samedi 22 février 2014

Essai de critique diachronique : le "Journal parisien ", d'Ernst Jünger

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Objet : le Journal Parisien d'Ernst Jünger -


1 / 1980 -

Vient de paraître le Second Journal Parisien d'Ernst Jünger, dans une excellente traduction de Frédéric de Towarnicki et Henri Plard. Décidément, la réception en France des ouvrages de l'ami Ernst (85 ans cette année) aura bénéficié de remarquables traducteurs, au point que le plus francophile des écrivains allemands du XXe siècle mériterait d'être naturalisé français. On se souvient, du reste, qu'il aurait pu faire la grande guerre dans les rangs français, puisqu'il s'était engagé dans la Légion étrangère à 17 ans  -- expérience qu'il raconte dans Jeux africains .

A Paris, entre 40 et 44, pour l'officier de la Wehrmacht Ernst Jünger, c'est la belle vie. A part quelques brèves périodes de manoeuvres, Ernst partage son temps entre la Tour d'argent, le Ritz et le Meurice, les promenades avec sa petite amie Charmille, dite aussi la Doctoresse (pendant que Perpetua, épouse exemplaire, attend son grand homme dans son trou du cul du monde de Kirchhorst), les visites à Florence Gould, à Jouhandeau. Ces deux-là ne s'en seront pas mal tirés à la Libération. Outre Jouhandeau, il fréquente le gratin des intellectuels et écrivains pétainistes et collaborationnistes, Morand, Chardonne, Giraudoux, Thierry Maulnier, Benoist-Méchin, Abel Bonnard.... On sait qu'il ne blaire pas Céline. Il considère avec circonspection la mère Morand, dont il note qu'elle appelle art de vivre "l'art de faire travailler les autres et de garder le plaisir pour soi". Tout un programme, en effet...

Au total, ce Journal parisien est décidément un document de premier ordre sur le microcosme littéraire parisien sous l'Occupation.


2 /  2280 -

Gageons que seule une poignée d'amateurs de nos classiques l'aura noté : on célèbre cette année le tricentenaire de la parution du  Second Journal  parisien, d'Ernst Jünger. Avec Thomas Mann,Thomas Bernhardt et Peter Handke, Jünger  est considéré comme un des grands classique des lettres germaniques du XXe siècle. Il est surtout connu chez nous pour ses Orages d'acier, témoignage saisissant d'un combattant de la première guerre mondiale (1914/1918). Aujourd'hui que six autres lui ont succédé, l'horreur des carnages de masse de cette guerre encore très modestement planétaire (on a vu bien mieux depuis) nous paraît toute relative, si l'on songe que la dernière a fait environ vingt fois plus de victimes.

A vrai dire, ce Second Journal parisien devrait surtout retenir l'attention d'un petit nombre d'érudits. La plupart des noms évoqués par l'auteur   -- écrivains, beaux esprits, gazetiers ou politiciens de cette époque mal connue du grand public -- n'évoqueront strictement rien à la plupart des lecteurs . Qui furent au juste ce Jouhandeau, ce Morand, ce Chardonne, cette Florence Gould, cet Abel Bonnard, ce Giraudoux ? Comme tant d'autres, ils écrivirent et se trémoussèrent quelques années dans cet Univers aberrant. Trois petits tours et puis s'en allèrent. Personne ou presque ne vient plus aujourd'hui tirer leurs modestes productions de leur sommeil empoussiéré au fond des réserves de quelques bibliothèques spécialisées. C'est donc tout un microcosme oublié qui revit pour nous dans les pages de ce livre.

L'éditeur a fait le choix de nous proposer l'ouvrage dans la traduction de l'époque. La langue a bien changé depuis ce lointain XXe siècle et beaucoup achopperont sur tel mot, telle tournure, aujourd'hui tombés en désuétude. C'est le prix à payer par qui veut se laisser prendre au charme de cet émouvant échantillon du parler soutenu de nos ancêtres.


3 /  6280 -

Dans le dernier numéro d'Antiquitas , on lira avec  intérêt l'article sur les fouilles menées par le département d'Archéologie de l'Université de Massouilh sur le site de l'ancienne cité de Parighot (ou Paryghoul) dans le Sud-Ouest du désert de Vrrounzia. Parmi les découvertes les plus notables de la dernière campagne de fouilles, celle des fragments d'un liber, dont le titre, figurant en haut de plusieurs pages, est connu : Second Journal parisien . L'auteur, en revanche, reste inconnu à ce jour. Il s'agirait, selon certains spécialistes, de Louis Aragon, un des grands prêtres affectés au temple de Couillonel Fabien. D'autres penchent plutôt pour Jean Paulhan. Certains, peu nombreux, avancent d'autres noms, qui ne sont guère pour nous que des noms , Paul Eluard, Henry Micheton, Ernst Jünger notamment.

Ces fragments (une cinquantaine de pages au total) permettent de se faire une idée de ce que fut, au temps de sa splendeur, cette antique cité de Paryghoul (ou Parighot). L'auteur semble avoir passé le plus clair de son temps à s'y promener, en compagnie d'amis choisis  -- un certain Jouhandeau, notamment, mais le texte n'est pas clair; certains spécialistes identifient ce Jouhandeau comme un animal de compagnie, d'une espèce aujourd'hui disparue.

Le texte contient aussi des informations précieuses sur l'histoire de cette période encore très mal connue. Il semble que Parighot (ou Paryghoul, ait été un des grands centres urbains d'un vaste empire sur lequel régnait un certain Kniebolo (c'est la première fois que ce nom apparaît dans les documents qui nous sont parvenus), assisté d'une sorte de Maire du Palais dénommé Pétain (ou Potain ou Poutain).


4 / 106MA + 280 ans.

Enigmatique trouvaille dans les carrières de Shtpröhm : le sulfureux géologue et vulcanologue Haroun T. Djambroun annonce y avoir découvert, dans des strates datant du Ghoulien inférieur, d'étranges restes qu'il interprète comme des témoignages d'une écriture extrêmement archaïque. A vrai dire, les "mots" de ce prétendu langage se limitent à deux : on "déchiffre", sur une plaque de schiste " kniebolo" et "perpetua" ; les "caractères" en sont très étirés ; s'il s'agissait des traces d'une langue écrite, totalement inconnue à ce jour, ce serait là une découverte sensationnelle, puisqu'on tiendrait la preuve que des êtres pensants nous ont précédés sur cette planète il y a cent millions d'années. Mais on connaît malheureusement trop le goût de Haroun  T. Djambroun pour les canulars scientifiques pour accorder quelque crédit à sa dernière "découverte".



fragment d'un graffito (?) sur schiste ( Ghoulien inférieur). Sur des fragments ultérieurement découverts, on discerne l'inscription (?) : " à celui qui lira " ( collection Haroun T. Djambroun )

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