samedi 3 août 2013

Cosmologie amoureuse

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Grande et blonde aux longues jambes, légèrement penchée sur l'étal du marchand de pêches, elle se détourne un peu pour m'observer, souriante. Sa robe blanche est comme un double cône de lumière s'évasant à partir de la taille marquée par la ceinture, blanche elle aussi. Je suis inondé des photons émis par sa splendeur solaire. A trois mètres, l'attraction qu'elle exerce sur mes sens et mon esprit est foudroyante : elle n'a besoin que de 1/100 000 000e de seconde pour produire tous ses effets (1). Je suis plein pot dans sa sphère d'influence. Je suis l'effet présent de sa cause ! Ailleurs n'existe pas !

Vibrion peu colérique,  ma ligne d'univers m'emporte irrésistiblement vers l'horizon de sa beauté. L'accélération de l'attraction amoureuse se manifeste déjà  par une compression psychique douloureuse de mes pensées gravitant toutes  vers son intime singularité centrale. Une fois dépassé le point critique, serai-je inéluctablement déchiré par les forces de marée passionnelle nées de ce sourire ravageur scintillant aux lisières du gouffre ? Issue fatale  entrevue en un éclair  et néanmoins follement désirée !

Eblouissement soudain. Souffrance immédiate. Inguérissable blessure.

Toute femme souhaitée jusqu'à la déraison est pareille au maeström de Poe : au-delà d'une certaine limite, la vitesse du navire, dépassée par celle du tourbillon, interdit toute autre navigation que celle qui spirale vertigineusement jusqu'au centre mortel où il se brisera !

Go to the pink hole, old man !


Note 1 -

300 000 km/sec  /  3 m   :  y a pas photo !


Jean-Pierre Luminet,   Le Destin de l'univers, trous noirs et énergie sombre  ( Fayard )




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