dimanche 18 mai 2014

La TVA de Vespasien





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Cette photo montre les latrines publiques de Dougga, l'une des cités romanisées les mieux conservées de la province romaine d'Afrique. Dougga se développa et s'embellit de monuments publics sous l'Empire, et notamment sous le règne de Vespasien.

Vespasien est resté célèbre pour avoir institué un impôt sur les latrines publiques, qui lui doivent leur nom. On connaît sa réponse célèbre ( "Non olet ") à son fils Titus, que son excessive délicatesse incitait à critiquer le nouvel impôt.

La taxe sur les latrines publiques n'est qu'un élément mineur d'une vaste politique de réformes fiscales rationnelles qui permirent à Vespasien et à ses successeurs de restaurer les finances de l'Etat et d'orner Rome et les grandes villes de l'Empire de nombreux édifices et monuments publics.

En somme, on peut considérer la taxe de Vespasien sur les latrines comme un ancêtre de notre moderne TVA.

L'une des conséquences les plus catastrophiques de la chute de l'Empire romain fut la disparition des documents cadastraux qui permettaient de répartir efficacement et équitablement l'impôt sur tous les territoires soumis à Rome. Elle est une des causes directes de la régression massive de civilisation, dans le chaos qui suivit la chute de l'Empire romain.

Ce précédent historique nous rappelle que les progrès de la civilisation sont inséparables de l'existence d'Etats efficaces, et que l'aptitude de l'Etat à faire progresser la civilisation est directement liée à sa capacité de lever l'impôt de façon efficace et équitable; et l'impôt n'est efficace que s'il est équitable.

A l'approche des élections européennes, il n'est pas inutile de rappeler que les Etats de la Communauté européenne n'ont toujours pas réussi à mettre en place des normes fiscales communes, s'appliquant sur tous les territoires de la Communauté. Sur ce terrain, nous avons encore du retard sur l'Empire Romain.

Les régressions et les retards massifs de civilisation que nous observons aujourd'hui dans divers cantons de la planète sont invariablement liés aux carences et à l'impuissance de l'Etat, miné par les guerres civiles, la corruption, l'indigence des moyens.

L'efficacité maximale de l'Etat démocratique au service du progrès humain et social : tel devrait être l'objectif et la préoccupation permanente de de tout citoyen conscient.


A lire :

Thomas Piketty,  Le Capital au XXIe siècle   ( Seuil)


1 commentaire:

JC a dit…

L'Europe actuelle donne l'image parfaite de ce que l'humanisme bisounours post-guerrier peut avoir construit de pire...une structure en osier, sans la volonté des peuples, sans élites, sans démocratie, sans politique, ronronnant entre bureaucrates privilégiés !

Comment faire avancer un huit à Cambridge ? Mettre dans le même bateau des rameurs de force à peu près semblable, ramer en cadence pour ne pas heurter les pelles, faire des efforts, et pour atteindre le but commun, bien écouter les conseils et les ordres du barreur qui gueule dans son porte-voix et explique.

L'Europe n'existe pas actuellement et, quoique fassent les électeurs, n'existera plus désormais que comme une ruine d'espoir déçus.

En finir, çad tuer, ce monstre a demi-mort, et batir autre chose de plus réduit, de plus raisonnable, de plus fort, entre peuples qui le souhaitent vraiment !