samedi 8 février 2014

Henri Harpignies : merveilles de la demi-teinte

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Cette toile de Henri Harpignies, peinte en 1895, est intitulée Le Vieux chêne, ou l'arbre de Goethe à Weimar. Ce chêne, sous lequel Goethe, accompagné de son fidèle Eckermann, aurait eu l'habitude de se reposer, s'est trouvé enclos dans l'enceinte du camp de concentration de Buchenwald. Respecté par les nazis lors du déboisement du terrain, il fut détruit dans le bombardement allié de juillet  1944. Il existe, au musée de Buchenwald, des dessins de ce chêne réalisés par des prisonniers.

Henri Harpignies (1919-1916) est un peu oublié aujourd'hui, et c'est bien dommage, s'agissant d'un des peintres paysagistes français les plus  remarquables du XIXe siècle. Théodore Rousseau, Charles-François d'Aubigny  ou Jean-François Millet, membres comme lui du groupe des peintres de Barbizon, jouissent aujourd'hui d'une notoriété bien supérieure à la sienne, sans compter Camille Corot, dont il fut l'ami et avec qui il voyagea en Italie en 1860.

On dira que rien ne ressemble plus à un chêne qu'un autre chêne, n'empêche que, si je n'avais pas su qu'il s'agissait de l'illustre chêne de Goethe à Weimar, je l'aurais bien vu en forêt de Fontainebleau, toute proche de Barbizon. Comme si Henri Harpignies avait transporté à Weimar, en même temps que sa palette et ses pinceaux, l'atmosphère particulière de ce coin d'Île de France.

Il existe des paysages peints par Harpignies plus lumineux que celui-ci, pourtant je discerne dans celui-ci une prédilection de ce peintre pour les atmosphères en demi-teinte, les ciels vaporeux, les ambiances automnales ; elle me paraît, du reste, presque emblématique de cette école de Barbizon, et je la retrouve dans les toiles de Théodore Rousseau, de d'Aubigny et de Corot.  "Car nous voulons la Nuance encor" : ce précepte de Verlaine aurait pu être adopté comme devise par ces peintres. Dans cette toile de Henri Harpignies, on peut, entre autres détails, apprécier cet art de la nuance dans le rendu du plan d'eau.

Coloristes raffinés, poètes des atmosphères, les grands peintres de Barbizon furent aussi des dessinateurs d'exception, à commencer par Corot. C'est au dessin que leurs toiles doivent la solidité de leurs architectures. Si, comme dans ce tableau , la magnificence des arbres a été, par eux, célébrée d'une façon incomparable, c'est aussi parce qu'ils étaient de grands maîtres du dessin qu'ils y sont parvenus.

Harpignies peignit son chêne de Goethe en 1895, c'est-à-dire en plein triomphe de l'impressionnisme, auquel les peintres de Barbizon avaient ouvert la voie. On voit qu'à cette date, le maître en pleine possession de ses moyens reste  droit dans ses bottes et dans la vérité de sa manière.


Toinou chérie, avatar eugènique agréé








1 commentaire:

PETERS59 a dit…

J'ai été intéressé par votre analyse du tableau d'Henri Harpignies Le vieux chêne, oeuvre qui est aujourd'hui au Philadelphia Museum of Arts, Pennsylvania.
Je suis par contre surpris du rattachement au chêne de Goethe à Weimar.
Avez-vous des preuves de cette affirmation ? A ma connaissance, Harpignies ne s'est jamais rendu à Weimar ?
Merci de votre avis.