samedi 11 janvier 2014

Bon anniversaire, Simone !

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Avec quelques jours de retard. C'est en effet le 9 janvier 1908 que naquit Simone de Beauvoir.

C'était au début des années 90, sur la grande scène de Chaillot. Jérôme Savary avait monté un spectacle dont j'ai oublié le titre et qui évoquait le Paris des années quarante, juste après la libération. A un moment, on y voyait Simone de Beauvoir, attablée devant un petit noir, à l'avant-scène Jardin, tandis que Jean-Paul, attablé devant un scotch, était à l'avant-scène  Cour. Vu les dimensions du plateau de Chaillot, le dispositif en disait long sur l'état de la relation du couple telle que l' imaginait le metteur en scène, qui avait dû  se souvenir de l'épisode Nelson Algren. Cela donnait le dialogue suivant :

Simone   -    Vous buvez trop, Jean-Paul.

Jean-Paul   - Faites pas chier, Simone.

La salle rigolait bien. Le couple mythique avait disparu de la scène réelle depuis quelques années déjà (Sartre en 1980, Simone six ans plus tard), et l'oeuvre de l'auteur du Deuxième sexe était déjà entrée au purgatoire. Elle y est encore.

Qui, aujourd'hui, lit encore avec un peu d'attention, cette Bible incontournable du féminisme qu'était, au début des années soixante du siècle dernier, Le Deuxième sexe ? Peut-être a-t-on, à l'époque de sa parution, un peu trop loué un ouvrage à l'originalité relative, et qui faisait la part un peu trop belle à la compilation (ce sera aussi le défaut de La Vieillesse ) . Les pages du livre qui survivront sont, sans doute, celles qu'elle consacre à des écrivains, Stendhal en particulier.

Le reste de l'oeuvre est très inégal. Mémoires d'une jeune fille rangée restera sans doute comme le chef-d'oeuvre de la prosatrice, tant par la  qualité de l'écriture que par la lucidité d'un livre dont le pouvoir d'évocation et d'émotion reste intact. Mais que dire des textes autobiographiques qui suivirent, gâchés par des jugements partisans, injustes (sur Camus, notamment ) et par la médiocrité de l'écriture, de plus en plus négligée au fil des volumes. Les Belles images est un roman plein d'intérêt , d'une forme originale, qui mérite d'être relu, comme les nouvelles de La Femme rompue, mais la platitude de l'invention fait de la lecture de Tous les hommes sont mortels une épreuve accablante.

Papesse de la cause des femmes, la chance de Beauvoir aura tout de même été d'avoir croisé la route de Jean-Paul Sartre. Sans cette rencontre providentielle , eût-elle écrit la plupart de ses livres ? Et qui, aujourd'hui, saurait seulement qui elle fut ? Je ne sais pas si elle-même, dans tout ce qu'elle a écrit, relève ce peu paradoxal paradoxe qui crève les yeux à tout un chacun, mais qu'elle ne se sera pas souciée, quant à elle, d'analyser jusque dans ses plus cruelles implications. Point aveugle...

Mais ne soyons pas chien. Simone ne m'a pas toujours fait chier. C'est tout de même  à elle que je dois d'avoir découvert l'existence de la Grande Séolane. Et la vision de cette grande bringue cul par-dessus son vélo dans la descente du col d'Allos n'a pas fini de me réjouir.

La Grande Séolane, vue de Dormillouse




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