mercredi 8 mai 2013

Young men, go to the poubelles !

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La célèbre villa Noailles, aujourd'hui centre d'art contemporain, sur les hauteurs d'Hyères, fut construite en 1923 pour Charles et Marie-Laure de Noailles par l'architecte Robert Mallet-Stevens. Après la mort de Marie-Laure de Noailles, en 1970, la villa resta plusieurs années à l'abandon, à la merci des squatters et des pillards. Ce fut aussi le sort , dans les Alpes-Maritimes cette fois, à Roquebrune-Cap-Martin, de la villa construite par Eileen Grey, architecte et designer irlandaise à laquelle le centre Beaubourg consacre actuellement une rétrospective. On se doute que, durant cette période d'abandon, des objets d'une réelle valeur artistique durent disparaître, pas perdus pour tout le monde sans doute, quoique...

Il y a quelques années, un autre architecte célèbre, français celui-là, décida un jour d'emménager dans des locaux plus spacieux et plus adaptés. Lors du déménagement des anciens locaux, tout un ensemble de plans superbes, de carnets de croquis et de notes, se retrouvèrent... dans la benne à ordures. Un brocanteur  les avisa, s'en empara, et s'en alla les proposer à un célèbre centre parisien d'art contemporain, qui les refusa. Motif : sans intérêt. Peu  de temps après, le même centre organisa à grands frais une rétrospective consacrée au même  architecte.

Les brocanteurs expérimentés savent depuis longtemps que les meilleures affaires sortent... des poubelles. C'est fou tout ce qu'on peut y trouver, et il n'y a pas que les SdF en quête de nourriture qui les fouillent. On peut tomber sur une céramique, sur un meuble signés d'un nom connu, etc. Le brocanteur lui-même n'en croit pas ses yeux, passant par hasard devant un container d'où émerge, trônant au milieu des ordures... T'as vu ce que j'ai vu ? ...  Marche arrière !

Ensuite, on propose l'objet trouvé sur un site internet de vente aux enchères, eBay par exemple. Mise à prix : 1 euro. On laisse monter. Tout dépend de l'objet, mais pour une céramique signée par exemple, les enchères peuvent dépasser largement les mille euros.

Encore faut-il qu'on vous autorise à récupérer l'objet convoité dans sa poubelle. La municipalité d'une petite ville du Sud de la France décida un jour de changer le mobilier de la mairie. C'était un ensemble conçu par un designer connu. Le mobilier de remplacement était parfaitement anodin et sans aucun intérêt artistique. Le jour du déménagement venu, les employés municipaux chargèrent l'ancien mobilier dans un camion. Destination : la déchetterie. Un jeune brocanteur de mes amis demanda s'il pouvait récupérer quelques objets. Pas questions. L'ordre était de tout détruire, et tout fut détruit.

Les vicissitudes de notre patrimoine artistique, comme les fluctuations de la cote des objets d'art, dépendent largement des caprices de la mode et de l'ignorance générale, à commencer par celle des propriétaires qui jettent des objets dont ils ne soupçonnent pas la valeur. Les tribulations de ces joyaux de l'architecture des années folles que sont la villa Noailles et la villa d'Eileen Grey, témoignent de ce que la prise de conscience de leur valeur artistique et patrimoniale est relativement récente.




La villa d'Eileen Grey à Roquebrune-Cap-Martin

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