dimanche 23 mars 2014

Parcours fléché

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Visite d'un  ensemble ecclésiastique médiéval, dans une petite ville de caractère, sur une colline. L'église est remarquable pour ses proportions et ses ornements. On en fait le tour mais on n'y entre pas.

On signale un chemin de fer touristique qui permet d'y parvenir en passant par les dunes le long de la mer.

Nous le trouvons  mais pas de train. D'ailleurs la voie s'arrête dans les sables et les ajoncs à plusieurs kilomètres de l'entrée d'un vaste "parc" privé (entrée payante).

Franchissant un portillon dans les barbelés, façon pâture à vaches, nous empruntons le sentier qui y conduit à travers les dunes .

On longe, au pied d'une colline, un grand mur  fait d'un  entassement un peu éboulé de grosses pierres, d'une allure vaguement néolithique, qu'on imagine être la base de l'ensemble médiéval qu'il s'agit d'atteindre ; pure conjecture car on n'aperçoit pas celui-ci. La mer est à main gauche, le mur à main droite.

On arrive à la  billetterie. prix d'entrée bonbon. Rentabilité oblige. Dans le hall (assez obscur, pas de fenêtres, lumières tamisées) expo d'objets de luxe à vendre ; on se presse avec lenteur devant des porte-cartes en simili cuir de croco beaucoup plus chers que la peau de mes fesses, même tatouée; je repère une garniture de bureau en véritable corne de cocu ( 30 000 euros ).

Dans la presse, je perds de vue ma femme au départ d'escaliers par où on rejoint le plancher des vaches.

Passage à travers diverses salles, dont la haute nef d'une église transformée en corridor, en pente descendante, sorte d'entrée des enfers mâtinée de galerie de service d'un tunnel routier. De vagues fresques coloriées aux murs et au plafond voûté, évoquent un Michel Ange relouqué par Dali.

On débouche sur une esplanade en pleine ville. Le décor urbain évoque un Jean Nouvel pris de la nostalgie de Le Nôtre. Mélange de Piazza Navone et de Marina baie des Anges. Grisailles distinguées. Tout ça très aéré, monumental au bord de la mer . Pas un chat en vue. Ma femme toujours invisible.

Visite éclair d'un édifice entièrement en marbre blanc façon chapelle, d'un baroque tarabiscoté, folie commandée naguère par une propriétaire du domaine, genre Anna de Noailles;  elle y recevait sa cour, tout en prenant son bain. Je vois la baignoire, sorte de vaste pataugette marmoréenne, salie d'algues noirâtres : pas dû servir depuis longtemps.

Retour au parcours fléché, le sentier s'éloigne dans les vertes collines. Ma femme toujours invisible, en rade où ? On n'aperçoit toujours pas le fameux  ensemble médiéval, dont on pressent cependant qu'il se dissimule là-haut dans la végétation des collines, sur un promontoire dominant la mer, genre cap Camarat sans le phare, à quatre ou cinq kilomètres environ, à vue de nez.

Formule touristique originale mais un peu fatigante. Et puis c'est tout de même cher pour ce que c'est.

Sans compter qu'on n'en voit pas la fin. Curieux de nous imposer un si long détour pour retrouver ce que nous avions déjà vu au départ. Mais bon, on aura vu ce qu'on n'aurait pas vu autrement. Quand on pense à tous ces pauvres gens qui ne partent jamais en vacances, on aurait tort de faire la fine bouche.

Je prends tout de même le parti  économique et confortable de me réveiller.


Ce que j'aime dans les rêves, c'est l'audace du montage. Le rêve, c'est le triomphe de l'ellipse.  Les transitions sont traitées avec le plus légitime dédain. Après ça on viendra nous parler de Melville ou de Resnais. Du pipeau. Le sens reste problématique, mais quelle cohérence. On se croirait dans Pierrot le-fou, mais en nettement plus futé.


Anna de Noailles en admiration devant moi










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