dimanche 20 octobre 2013

Leonarda, reviens !

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Il aura (presque) suffi d'une maladresse des services administratifs et policiers pour transformer en affaire d'Etat une très anodine affaire de reconduite à la frontière. Mais on n'en serait pas arrivé là si les médias, alertés par des enseignants, des responsables syndicaux, des militants d'associations d'aide aux sans-papiers, ne lui avaient pas conféré une incroyable importance, au point que le Président de la République s'est cru obligé de faire une mise au point télévisée qui n'a d'ailleurs pas suffi à mettre fin à la polémique. Tandis que la mère de Leonarda refusait hautement la proposition de permettre à sa fille de retourner seule en France, Harlem Désir souhaitait que la permission accordée à Leonarda soit étendue aux autres membres de la famille, sauf, apparemment, au père ! Et comme, d'autre part, les lycéens n'ont pas mis fin à leur mobilisation, on peut s'attendre à quelques rebondissements supplémentaires.

Des qui ne souhaitent sûrement pas que l'affaire s'apaise, ce sont tous ceux qui se sont juré d'avoir la peau de Manuel Valls, un ministre de l'Intérieur beaucoup trop répressif, trop énergique et trop populaire pour leur goût, et qui s'était déjà mis bêtement à la faute par des propos douteux visant les Roms. Le président ayant pris soin de ne pas désavouer son ministre, le beau Manuel n'est pas acculé à la démission, mais rien n'est encore sûr.

Ce que souligne crûment, en tout cas, l'affaire Leonarda, c'est l'état de violente crispation où en est arrivée la société française  sur les problèmes d'immigration.  Tandis que les uns dénoncent avec fureur une politique répressive guère différente à leurs yeux de celle de Sarkozy, les autres dénoncent avec une fureur non moins grande le laxisme de nos gouvernants, qu'il accusent d'ouvrir toutes grandes nos frontières à ce qu'ils perçoivent comme une invasion. On ne prendrait guère de risque à parier que  la prochaine présidentielle se jouera d'abord sur ce thème-là. Il semble d'ailleurs qu'elle soit déjà jouée. Les cantonales de Brignoles indiquent  clairement dans quel camp la France va basculer. Avec l'affaire Leonarda, quelle qu'en soit l'issue, c'est d'ailleurs comme si c'était fait. On peut être sûr que, dans les trois années qui restent de présidence Hollande, quelques péripéties du même genre suffiront à enfoncer le clou. Il restera à ceux des électeurs, des militants et des responsables UMP qui n'ont plus guère d'illusions sur les chances de Sarko ou de Fillon à prendre la décision, qui les démange depuis longtemps, de rejoindre Marine avec armes et bagages. On cessera alors de se demander si le FN dispose du personnel politique nécessaire pour gouverner. La réponse sera clairement oui, et le tour sera joué.

Depuis quelques décennies, la France connaît un afflux massif de populations étrangères, extra-européennes essentiellement, avec tous les problèmes d'intégration que cela pose. Ce phénomène, qui touche d'ailleurs toute l'Europe occidentale, suscite l'inquiétude de l'homme de la rue, incessamment réveillée par une multitude de faits-divers qui suscitent à leur tour de multiples réactions et prises de position. Du citoyen lambda à l'essayiste distingué en passant par le politicien et le militant associatif, chacun y va de son point de vue, de sa récrimination, de son cri d'angoisse, de son avertissement. Dans un récent billet mis en ligne sur le site de la République des livres, Pierre Assouline rend compte, avec une certaine complaisance, de deux ouvrages récents, Les Derniers jours, de Jean Clair, et L'Identité malheureuse, d'Alain Finkielkraut. Ces deux auteurs s'accordent pour dénoncer la dégradation de tout ce qui faisait, naguère encore, selon eux, la qualité  de notre civilisation et de notre langue. Dans les deux cas (c'est plus net, semble-t-il, chez Jean Clair), ce déclin est, sinon ouvertement, du moins sournoisement lié aux brassages de populations provoqués par les flux migratoires. Cette mise en accusation de l'immigration était encore plus claire et plus violente dans Fatigue du sens, de Richard Millet (2011),dont j'ai moi-même rendu compte sur ce blog (billet du 22/05/2013). On retrouve la même thématique dans les développements de Renaud Camus sur le thème de la "contre-colonisation" de la France.

Ces défenseurs moroses de la culture et de la langue françaises ont en commun le regard uniformément négatif qu'ils portent sur l'immigration, surtout si elle est extra-européenne. Ces laudatores temporis acti, nostalgiques d'un passé révolu, sont des réactionnaires au sens le plus exact du terme. Confrontés, comme nous le sommes tous, à un phénomène qui contribue puissamment à remodeler en profondeur la société française et les sociétés européennes, ils sont dans l'incapacité de l'appréhender avec un minimum de générosité, d'empathie, d'optimisme. Cantonnés qu'ils sont à leur rôle d'oiseaux de mauvais augure, on attendrait en vain d'eux la moindre esquisse de propositions d'avenir positives, le moindre effort pour tenter d'imaginer ce que pourrait être un nouveau vivre-ensemble dans une société transformée. Ils se contentent de ressasser de livre en livre leurs vaticinations moroses, à l'instar d'un Alain Finkielkraut, dont les positions n'ont guère changé depuis La Défaite de la pensée (1987). Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que leurs diagnostics entrent en résonance avec ceux du Front national dont, objectivement, et même s'ils s'en défendent (voir la fureur de Millet refusant d'être traité de fasciste), ils font le jeu et auquel ils fournissent une sorte de vitrine intellectuelle clandestine et BCBG. Mais, n'est-ce pas, tout cela est dans l'air du temps.

Au fond, qu'il s'agisse de Millet, de Clair, de Finkielkraut ou de Camus, tous s'accommoderaient de l'immigration à condition qu'elle n'ait aucune influence sur le fonctionnement de la société où eux-mêmes ont vécu leur jeunesse ( tous quatre ont atteint ou largement dépassé la soixantaine), et que les immigrés se conforment en douceur à un modèle d'intégration qui était encore relativement efficace dans l'école et la société françaises des années 60. Mais il n'en est rien. Les immigrés arrivent dans une France  en crise avec leur langue, leur culture, leur religion, dans un pays dont le modèle culturel n'a plus à leurs yeux le prestige qu'ils pouvait avoir pour leurs prédécesseurs d' il y a cinquante ans. Ils n'ont nulle intention de renier leurs racines, et se moquent des délirantes exigences d'un Richard Millet, pour ne citer que lui, sur ce point. Ce ne sont pas les mesures prises par nos gouvernants, qu'ils soient de droite ou de gauche, qui changeront grand'chose à un phénomène de cette ampleur, sur les causes profondes duquel ils n'ont guère de prise, comme nous l'a rappelé le drame de Lampedusa. C'est dans une France profondément transformée, et qui ne ressemblera guère à celle que nous aurons connue, que vivront nos enfants et nos petits-enfants. Black is beautiful, et vive le métissage. Il faut nous y faire : la France de papa, c'est fini. Sauf à tirer un trait spectaculaire sur les principes dont notre démocratie se réclame et sur notre appartenance à une Europe elle-même acquise à ces principes, elle ne reviendra plus. La société où il nous faut vivre tourne le dos résolument aux visions nostalgiques d'un Jean Clair, d'un Finkielkraut ou d'un Millet. Ce dernier nous fait part de sa tentation de quitter la France. Ce serait un choix logique de sa part. Conseillons-lui cependant d'y regarder à deux fois avant de déterminer son point de chute.

Mais toi, Leonarda, puisque notre Président te le propose, tu peux revenir. Charme nous, ma fille, de ton français quelque peu barbare, de ton langage d'oiseau  (1) : ça nous changera un peu du français châtié/châtré de tous ces vieux cons dont la leçon n'est plus de saison. Avec toi, et avec les autres, nous inventerons la France de demain, et sa langue.

Les refus crispés d'un Clair, d'un Finkielkraut, d'un Camus, d'un Millet, nous font chier. La vie aura l'exubérance de la joie, ou elle ne sera pas. La vie et la pensée auront l'exubérance infiniment ouverte de l'amour, ou elles ne  seront pas.


Note 1 -

L'enthousiasme me fait quelque peu délirer. Il va de soi qu'après quatre ans passé en France et à l'école française. Leonarda parle couramment le français usuel.

Lire sur ce blog : "Fatigue du sens", de Richard Millet : portrait de l'artiste en vieux fasciste morose (22/05/2013)


( Posté par : Myriam Ben Rataboum , avatar eugènique issu de l'immigration )


Les Jambruns communiquent -

Nous avons reçu (à 17h) de notre collaborateur Babal un courriel ainsi libellé :

" Je viens de prendre connaissance, avec la consternation que vous pouvez imaginer, du billet de Myriam Ben Rataboum. Je crois avoir été, jusqu'à présent, un contributeur utile, dont les prises de position ont été généralement appréciées. Je constate que les vues de la dame Rataboum sont incompatibles avec celles exposées par moi dans plusieurs billets récents. Alors, de deux choses l'une : ou vous virez sans délai la Rataboum, ou vous recevez ma démission. Je ne coexisterai pas une heure de plus avec cette b..., avec cette boug..., avec cette bougnesse. J'attends. "

Une décision s'imposait. Nous avons donc tranché. Myriam Ben Rataboum sera  expulsée, mais sera réintégrée au cas où elle en ferait la demande (cette proposition généreuse ne s'étend pas à sa nombreuse parentèle). Un choix aussi mesuré, vraiment digne de Salomon, nous semble de nature à calmer l'indignation de Babal, dont nous comprenons les raisons, mais auquel nous demandons instamment de renoncer à son projet de démission.

Nous recevons (17h15) un nouveau courriel de Babal ainsi libellé :

" Francesco Guicciardini a écrit :

" La puissance d'un gouvernant s'affaiblit lorsqu'elle n'est pas fondée sur l'amour des citoyens et qu'elle ne s'exerce pas non plus avec l'empire absolu et sans scrupules d'un tyran ".

A la lumière de ces fortes paroles, je vous laisse définir votre position, que je vois pour ma part comme celle d'un cul à égale distance de deux cuvettes de WC. Votre sagesse de Salomon me paraît avoir la mollesse d'un dessert à la vanille d'une marque connue que je ne nommerai pas. Je ne vous salue pas.

P.S. (hi hi !) : J'ai trouvé sur internet une photo de Rataboum. Elle serait mieux à sa place à se gratter les puces dans un arbre. "

A bientôt, les enfants



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