi on assiste, quand on lit Fatigue du sens, c'est au naufrage d'un écrivain , exposant sans vergogne, avec une hargne presque suicidaire, la misère de sa pensée.











1 commentaire:

JC a dit…

Entre ce que dit Millet, qui est fort juste, et la belle pensée bobo-conne qui nous entraine depuis des décennies à tolérer, par un "humanisme d'idiot utile", l'intolérable, il n'y a pas photo !

Mais, les idiots utiles de l'Islam s'en rendront compte, un jour ... ou leurs enfants. c'est dans la nature de l'Islam de soumettre !