samedi 8 mars 2014

Le chat de Schrödinger et moi

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Il y a un peu plus de trois  ans, je m'amusai à imaginer que je soumettais mon chat Zébulon à l'expérience de la boîte de Schrödinger.

Je rappelle le principe de cette expérience telle que je le décrivais à l'époque :

Prenez une boîte, pouvant se fermer hermétiquement, sans qu'on puisse voir ce qui s'y passe. Mettez-y une petite quantité de substance radioactive, telle qu'en cinq minutes un atome de cette substance a une chance sur deux de se désintégrer. Ajoutez un chat, et un dispositif constitué d'un marteau et d'une fiole d'acide cyanhydrique sous pression; dès qu'un atome radioactif se désintègre, le marteau tombe sur la fiole; la fiole libère l'acide qui, en se vaporisant, tue le chat.

Tant que dure l'expérience, la boîte étant hermétiquement fermée, il est impossible de savoir si un atome de la substance radioactive s'est désintégré ou non, donc si le chat est vivant ou mort. En fait, d'un point de vue quantique, on peut affirmer que l'atome ET le chat sont simultanément dans deux états quantiques superposés : désintégré/non désintégré -- vivant /mort. Le chat est donc à la fois vivant ET mort. Ce n'est qu'une fois la boîte ouverte que l'incertitude se dénoue : le chat est désormais vivant OU mort.

En ce temps déjà lointain, j'étais loin de me douter que je me retrouverais à mon tour dans la situation du chat de Schrôdinger.

Par cette célèbre expérience de pensée, Schrödinger a voulu nous faire comprendre la nature radicalement probabiliste de la connaissance, pour un observateur extérieur,  d'une réalité autrement inconnaissable.

Or cela va faire bientôt un mois que je me trouve dans la situation du chat de Schrödinger, à ceci près que je suis A LA FOIS le chat et l'observateur. L'observateur, c'est ma conscience ; mon corps, c'est le chat.

Entendons-nous : il ne s'agit pas encore pour moi d'une alternative vie/mort à 50/50 (du moins je l'espère), mais simplement de savoir si mon corps est toujours clean ou à nouveau bouffé aux mites. En attendant d'être fixé, je suis en droit de considérer que je suis à la fois et en même temps clean ET bouffé aux mites. Mieux vaut faire envie que pitié. Je suis pour le cumul des mandats.

Mercredi matin, on va introduire mon corps dans une boîte assez semblable à la boîte de Schrödinger; il n'y manque même pas les atomes radioactifs ; son joli nom n'est pas sans suggérer que je m'apparente en effet à un animal de compagnie puisqu'elle s'appelle un pet-scan. Quand on m'en sortira, l'incertitude sera dissipée, et je saurai enfin si je suis toujours clean ou pas. Ce ne sera pas trop tôt : en moi le chat comme l'observateur (surtout l'observateur), commençait à se lasser des états superposés et du jeu des probabilités.

On m'objectera que l'expérience de Schrödinger ne vaut que pour les réalités microscopiques et non pour un gros macroscopique dans mon genre. Je répondrai que ma grosse copique ou pas, c'est bien à l'échelle de mes atomes qu'en définitive ça se joue. Du reste, on pourrait reprocher à Schrödinger lui-même de confondre abusivement les deux échelles, et d'effectuer un passage illicite de l'une à l'autre, puisque, si un atome peut se trouver simultanément dans deux états quantiques superposés, il ne saurait en être de même du chat, qui relève, lui, des contraintes de l'univers macroscopique. Ce n'est que par un jeu  de l'esprit qu'il peut être pensé comme à la fois vivant et mort.

Nous sommes tous, à tout moment de notre vie, des chats de Schrödinger, presque toujours dans l'incertitude du sort qui nous attend : c'est toujours du 50/50, le meilleur et le pire dans le même paquet-cadeau, et le verdict, sans cesse renouvelé, n'est autre que le moment présent qui nous trouve en vie. La boîte de Schrödinger, c'est notre enveloppe corporelle; le chat, c'est ce qu'il y a dedans; sauf que l'enveloppe fait, elle aussi, partie du chat... et la conscience, donc l'observateur, aussi.  Schrödinger, au secours !


Lire sur ce blog : Schrödinger et mon chat (11/12/2010)



"Tu fais moins le malin, maintenant, hein, connard" (chat Zébulon)

2 commentaires:

JC a dit…

Je ne voudrais pas être pessimiste mais ... nous sommes déjà morts ! Il est illusoire de lutter contre la réalité : on est fait comme des rats dès que cette salope de maman nous laisse partir hors de son petit corps douillet !...
(ceci étant dit, toute journée gagnée est une quenelle faite à la Camarde ! En avant !)

JC a dit…

En ce qui concerne l'expérience de Schrödinger, il faut revoir ça d'un peu plus près !