lundi 3 mars 2014

Mon épitaphe cynique

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L'existence d'un humain illustre à chaque fois la blague bien connue du fou qui s'est jeté du haut de l'Empire State Building et qui, à chaque étage, se répète, rassuré : " Jusqu'ici, ça va ... Jusqu'ici, ça va...".

Puisque donc l'échéance se rapproche  chaque matin que fait le Saigneur Hasard, j'ai songé qu'il était plus que temps de me trouver une épitaphe qui concentrerait au mieux le non-sens de mon existence. C'est Cioran,  prince des cyniques qui me l'a fournie :

" Après tout, je n'ai pas perdu mon temps, moi aussi je me suis trémoussé, comme tout un chacun, dans cet univers aberrant ".

Comme épitaphe, cela vous a une autre gueule que les sempiternels "A notre père aimé", "A mon époux chéri", "Regrets éternels" etc . Je vois d'ici la mine consternée des pieux visiteurs passant devant ma pierre tombale, les jours de Toussaint.

Fameuse contre-publicité pour l'existence que ce constat fait par l'auteur de De l'Inconvénient d'être né. Elle me paraît, tout bien pesé, préférable à l'austère " Fui. Non sum. Et non curo " des épicuriens. A cause, sans doute, de cette inimitable touche de burlesque, marque de ce Buster Keaton de l'aphorisme que fut Cioran.

Dans son Précis de décomposition (quel admirable titre!) , Cioran a écrit un bel éloge  de Diogène le Cynique. mais il lui arrive (je ne sais plus si c'est dans De l'inconvénient d'être né ou dans Aveux et anathèmes) d'affirmer qu'il préfère les Epicuriens à Diogène.

Dans cette remarque sur laquelle se clôt Aveux et anathèmes, signe de connivence en forme de pied de nez goguenard adressé à son lecteur, on est plus près du cynisme que de l'épicurisme. Même l'acceptation désinvolte de l'existence dont elle témoigne me paraît typiquement cynique, à la façon du fameux " ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine / ça vaut mieux que de bouffer d'la mort aux rats " d'André Hornez, Paul Misraki et Ray Ventura, autres disciples de Diogène. Cependant, celui-ci considérait-il que l'univers était "aberrant" ? J'en doute. Cette conscience de l'absurde est toute moderne. Elle est la marque d'un incontestable progrès de la conscience.

Viva Cioran ! Viva la muerte ! Viva la vida !






2 commentaires:

Sergio a dit…

Ha les nuages ! Des vrais à la Burgonde...

JC a dit…

La mienne :
"Etre ou ne pas être.
J'ai choisi le moins pénible"