mercredi 1 janvier 2014

Lars von Trier en visite chez Balthus

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En première page de son numéro du 1er janvier 2014, Le Monde publie une superbe image du dernier film de Lars von Trier, Nymph()maniac. On y voit l'actrice Stacy Martin dans le rôle de Joe adolescente.

Cette scène évoque de façon très frappante quelques tableaux célèbres de Balthus où de jeunes adolescentes sont représentées sommeillant ou lisant sur une chaise ou un fauteuil, dans des poses bien faites pour émouvoir le voyeur qu'est le peintre et le spectateur. Tel est le cas de Thérèse rêvant, une toile de 1938. On notera sans étonnement excessif qu'une des diagonales au moins du tableau passe par l'empiècement de la culotte de Thérèse.

La géométrie est aussi un thème majeur de l'oeuvre de Balthus. Elle est partout présente dans un tableau comme Patience (1943), où l'équilibre géométrique, comme dans plusieurs autres oeuvres de ce peintre est troublé par ce facteur de déséquilibre qu'introduit dans la composition le corps féminin, et spécialement le corps féminin adolescent. Du reste, je soupçonne les déséquilibres balthusiens d'être calculés au quart de poil. C'est manifeste dans Thérèse rêvant, où le corps du personnage s'inscrit dans un jeu de lignes et de volumes très précis.

La scène de Nymph()maniac, en revanche, relève moins, me semble-t-il du voyeurisme que de la méditation. Le personnage semble avoir un problème avec la règle ou les règles. S'en affranchir, oui, mais peut-être pour en instituer de nouvelles... Pour l'artiste, même les débordements amoureux les plus effrénés exigent des transpositions millimétrées...

Mais enfin, n'ayant pas vu le film, j'ignore comment le cinéaste éclaire la signification de cette scène-là par les autres.

Du Balthus au second degré ?





Balthus, Thérèse rêvant (1938)



Balthus, Patience (1943)


Lars von Trier, Nymph()mania

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