samedi 29 juin 2013

La saison des allergies

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Le style, ce n'est pas seulement en  littérature qu'on en a besoin. Dans la vie courante, c'est nécessaire tout autant. Sans le style,  on patauge dans le vulgaire, on stagne dans l'insignifiant. Tandis qu'avec le style, on décolle, on s'élève, on tutoie le sublime.

Tiens, pas plus tard qu'à matin, au marché. Je l'ai repérée de loin, dominant la foule des badauds rondouillards et trapus. Blonde. Lumineuse. Agile et noble, avec sa jambe de statue. Fasciné suis-je. Elle m'a vu, elle aussi. Nonchalante et souple, elle avance  vers moi, sans me quitter du regard.

Arrivée à ma hauteur, elle me toise (différentiel de taille en sa faveur : 0,25 m), me gratifie d'un sourire indulgent, tend un bras adorablement doré, puis, du bout de ses doigts fuselés, laisse tomber à terre un mouchoir.

Quel geste ! Féodal ! Palsambleu ! Les odeurs de graillon du marchand de poulets rôtis s'évanouissent. 2013 s'efface ! C'est toi Guenièvre, je suis Lancelot !

Et pas un mouchoir en papier, vulgaire kleenex de supermarché, je te ferai dire , non : un vrai mouchoir , en vrai tissu, tissé sur un vrai métier -- de batiste, brodé.

Aussitôt je me plie avec toute la grâce dont je suis capable,  ramasse le fin carré, le porte discrètement à mes lèvres, à mes narines,  prends le temps de flairer dévotement un parfum de paradis, me déplie avec une hiératique lenteur, me relève, le lui tends. Quelle classe! quel style !  

" Merci de ramasser mon rhume " , qu'elle me fait en reniflant.

-- Ah, s'il pouvait nous rapprocher, que je lui réponds en éternuant.

Mais à son regard un peu larmoyant, j'ai bien compris quelle ne souhaitait pas aller plus loin que ces premiers épanchements fusionnels, pourtant prometteurs.




Tableau de James Tissot

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