jeudi 27 février 2014

" Burn after reading " (Ethan et Joël Coen) : conte de la folie ordinaire

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Trois monstres sacrés réunis pour la circonstance : Georges Clooney, John Malkovitch et Brad Pitt. Question cabotinage, on pouvait s'attendre au pire, mais voilà, ils sont dirigés par un duo d'exception,  Ethan et Joël Coen, et l'on oublie très vite complètement qu'on a affaire à des stars, tant nos trois zèbres ont à coeur d'entrer dans leur personnage peu flatteur, Brad Pitt, en particulier, impayable en coach de club de remise en forme, et Georges Clooney, méconnaissable sous sa barbe. Malkovitch, plus inquiétant que jamais en cinglé de grand style, est tout aussi convaincant que ses deux petits camarades. Plus trois actrices moins connues (de moi, en tout cas) mais excellentes. La qualité du jeu de tout ce beau monde fait déjà de ce film un petit bijou.

On peut voir dans Burn after reading  une parodie de film d'espionnage et c'en est une, après tout. La scène initiale et la scène finale, notamment, se recommandent pour la férocité joyeuse de l'image qu'elles donnent du fonctionnement de la C.I.A. Mais ce film est surtout pour moi un conte de la folie ordinaire, tant cette abracadabrante histoire de pseudo-espionnage est l'occasion pour les cinéastes de s'aventurer sur les terrains glissants de la dinguerie humaine. Les dispositions paranoïaques du personnage joué par Malkovitch n'attendaient qu'une occasion favorable  pour donner toute leur mesure et c'est le cas, du reste, de tous les protagonistes, notamment celui qu'interprète Frances McDormand. Que le hasard s'en mêle, que quelques coïncidences interagissent, et les voilà tous entraînés dans une dérive démente et destructrice. Il ne faudrait pas s'y tromper : ce film est beaucoup plus réaliste qu'il n'en a l'air ; je le trouve même relativement modéré sur le terrain de la démesure burlesque et, en définitive, plutôt en-dessous de ce que peut produire la réalité "ordinaire" : il suffit de suivre un peu la chronique des faits-divers pour s'en convaincre.

Que tout le monde se méfie de tout le monde et que tout le monde espionne peu ou prou tout le monde, ce n'est pas nouveau, mais cela tend à s'aggraver avec l'aide de l'ordinateur, d'internet, des caméras de vidéo-surveillance et des voisins vigilants. A ce jeu de qui va baiser l'autre dans les grandes largeurs, les femmes s'en sortent mieux que les hommes . Ce n'est pas qu'elles soient plus sympathiques ni moins timbrées, mais elles savent ce qu'elles veulent et elles ont de la suite dans les idées. Les hommes eux, paient au prix fort  leur propre sottise,  leurs contradictions,  leur lâcheté,  leur vanité, leurs inconséquences et  leur aveuglement.


Burn after reading, film d'Ethan et Joël Coen, avec Georges Clooney, Frances McDormand, John Malkovitch, Elisabeth Marvel, Brad Pitt,  Tilda Swinton






1 commentaire:

JC a dit…

Il y a effectivement chez les Coen un parti pris féministe tout à fait sympathique, superbement servi par Frances McDormand dans plusieurs films.
"Burn after reading" peut être regardé suivant l'humeur comme parfaitement comique ou parfaitement tragique...
Le type de production cinématographique qui se fait rare !