lundi 8 juillet 2013

Jeanne la Pâle chez les Bonobos

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Pour l'occasion,  j'ai mis mis mon petit ensemble grège à troutrous.  Ma crinière noire de jais torsadée  vient rouler sur mon épaule. Mon petit haut expose mes seins jusqu'au ras des pointes. La jupette moule une croupe digne des magazines spécialisés. Les séances à la plage et à la piscine ont doré sans excès ma peau de satin. Je me suis enveloppée d'un léger voile de mon subtil parfum.

Dix heures du matin. Sur le large trottoir ensoleillé de cette rue commerçante, où tout s'achète et tout se vend, je marche, l'oeil vif, aux aguets, mais point aguicheur. De temps en temps, je m'arrête, devant des chaussures, des petites robes, dans une vitrine.

J'ai élu ce quartier pour cet exercice hebdomadaire que j'affectionne. Autrement je n'y viens jamais. C'est qu'y résident en majorité des populations venues d'ailleurs, encore peu accoutumées à nos usages, en particulier à tout ce qui a trait aux rapports entre les sexes. Je les appelle (les mâles, du moins) : les bonobos.

En voici un. Dans la vitrine du bijoutier devant laquelle je stationne, je le vois qui s'approche, jusqu'à me toucher. Il me susurre dans l'oreille :

" T'as un beau cul, tu sais. Y a un hôtel, pas loin. Je t'emmène ? "

Je souris. Je prends mon temps pour me retourner. Je le toise, froidement, de la tête aux pieds (en finissant par les pieds).. Pas mal, pour une créature inférieure s'entend. Je repars, sans me retourner. Mon sac de cuir souple oscille mollement contre ma hanche.

Celui qui arrive en face ne jouit pas des mêmes avantages physiques. Faciès de néanderthalien attardé, tanné par l'exposition prolongée au soleil que nécessitent certaines tâches subalternes. L'oeil torve, haineux. Juste après m'avoir croisé, il me lâche un "Salope", suivi de borborygmes où je crois discerner quelque chose comme "Sale Française".  Cela s'annonce bien.

Suit un barbu, assez beau, je dois dire, vêtu d'une sorte de sac de bure blanche qui tombe sur ses sandales. Visage émacié, oeil fiévreux. Je suis sûre qu'il jeûne, celui-là et pas qu'un peu. Bientôt deux semaines qu'il se serre la ceinture. Un fou de Dieu de la stricte observance. La bite entre les dents.  Celui-là, je lui sors le grand jeu : je ralentis, j'ondule jusqu'à l'exagération, presque jusqu'à la caricature, les  nichons en léger  ballottage favorable, arborant, sur mes lèvres délicatement fardées d'un rose baiser exquis le demi-sourire en coin de la pétasse qui se sait regardée par un mâle en manque et qui en jouit, ah la sale pute !

Il passe son chemin en marmonnant des imprécations. Dans mon dos, le bruit d'un choc. Couinement. Il vient de se payer un lampadaire.

Deux matrones enchifrenées, empaquetées jusqu'aux yeux dans leurs draps noirs, remontent le boulevard. Coup d'oeil réprobateur. Moue simiesque des lèvres épaisses. Ce n'est évidemment pas avec de pareils spécimens qu'ils peuvent calmer leurs ardeurs, les pauvres.

Je sens dans mon dos des prunelles ardentes. Je commence à être toute excitée. Ils sont deux, cette fois. Je leur sers un de mes  numéros de charme favoris. Tout en  haut de mes longues jambes, perchée sur mes talons , je fais mouvoir mes tendres fesses en une figure que j'ai baptisé : moudre la semoule. La fesse gauche vient empiéter légèrement sur le territoire de la fesse droite, en un mouvement légèrement tournant. A vrai dire, je le fais à peine exprès. Je me sens toute molle, prête à dire oui au premier qui se présentera.

Je me calme un peu, le temps de prendre à la pharmacie mes pilules du lendemain. Coup d'oeil rapide derrière l'épaule : ils m'attendent. En plus, ils sont presque beaux ces cons, si ce n'était pas de bonobos, je me laisserais bien embarquer.

Je  sors de chez l'apothicaire. Ils m'emboîtent le pas. Cette fois, ils me serrent de très très près. Ils reniflent mon parfum. Je sens leur souffle sur mon cou.

Ils m'ont remontée, à défaut de m'avoir montée. Ils m'encadrent. Celui de gauche :

-- Ah ! quelle jolie chienne tu fais ! dix minutes que je te suis et que je te mate . J'ai la bite en feu, tu sais. Rien que pour toi. Tu veux en tâter ?

Celui de droite :

-- A trois, c'est encore mieux. Tu me suces pendant qu'il te nique.

Il est temps que le jeu s'arrête. Je suis toute trempée. De toute façon , j'ai couvert les cinq cents mètres. Bref coup de klaxon. C'est Guillaume. La BMW décapotée est rangée contre le trottoir, à l'endroit convenu. Les deux sont toujours là. Guillaume se penche pour m'ouvrir la portière. Je me renverse sur le siège, en écartant bien les cuisses. Je leur décoche un sourire ravageur.

Ils n'y ont pas répondu. Je crois bien qu'ils ne l'ont pas vu, fascinés qu'ils étaient par la vision bouleversante de l'origine du monde.

C'est alors que je me rends compte que j'ai oublié de mettre une culotte.

Je rougis jusqu'à la racine des cheveux.

Guillaume démarre et s'insère dans le trafic, en esquissant, nonchalant, un doigt d'honneur à la cantonade.

De retour chez moi, il nous restera à mettre en ligne sur YouTube les scènes que j'ai filmées au long de la rue en caméra cachée (dans mon sac), avant de faire longuement l'amour.


La paix de l'après-coït soit avec nous. Et avec nos esprits animaubonobos.


( Rédigé par : Jeanne-la-Pâle nue dans ses châles )


A manipuler avec précautions


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