mercredi 18 juin 2014

D'un usage possible des caddies de supermarché, ou la Tranquillité par la Terreur

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Le récent lynchage par des inconnus d'un jeune délinquant Rom dont le corps agonisant a été retrouvé dans un  caddy de supermarché à Pierrefitte-sur-Seine illustre un problème bien connu des Etats de droit : lorsque les institutions censées faire respecter la loi commune, l'ordre public, la propriété et la sécurité des personnes en limitant la délinquance par la répression des délits, échouent manifestement à exercer leur tâche avec un minimum d'efficacité, la tentation est grande pour des personnes privées, agissant individuellement ou en groupe, de pallier l'incapacité desdites institutions en recourant à des méthodes violentes et expéditives, le passage à tabac, le lynchage, l'exécution extra-judiciaire, etc.

Ainsi, dans un contexte de carence des institutions, favorisant l'extension de zones de non-droit, un groupe de Vengeurs Masqués a donné, à la batte de base-ball, un exemple de possibilité de gestion moderne de l'Ordre Public.

Cependant, ce qui s'est passé à Pierrefitte-sur-Seine n'acquiert une signification sociale et politique d'importance que s'il ne reste pas isolé, mais au contraire se multiplie, essaime en divers points du territoire, prend une forme quasi systématique.

Ce changement d'échelle n'est possible que lorsqu'une organisation structurée prend le relais d'initiatives isolées et en assure la coordination.

Dans l'état de discrédit et d'impopularité où se trouve le pouvoir socialiste actuel, on peut imaginer que, sur tout le territoire, un groupe sans cesse plus nombreux de  citoyens, aidés par des éléments de la police, des institutions judiciaires et pénitentiaires, de l'armée, et des militants de certains partis politiques, prenne les choses en main et relaie l'Etat défaillant dans ses tâches de police et de maintien de l'Ordre social. Il ne s'agit pas seulement des Roms : nombreux sont actuellement en France les éléments que d'aucuns qualifieront d'antisociaux; certains iront jusqu'à classer parmi eux les syndicalistes de la CGT et de Sud Rail, qui prolongent actuellement une grève jugée par beaucoup scandaleuse, bien qu'ils ne représentent qu'une petite minorité des employés de la SNCF  (moins de 15%). Si l'on admet que cette forme d'action syndicale relève bien d'une forme de délinquance, certains seront tentés d'appliquer aussi à ce groupe la méthode, qu'on appellera, pour le faire court, la "méthode du caddy". L'attaque à la grenade défensive d'un nombre  suffisant de piquets de grève ou le mitraillage à la kalachnikov des assemblées de grévistes, en hâtant le retour au travail, permettrait certainement de limiter le manque à gagner de la SNCF.

De tels groupes décidés à passer à l'action existent sur le terrain -- l'événement de Pierrefitte-sur-Seine vient de le montrer -- il leur manque encore de se fédérer et d'agir de façon coordonnée.

Le passage à ce stade supérieur implique, à mon avis, la mise en place d'une organisation secrète, sur le modèle d'organisations terroristes du passé et du présent -- l'ETA par exemple. Je pense à l'ETA parce que longtemps cette organisation a agi à deux niveaux : celui de l'action violente et celui de l'action politique légale. Or c'est bien l'objectif que devrait se fixer une organisation analogue si elle apparaissait en France : agir sur le terrain par des méthodes illégales, violentes, expéditives, tout en étant de plus en plus soutenue à tous les niveaux de l'Etat par une multitude de sympathisants facilitant son action et, au plan politique, créant progressivement un cadre légal où la violence d'Etat viendrait à nouveau relayer la violence privée et empêcher que les causes du désordre public auquel avait voulu remédier cette violence privée n'engendrent à nouveau ce désordre.

Entendons-nous bien : il ne s'agit pas pour une telle organisation, si elle veut conserver toute son efficacité, de se substituer officiellement à l'Etat de droit. Au contraire, elle a besoin d'en conserver la façade honorable pour mieux agir sous la protection de ce paravent, voire avec son aide involontaire. Le temps des coups d'Etat et autres pronunciamentos est dépassé, du moins en Europe occidentale. Une telle organisation trouverait évidemment son compte à préserver la face de veau d'un François Hollande, assisté de ses ministres de pacotille, à commencer par l'inénarrable Taubira, tout au moins, en  un premier temps de l'action, ne serait-ce que pour rassurer ceux,  nombreux en France, qui croient encore à l'efficacité de l'Etat de droit en matière sécuritaire. De même, il ne  serait pas question d'entraver le fonctionnement normal de la police et de la justice, dont l'action permettrait de cibler plus efficacement les individus à éliminer.

Ces principes une fois posés, reste à résoudre une question de fond, qui concerne les populations à cibler en priorité. Doit-on s'en tenir à la population des délinquants tels que les lecteurs du Parisien Libéré se les représentent, et  se contenter de mettre au pas quelques grévistes abusifs ? Ou bien toutes les formes de délinquance doivent-elles être concernées par ce nettoyage vertueux : politiciens locaux ou ministres spécialistes du détournement fiscal ou du compte en Suisse, automobilistes abonnés au dépassement des limites de vitesse ou à la conduite sans permis? Tel ancien Président  de la République, impliqué dans de multiples scandales financiers plus sordides les uns que les autres, constituerait, dans ce cas, parmi d'autres  une cible privilégiée. On voit que, dans cette perspective, le classique délinquant Rom ou le petit trafiquant de shit ne serait que le menu fretin d'un coup de filet beaucoup plus ambitieux qui n'épargnerait aucune catégorie de la population, liquiderait en priorité les grands délinquants plutôt que  les petits, et dont l'ultime raison d'être serait d'instaurer dans toute la France le règne de la Vertu par la Violence, en éliminant les déviants, du SDF au PDG, du dealer de base au parrain. L'échelle des sanctions serait alors proportionnelle à celle des revenus et des responsabilités : au-dessus d'un  certain seuil, l'exécution pourrait être systématiquement précédée de tortures et de mutilations. Dans le premier cas de figure, se dessinerait une politique  droitière, voire fascisante; dans le second , les grands fantômes des Terreurs révolutionnaires seraient invoqués.

Quoi qu'il en soit de sa couleur politique, on mesure sans peine l'efficacité, dans le cadre d'une politique de réduction des déficits de l'Etat, d'une entreprise qui accélérerait les procédures judiciaires, viderait les prisons, assécherait les trafics en tout genre, découragerait les candidats à l'évasion fiscale. On en mesure aussi les bienfaits politiques, puisqu'elle instaurerait une forme de démocratie directe. Cela nous changerait de tous ces notables et caciques indéboulonnables, qu'on pourrait d'ailleurs, par la même occasion, déboulonner aussi, accélérant ainsi le renouvellement des cadres de la Nation.

Il va de soi que l'organisation secrète à laquelle je pense ne pourrait conquérir sa pleine efficacité que dans un cadre européen, en essaimant dans les divers pays de la Communauté. Il s'agit d'agir en sous-main, de réduire les institutions et législations officielles, tout entières subordonnées à l'idéologie des droits de l'homme, à l'état de coquilles rassurantes mais vides. Le principe d'une telle organisation repose en effet sur la conviction que les droits de la personne humaine doivent être immolés sur l'autel de la nécessité stratégique de la défense de l'Ordre public.

En somme, il  s'agit de créer la dualité et l'équilibre entre une fiction d'Etat de droit et une pratique réelle du pouvoir fondé sur la terreur, exercée par une organisation secrète omniprésente et toute-puissante, agissant par l'élimination physique systématique de ceux qu'elle aurait classés parmi les ennemis de l'ordre public, aussi bien dans les camps de Roms que dans les beaux quartiers, dans les banlieues sensibles que dans les prisons, mais aussi parmi ceux qu'elle aurait considérés comme leurs complices, notamment dans la magistrature, dans la presse, dans le monde du travail, dans les milieux politiques et intellectuels.

Il ne s'agit là que d'hypothèses de travail. L'avenir tranchera. L'arrivée probable au pouvoir de Marine Le Pen et du Front national semble devoir faciliter une évolution de la société française vers le mode de gestion de l'ordre public qualifié plus haut de fascisant, mais peut-être le fascisme lui-même, en dépit  de certaines avancées sympathiques, est-il dépassé. Pour beaucoup de nos contemporains,  il s'agit de trouver quelque chose de plus efficace et de plus moderne, surtout quand on pense aux merveilleuses possibilités de la technologie.

Le problème évidemment serait de maintenir le plus haut niveau de vertu  au sein d'une organisation qui se devrait de rester elle-même incorruptible. Cela suppose en son sein l'existence d'une cellule chargée d'éliminer les membres défaillants. L'Organisation se doit en effet d'être constituée exclusivement de Tueurs Désintéressés au Coeur Pur, pilotés par un Conseil Suprême de Sages, qu'on pourrait appeler les Liquidateurs Infaillibles.

L'affaire, en somme, est plus complexe et difficile à réaliser qu'elle n'en a l'air à première vue, et encore à la condition d'être affecté d'une forte myopie. Mais rassurons-nous : nous en sommes encore au stade de l'utopie; dans la réalité, nous n'avons encore affaire qu'à une poignée de voisins un peu plus vigilants que les autres et à une gestion fruste au coup par coup, à la batte de base-ball . Des modèles pour le citoyen français et européen de demain ? L'avenir le dira.


Note -

Par moments, j'ai quelque peine à me situer dans le paysage intellectuel contemporain. J'ai manifestement été marqué par des influences contradictoires. Je me verrais volontiers quelque part entre Heinrich Himmler et Alphonse Allais, entre Groucho Marx et Robespierre, avec une touche de Clint Eastwood. Excusez du peu !





1 commentaire:

JC a dit…

Chez Gégène, on sautille...on gambade...les bords de Marne sont loin, mais le dancing est là !