samedi 10 mai 2014

Les morts illustres (4) : Gabriel Garcia Marquez

1099 -


Selon des sources bien informées, le corps récemment incinéré  à Mexico ne serait pas celui de Gabriel Garcia Marquez. Le cadavre d'un inconnu lui aurait été substitué in extremis.

Les auteurs de cette violation de sépulture ne seraient probablement pas des admirateurs inconditionnels du Prix Nobel, même si, dans la bande, il s'en trouve -- sait-on jamais -- un ou deux qui ont essayé de déchiffrer Cent ans de solitude , mais, plus prosaïquement les membres d'un de ces redoutables gangs colombiens spécialisés dans le dépeçage de leurs victimes, de préférence ante mais parfois, post mortem.

Après avoir ingurgité, au cours d'un repas rituel, les parties nobles du défunt -- coeur, couilles et cerveau -- aux fins de s'incorporer ses supposées vertus, les criminels auraient l'intention de momifier par plastination, après découpage, les restes, dans l'intention de les revendre au détail à des collectionneurs peu scrupuleux. Les fanatiques de littérature qui vendraient jusqu'à leur dernière chemise (je ne fais pas partie de ces extrémistes) pour avoir de quoi se payer un oeil ou une phalange, ou même un bout d'intestin grêle de Garcia Marquez afin de l'exposer sous verre sur le marbre de la cheminée du salon, sont infiniment plus nombreux qu'on ne pense. Cette affaire du corps de l'illustre écrivain colombien débité en petite monnaie anatomique pourrait bien rapporter à ses promoteurs d'extraordinaires profits.

Il est clair qu'au moment de faire les 50 milliards d'économies nécessaires pour équilibrer enfin le déficit national à un niveau décent, le gouvernement français serait bien inspiré de ne pas laisser à d'obscurs malfrats colombiens le monopole d'une  source considérables de revenus. Quand on pense à tout les trésors qu'on laisse pourrir dans les caves du Panthéon... Mais il n'est pas trop tard pour se lancer ! Commençons par les plus anciens (et aussi les plus vénérables, les plus mondialement connus, ce qui accroît singulièrement la valeur de la relique) : Voltaire et Rousseau, par exemple, dont on est au moins sûr qu'aucun héritier ne viendra contester la propriété. Même s'il n'en reste que les os, ils constituent, une fois finement débités, des trésors que les collectionneurs venus du monde entier viendront s'arracher à prix d'or dans les salles des ventes. Sous le couvercle de porphyre des Invalides, il doit bien nous rester quelques bouts de Napoléon. Quelques bas morceaux de quelques unes de nos gloires républicaines, un Clémenceau, un Jules Ferry par exemple, doivent bien traîner quelque part. Certes, un fémur, même complet, de Jules Ferry ne fera jamais s'envoler les enchères chez Sotheby's comme  un bout d'orteil du Petit Tondu, mais ce serait toujours ça de plus dans la tirelire de l'Etat.

Brader ainsi notre patrimoine national ! Sacrilège ! vont hurler certains. Quel sacrilège ? Et le culte des reliques, alors ? Ne savons-nous pas bien quels juteux trafics il soutint pendant tout le Moyen Âge ? Certaines abbayes consentirent à payer des fortunes pour obtenir une vertèbre ou une dent du Christ qui souvent n'était même pas authentique. Alors qu'avec un Jean-Moulin ou même un Jean Jaurès, on n'a pas ce risque.

Quant aux familles, combien d'entre elles trouveraient l'occasion de rétablir des finances délabrées, d'engager dans la maison les travaux en attente depuis des décennies, en faisant plastiniser après décès leur cher défunt, pour peu qu'il ait atteint de son vivant une certaine notoriété ? Rien que le fait que d'avoir un oncle ou un grand-père à l'Académie Française constitue, envisagé sous ce jour, un placement sûr et de haut rapport. Qu'en pense Jean d'Ormesson ?


Additum -


JC écrit : " Déjà que l'adoration des idées est stupide, que dire alors de l'achat des reliques". Certes, mais si on fait le compte des gens qui, au cours de l'histoire, ont fait fortune en vendant cher des trucs inutiles à des crétins, on n'aurait pas fini et on aurait une meilleure idée du fonctionnement du capitalisme. La cote de la relique dépend de nombreux facteurs, psychologiques notamment. Tiens, moi, par exemple, si je pouvais me payer le crâne de Napoléon, pour pas trop cher, rien que pour pisser dedans le matin, eh bien, je sens que ça me ferait du bien. Comme dit à peu près un personnage d'un de nos films-cultes : "Je te dis pas que c'est utile, je te dis que ça soulage."

JC sous-estime l'aspect économique de l'adoration des idées. Par exemple il serait intéressant de proposer à Piketty de tenter de chiffrer les profits générés depuis près de trois millénaires par la diffusion du monothéisme parmi les andouilles. Dommage que je sois un peu vieux pour me découvrir  une vocation de prophète, mais je te garantis que je n'aurais pas de peine à rejoindre vite fait le millime des plus  gros détenteurs du patrimoine, non seulement national mais mondial.







2 commentaires:

JC a dit…

Le goût de la relique, le besoin du sacré ressuscité par la parcelle du génie disparu ne peut que déclencher l'hilarité de l'observateur incrédule : cf l'étude soviétique du cerveau de Lenin, découpé en fines tranchelettes ou sa momification pourrissante, devant laquelle des générations arrivées en cars de tout l'empire se sont inclinées vainement... Déjà que l'adoration des idées est stupide, que dire alors de l'achat des reliques .... !

JC a dit…

Cher, très cher -coûteux j'espère- Momo ! Accepteriez vous de m'octroyer un viager sur votre corps d'albâtre ? Rémunération de votre vivant, récup de la relique crevée. On mettra un gros clébard dans le sapin pour tromper famille et pompes funestes !

J'envisage une découpe des parties les plus intéressantes de votre personne ? Votre épouse offre des suggestions que je demande à vérifier. Photos, SVP !

Pour la présentation commerciale, je recommande les bocaux du Musée d'Anatomie de la Fac de Montpellier... A voir !