mercredi 16 octobre 2013

Les belles de Maguelonne

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D'Aniane, où le second Benoît fonda une abbaye, aujourd'hui réduite à des fondations, m'en vins, par Valmagne où me désaltérai de l'eau de sa fontaine ( on vous y offre aussi un excellent rouge), pérégriner vers Maguelonne, mouette nichée sur son ilôt, moyeu des étangs jetant autour d'elle leur traîne moirée. Depuis Fabrègue, proche faubourg de Montpellier,  je pris le chemin tortueux et montueux, propice aux entreprises des malandrins, qui mène à Villeneuve-lès-Maguelonne. A une orée de la forêt, où je m'apprêtais à m'arrêter pour vérifier mon chemin, stationnait une pénitente noire en courte soutane rouge très moulante. Craignant de troubler sa méditation,  m'éloignai incontinent, mais voici qu'une autre, toute aussi noire et court vêtue, semblait en oraison au bord du chemin. Poursuivant ma route, en aperçus une troisième, toujours très noire : assise derrière une petite table pliante ( autel portatif sans doute), elle se trémoussait, en transes, au son de quelque musique sacrée (gospel ?). Une dense atmosphère spirituelle semblait imprégner ces lieux solitaires -- calcaires et arbres rabougris -- bien faits pour attirer les anachorètes. Au bout d'une lieue, se profilèrent sur la garrigue les murailles d'une austère forteresse au portail de laquelle je lus "Maison d'arrêt départementale". Je compris mieux alors la présence de mes pénitentes noires : sans doute quelque saint abbé retiré derrière ces murailles, mais dont l'influence spirituelle s'exerçait loin au-delà, leur avait-il prescrit d'attendre les pèlerins pour les guider sur le chemin du salut. De Villeneuve-lès-Maguelonne, bourg étendu au bord d'un étang, m'engageai à pied, au-delà d'une passerelle au long de laquelle des pêcheurs mélancoliques, les pieds dans le vide, contemplaient leur bouchon, sur le chemin qui mène à la célèbre église. Une entêtante odeur montait des étangs. Je crus l'identifier comme celle de la saumure (les fondations bénédictines des environs y possédaient des salines), odeur cependant proche de l'odeur d'égout, ou de la station d'épuration standard. C'était sans doute plutôt cela, vu que ces étangs autrefois solitaires sont bordés aujourd'hui d'agglomérations populeuses, bien forcées d'y déverser leurs eaux usées et quelque peu stagnantes à cause de la platitude des rives et de la modestie des entrées maritimes.

Parcours vraiment initiatique pour atteindre l'admirable église et y pénétrer par un porche que domine un Christ bénissant de marbre d'une exquise délicatesse.

Au retour, mes pénitentes avaient disparu : sans doute avaient-elle regagné leur clôture peu éloigné pour s'y abîmer en prières, étendues, les bras en croix, face contre les froides dalles.


Additum - ( 6 février 2014 )

Depuis le rachat, en 2010, de l'ancienne abbaye mauriste d'Aniane par la Communauté de communes de l'Hérault, des fouilles ont été entreprises qui ont mis au jour les fondations de deux églises ; des pièces sculptées ont été trouvées. Résurrection du vénérable monastère fondé par le grand réformateur de l'ordre bénédictin ! Il semble que d'autres vestiges, achetés au début du XXe siècle par Georges Barnard, se trouvent aujourd'hui aux Etats-Unis, mélangés à d'autres provenant de Saint-Guilhem-le-Désert ( au MET de New-York).


Babal, avatar eugènique intermittent








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