jeudi 20 février 2014

Résilience

1048 -


A Théophile et à ses amis, qui ne me connaissent pas, mais dont, avec tant d'autres téléspectateurs, j'ai fait la connaissance, une trop brève connaissance. Avec affection et admiration.


Faisons mine d'être savant : le substantif résilience et  l'adjectif dont il dérive, résilient, employés à l'origine par les physiciens pour parler de la résistance des matériaux, sont des termes d'importation récente (première occurrence : 1906 pour le premier, 1932 pour le second), empruntés aux mots anglais resilience (1626) -- rejaillissement, rebondissement -- et resilient (1674) -- rejaillissant, rebondissant . Il n'est pas impossible que ces mots anglais, soient eux-mêmes, comme tant d'autres, des emprunts à l'ancien français, mais je n'en ai pas trouvé de preuve. Ce serait un exemple de plus de ce passionnant jeu de ping-pong auquel les deux langues se livrent depuis 1066. Mais bien entendu, à l'origine, il y a un mot latin, le verbe resilire, qui signifie rebondir, rejaillir.

Les emplois du mot résilience ont tendance, aujourd'hui, à se diversifier. Il s'emploie beaucoup en psychologie, en médecine, mais aussi en écologie, en économie etc. C'est, je crois, le psychiatre et psychanalyste Boris Cyrulnik qui l'a mis à la mode en mettant au coeur de sa réflexion le principe de résilience.

Le symbole le plus  connu (le plus ancien ?) de la résilience, c'est, bien sûr, Lazare. " Après quoi, il crie d'une voix forte : Lazare, viens dehors ! Pieds et mains liés par des bandelettes, le visage recouvert  d'un suaire, le mort est sorti. Déliez-le et qu'il aille, dit Jésus ".

Dans son tombeau, Lazare est couché sur le dos (resupinus) . A l'appel du Messie, il se dresse sur son séant, il se relève, il est droit sur ses pieds, il marche vers la lumière. A nouveau, il  vit.

Nous avons tous en nous cette capacité (d'origine et de nature divines ?), de nous relever, de renouer avec la vie. Le rituel matinal du réveil en est la manifestation la plus quotidienne. Résilience est un beau mot car il dit la force, le dynamisme de cette faculté de renaître à la vie et de l'embrasser à nouveau, pour le meilleur et pour le pire, dans ce mariage avec la vie qui est notre lot.

Notre seul lot. De ce qui a précédé notre naissance, nous ne savons rien. Rien non plus de ce qui suivra notre mort. J'ai toujours pensé que la métaphysique des Epicuriens était la plus proche de la vérité. C'est pourquoi nous n'avons pas à nous soucier de la mort : elle n'est littéralement rien pour nous. Le moment de notre mort sera celui du retour à l'état qui précéda notre conception. Seule la vie consciente nous est tangible, seule elle existe, seule elle doit compter pour nous. C'est pourquoi le Tu ne tueras pas est la seule loi biblique que je ferais absolument mienne, si donner la mort n'était pas, dans certains cas, légitime. Le sacré humain n'est pas le sacré religieux.

Prendre ma femme dans mes bras. Caresser son visage. Boire sa tendresse dans ses yeux. Ouvrir un livre. Taper sur ce clavier. Sourire à un inconnu (a fortiori à une inconnue). Parler aux uns, parler aux autres. Donner à manger au chat. Scier, dans le jardin, la branche sur laquelle je ne suis pas assis. Entrer par le regard dans l'immobilité des arbres. Me lever et marcher, à la rencontre du monde. Me mouvoir au sein du monde mouvant. La mort est derrière moi. La vie est devant.

Résiliences... Le jour se lève. Le vent se lève. Lazare se lève et marche. Lazare vit.


Evangile de Jean  , traduit par Florence Delay et Alain Marchadour   ( Bayard )

Côté nuit, côté soleil , témoignages recueillis par Muriel Scibilia   (éditions Slatkine )





2 commentaires:

Anonyme a dit…

Quel est le rapport entre votre texte et les ouvrages que vous citez en référence ??

J.-C. Azerty a dit…

Mais il me paraît évident.