dimanche 17 novembre 2013

Déblocage institutionnel : fantaisie burlesque dans le goût de Georges Feydeau

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Cette fois, la fameuse goutte d'eau venait de tomber. Le vase débordait. Non content d'avoir accumulé, les mois précédents, à raison d'une bourde par semaine, les allers-retours sur place, les menaces non suivies d'effet, les promesses non tenues, le président Flanbine venait de faire capoter, par son intransigeance hors de propos, les négociations entre son homologue Walter Fofana, le président des Etages Unifiés, et l'ayatouchelamoi Kommunyss, le Guide spirituel et temporel de l'Iratastan. La réconciliation tant espérée était remise à une date très ultérieure. Il fallait s'y attendre. Socio-déconocrate invétéré, le président Flanbine avait toujours été un chaud (quoique discret) lapin membre du lobby pro-Ispahël, comme d'ailleurs son ministre des affaires étrangères Laurent Radius du Cubiteau. Benabar Tatanyaou, le président d'Ispahël, ne tarissait plus d'éloges de Flanbine. Il était même question d'une livraison gratuite de douze tonnes de pamplemousses. En attendant leur réception, les derniers sondages pointaient un Flanbine en chute libre, en-dessous de 3,2%, ce qui ne  s'était jamais vu depuis la mort de Gallup and down.

C'en était décidément trop. Dans les jours qui suivirent, des contacts excessivement discrets furent établis entre des groupes que tout paraissait opposer, sauf l'urgence de  trouver une  solution au problème Flanbine : l'Internationale des Ouvriers  Qualifiés de la Déviance Islamique (IOUQUADI -qaida), les Manifestants pour Tous et pour  Tout (MTT), les Ligues AntiRhöm (LAR), les Autonomistes Blettons à Bonnet Jaune (ABBJ), les Francs-Tireurs et Partisans Résolus de l'Anticapitalisme (FTPRA). L'accord se fit aisément sur la nécessité d'une solution rapide, radicale et finale au problème Flanbine. L'infecte taupe sioniste, l'inventeur impie du mariage pour tous, le pédophilique amant de Leopolda (da!), le créateur de l'écotaxou, l'ennemi mortel de la Blettagne indépendante, allait payer le prix de son infamie.

Des contacts non moins excessivement discrets furent pris avec quelques notabilités du monde politique dont on présumait  qu'elles observeraient à tout le moins une neutralité bienmalveillante. L'avis de ces éminentes personnalités fut que, dans une situation de blocage institutionnel caractérisé, une procédure de déblocage accéléré s'imposait.

On se répartit donc les responsabilités logistiques. Il ne restait plus qu'à décider  de la date et du lieu.

L'annonce d'un déplacement de Flanbine à la Pléfectance de la Légion Blettagne fournit l'occasion. Les commandos d'intervention furent bientôt sur place. On s'était assuré de la complicité de quelques chefs des Gloupements Mépubliquains de Chéculité (GMC), dont le cumul d'heures supplémentaires non payées avait fini par mettre à mal la légendaire loyauté. Faute de trouver un accord sur les modalités matérielles de l'intervention (Petit-Clamart / Kennedy / Ravaillac / rue Saint-Nicaise), on s'était résolu à les combiner.

En ce matin frisquet de décembre, la limousine présidentielle stoppa devant le perron de la Pléfectance de Blettagne. C'était le jour anniversaire de l'assassinat de J.-F. K., mais personne n'y avait pris garde. Au cul les leçons de l'Histoire. Une modeste escouade de GLC était chargée d'assurer la sécurité du Président et de lui rendre les honneurs funèbres -- qu'est-ce que je raconte, moi, on n'y est pas encore, ménageons le suce-pince. Les Autonomistes Blettons à bonnet Jaune (ABBJ) avaient fait savoir qu'ils se tiendraient tranquilles. On avait en conséquence réduit le dispositif à max, coupes budgétaires obligent.

Plus engoncé que jamais dans son costard bleu-pétrole, la bouille ornée de son éternel sourire niais, Flanbine descendit le premier, suivi de sa copine adultérine, Valérie Triquebalai.

" Je vais te le lectifier, moi, ton soulile de clétin  (1), marmonna, sur le toit de la Pléfectance, la snippeuse embusquée derrière son viseur infrarouge. Et elle appuya sur la gâchette. Au même instant, un membre du GMC arrosait le couple présidentiel d'une rafale de sa calachenillekoff, tandis qu'un(e) enturbanné(e) en burnous, accouru(e) d'on ne sait où, déclenchait sa ceinture d'explosifs. C'est alors que la limousine présidentielle, artistement piégée la veille par un commando des Autonomistes Blettons, propulsa dans les airs les morceaux de son habitacle, de son moteur et de son chauffeur.

Au fond du trou de dix mètres creusé par cette débauche nitroglycérinée, les sauveteurs réussirent à récupérer une dent creuse de Flanbine, et la petite culotte de Valérie, miraculeusement intacte.

On torcha vite fait des obsèques nationales au président défunt, puis on passa aux choses sérieuses.

On y est encore.


Note 1 -

Cette particularité de prononciation suggère une origine ultraMarine de la snippeuse en question.


Exercice -

Transformez ce court récit :

1/ en vaudeville burlesque (trois actes) dans le goût de Feydeau, mâtiné de film de politique-fiction-catastrophe, avec un zeste de Sergio Leone, dans une dramaturgie de Nostradamus.

2/ en saga pseudo-historique à suce-pince (minimum : 1500 pages) dans le goût de Jonathan Littel Big Man.


Note -

Le parvis de la Pléfectance de Blettagne pourrait être avantageusement remplacé par la salle du conseil des ministres, avec valoche explosive planquée sous la table, façon Berchtesgaden. Dans une variante hard, mais excessivement peu vraisemblable,  le ministre des affaires étranges Laurent Radius du Cubiteau, secrètement converti à l'Islam radical, se charge de la déposer avant de partir pisser.  Dans une version super-hard , les ministres Jean-Yves Le Tri-Hihan et Stéphanie La Foll, traîtreusement passés aux ABBJ, se chargent de piéger la limousine flanbinique qui, quoique flambant neuve, flamba.

Note de la note -  " qui, quoique..." : eh  quoi ? quoi ? quoi ?



Additum -

Il n'existe pas, à notre connaissance, d'approche historique de l'assassinat politique à travers les âges. L'ouvrage que nous préparons sur le sujet devrait contribuer à  concombler cette lacune. Il s'agit d'envisager l'assassinat politique, non point d'un point de vue éthico-mémorialo-pleurnichard, toujours réducteur et crétin, mais du point de vue de ses effets, examinés avec sang-froid et objectivité. Un assassinat politique peut en effet débloquer une situation, infléchir une tendance, voire l'inverser, servir de déclencheur à une révolution, à une guerre. Banzaï !


Myriam Ben Rataboum : Histoire de l'assassinat politique, de Jules César à Flanbine : une approche raisonnée ( à paraître aux Presses de l'Université Libre du Haut-Verdon )






2 commentaires:

Helmut Plonk a dit…

Déjà trois heures et quart que ce billet est en ligne et toujours pas de commentaire de JC. Ça donne envie de mourir.

D. a dit…

Allons bon ! qu'est-ce que c'est maintenant que ces petites fantaisies typographiques ?