dimanche 3 novembre 2013

Odi britannicum vulgus et arceo (1) : Les Bretons et moi

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Opposant clairement les manifestants de Carhaix à ceux de Quimper, Jean-Luc Mélanchon a notamment déclaré :

"  A Quimper, les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres ".

Cette distinction m'a semblé d'autant plus pertinente qu'à Carhaix, près de Morlaix, se sont rassemblés des gens venus du Nord-Bretagne, alors qu'à Quimper, c'est le Sud-Bretagne qui se sera donné rendez-vous. Or, la partie Nord de la Bretagne a toujours eu quelques longueurs d'avance, au plan du développement psychique, des réalisations culturelles et de la conscience politique, sur le Sud-Bretagne, région attardée, pour ne pas dire arriérée, peuplée de ploucs bornés, traditionnellement adonnés à une soumission obtuse à leurs curés et à leurs seigneurs, qui les ont toujours cyniquement manipulés. J'en sais quelque chose car, dans ma jeunesse, j'ai plusieurs fois traversé ces campagnes déshéritées de l'hinterland quimpérois, avec mes parents, avant d'atteindre la mer. Avec la sidération qu'on imagine, nous voyions s'encadrer dans des portes sous-dimensionnées ou déboucher des chemins creux des créatures hirsutes, mâles et femelles, sortes de gnomes goîtreux, véritables fossiles vivants émergeant du paléolithique inférieur. Vision véritablement faulknérienne. Avec celle des mémères enrubannées du pardon de Sainte-Anne d'Auray, elle résume pour moi le niveau de développement humain de ces trous du cul du monde dont on se demande à quoi Dieu a bien pu les destiner, sinon à élever en batterie des poulets aux hormones et à châtrer des cochons bas de gamme nourris aux algues vertes dans des senteurs de lisier.

On est en droit de se demander si cette manif de Quimper, comme toujours en Bretagne, n'était pas dirigée plutôt contre la France que contre le gouvernement français. Papa, qui n'encaissait plus les Bretons depuis qu'il en avait épousé une, nous disait toujours qu'il existait chez beaucoup de ces périphériques un prurit latent de trahison à la démangeaison duquel ils étaient, d'après lui, toujours prêts à s'abandonner. On l'avait bien vu, ajoutait-il, entre 40 et 44 : malgré le patriotisme de quelques uns, la Bretagne était de loin, indépendantisme aidant, la province où s'étaient recrutés le plus grand nombre de sympathisants de l'occupant nazi. C'était un de ses thèmes favoris après le calva matinal. C'est probable qu'hier à Quimper, on comptait dans les rangs des bonnets rouges nombre de salopards antifrançais. Au moins depuis Louis XII qu'ils nous blairent pas. Faudra s'en souvenir quand on réglera les comptes. Putain, ça va chauffer pour leur matricule s'ils insistent. On va leur rappeler qui c'est-y qui commande dans notre belle France.

Jamais les derniers pour râler. Pourtant, comme la télé n'a pas manqué de le rappeler, ces empaffés ont le taux de chômage le plus bas de France. Et ça vient se plaindre et couiner qu'on les oublie. Connards. Où en serait la Bretagne si la France n'avait pas, plus souvent qu'à son tour, mis la main au portefeuille ? Ces pignoufs veulent le beurre et l'argent du beurre (salé). Corniauds qui mordent la main qui les nourrit. Des fois, je comprends Papa.

Si  Papa était encore vivant, il aurait déjà imaginé des tas de façons de faire payer aux Bretons l'équivalent de l'écotaxe et les intérêts de leur hostilité congénitale à la France : par exemple, boycotter systématiquement les productions bretonnes, passer ses vacances ailleurs qu'en Bretagne, brûler les camions immatriculés en Bretagne, dégrader les véhicules des touristes bretons, éventuellement leur casser la gueule, constituer des commandos chargés de liquider quelques exploitants agricoles bretons et leur  famille après leur avoir fait bouffer leur bonnet rouge (de toute façon, ils sont condamnés par la mondialisation). Il aurait sûrement préconisé de brûler quelques villages. De foutre sur la gueule en grand à tous ces enfoirés un jour de manif, à la mitrailleuse, à la grenade et au lance-flammes. De former des milices d'authentiques Français, venus d'autres régions de France, et qui, ayant, pour une raison ou pour une autre, les Bretons dans le nez (j'en suis), multiplieraient sur les populations bretonnantes des exactions à faire dresser les cheveux sur la tête, aux applaudissements de tous ceux qui en France (et ils sont nombreux) piffent encore moins les Bretons que les Basques, les Corses,  les Arabes et les Roms, auxquels on pourrait d'ailleurs régler leur compte après avoir réglé celui des Bretons. Ou alors on pourrait lancer les Basques, les Corses, les Arabes et les Roms sur les Bretons, qu'ils s'entre-tuent. Ce ne sont là que quelques formes d'action parmi beaucoup d'autres, que je laisse imaginer à ceux que ça intéresse, car personnellement je réprouve la violence.

Pour en revenir à mes souvenirs de l'hinterland quimpérois, réflexion faite, je me demande si ma rencontre avec mes humanoïdes néo-celtiques n'eut pas plutôt lieu du côté de Saint-Brieuc. Merde. Voilà  qui flanquerait ma théorie par terre.

Je me rappelle. Cette fois, c'est sûr. C'était du côté de Trouville. Même que Maman m'avait dit comme ça (en rigolant) : "Regarde, Jeannot, on dirait le sosie de Marcel ". -- Quel Marcel ?  -- Proust, évidemment.

Ma femme m'affirme que Trouville n'est pas en Bretagne mais en Normandie. Ah bon ? De toute façon, y a sûrement plein de Bretons à Trouville. Rien que le nom...

Décidément, Lévi-Strauss a eu raison de l'affirmer dans " Tristes Bretons " : les Bretons, c'est comme les cochons, plus ça devient grand, plus ça devient bête, les Bretons, c'est comme les cochons, plus ça devient grand, plus ça devient con. "

A part le biniou, Jakez Hélias et un certain air nunuche aux yeux ronds typique de la Bigouden sous sa coiffe, on chercherait en vain l'apport de la Bretagne au patrimoine culturel mondial depuis Nominoé. Ah, si, j'allais oublier : Nolwen Leroy. Celle-là, je la kiffe grave. C'est plus fort que moi.

J'ai maintenant une confession à faire. Une confession qui, je pense, éclairera certaines considérations précédentes.

Maman  était bretonne. Une foutue conne ( Sud-Bretagne). Papa a beaucoup souffert.

Papa était Breton. Un méchant con (Nord-Bretagne). Maman a beaucoup souffert, avant de l'achever au cidre (coupé à l'arsenic), dans notre ferme, à Daoulas.

Je suis donc Breton. J'en ai beaucoup souffert. J'en souffre encore (1).

Le cidre breton est si infect qu'on ne sent pas le goût de l'arsenic dedans. De toute façon, avec sa cirrhose, Papa n'avait plus goût à rien, surtout depuis qu'il avait été viré de la Truie Quimpéroise. Compressions d'effectifs.

C'est vrai que la Bretagne est en crise. Avec la concurrence des pays émergents, toutes ses filières traditionnelles battent de l'aile : le poulet breton, le cochon breton, le cidre breton, la sardine bretonne, la galette bretonne, le far breton, le bas breton, le marin breton, la bonniche bretonne, la pute bretonne. Même la connerie bretonne : trop abondante, donc invendable, tout comme les artichauts bretons ! Même quand, par exception, il est intelligent, comme moi, le Breton n'arrive pas à se vendre à l'export.

Bouche inutile, Papa avait en plus tous les défauts classiques du marin breton. Du mari breton. Il était temps d'en finir. J'ai aidé Maman à l'enterrer  dans la soue à cochons. Puis j'ai cherché l'oubli en soufflant dans un biniou dans le bagad de Lann Bihouée. Le Breton n'est pas doué pour grand'chose, mais souffler dans un biniou, il peut le faire. Mal, mais il peut. Ensuite je me suis embarqué. Sur la Jeanne. J'ai cherché l'oubli à travers le vaste monde. Oublier Quimper, Daoulas, Guingamp, Palerme et la soue à cochons. Oublier Maman surtout. J'ai épousé une Tahitienne dont la grand-mère avait bibliquement connu Gauguin. Nous vivons avec Maman, qui a perdu un peu la boule (2), à Pont Aven.

Le Breton revient toujours sur les lieux de ses forfaits.

Comme disait Papa, après son licenciement des volailles Mère Doudou : "  Loti l'a dit (3) dans Mon frère Yves : pour un Breton, y a que deux options : la Bretagne, si tu l'as pas dans le coeur, tu l'as dans le cul " (4).


Note 1 -

Comme Yann Queffélec. Mais lui n'en a pas souffert. C'est qu'il n'a pas eu à se faire tout seul. Comme moi. Oui, M'sieur.

Note 2 -

Je me rappelle maintenant très bien que mes hominiens néo-celtiques avaient une tête en boule de billard.

Note 3 -

Loti l'a dit", oui, je sais. C'est Loti qui l'dit qui l'est.

Note 4 -

Quand une Bretonne remplaçait le Breton, la formule changeait un peu.


Lire sur ce blog :    Flaubert chez les Bretons  (02/07/2012)


( Pour Eugène : Paul Etel)


Eugène communique :

J'ai le plaisir d'accueillir parmi moi un nouvel avatar : Paul Etel, spécialiste des identités régionales.









1 commentaire:

JC a dit…

La Mélenche vient de comprendre qu'elle n'est qu'un colifichet de feu le PCF ! Même mort, il bande encore...

Y avait pas mille personnes à son happening triste...