lundi 2 juin 2014

La pensée twitter selon Finkielkraut

1108 -


Le compte twitter est à la mode. On ne compte plus les célébrités du monde politique, intellectuel ou artistique, qui en possèdent un.

L'avantage du compte twitter, c'est de mettre en ligne instantanément, à l'usage d'innombrables lecteurs, la pensée du jour fraîchement pondue, à condition qu'elle puisse se formuler en un minimum de mots.

L'inconvénient, c'est que la pensée résumée dans un message twitter tend vers le signifié élémentaire du slogan. La pensée twitter est à la pensée digne de ce nom ce que le fast-food est au restaurant traditionnel.

Alain Finkielkraut, notabilité intellectuelle estampillée philosophe, récemment élu à l'Académie Française, possède un compte twitter. On pouvait y lire, ces derniers jours, cette forte pensée :

" A voir et à entendre le langage se corrompre, à voir mon pays dépérir et l'élite rompre avec l'héritage, j'ai la nostalgie de la France ."

Venant d'un académicien français, auteur naguère d'ouvrages estimables, ce concentré de pseudo-pensée est assez sidérant. Il est révélateur, aussi, de la vision foncièrement réactionnaire qui le sous-tend. La néo-pensée twitter façon Finkielkraut s'affranchit de toute espèce de précision, de preuve , et ferme la porte à la discussion. Le lecteur est prié d'avaler toutes crues ces fortes paroles, en faisant confiance à la notoriété de celui qui les prononce.

On aimerait tout de même savoir en quoi, selon Finkielkraut, la langue française "se corrompt", et par la faute de quoi et de qui. Finkielkraut ignore-t-il qu'une langue est un organisme vivant qui évolue quotidiennement, au gré des besoins, des influences, des modes, en phase avec toutes les transformations qui affectent le groupe plus ou moins étendu et diversifié de ses locuteurs ? En quoi la France est-elle, d'autre part, un pays qui "dépérit" ? Qui au juste est désigné par "l'élite" accusée de rompre avec "l'héritage" et de quel héritage au juste s'agit-il ?

Si Finkielkraut ne jouissait pas de la réputation qui est la sienne, et si son compte twitter n'était pas le sien mais celui d'un citoyen lambda, personne ne prêterait la moindre attention à ce concentré d'approximatives sottises.On aurait tort cependant de sous-estimer la nocivité de ce mode d'expression internautique : à force d'être ressassées, les énormités au départ les moins crédibles finissent par obtenir une manière de respectabilité. Les perles de cette sorte, enfilées sur le fil du temps, constituent une sorte d'ersatz de pensée cohérente. Un art de l'aphorisme imbécile se développe; ce sera peut-être la contribution la plus significative à l'art littéraire du siècle naissant. Les commentaires des abonnés tendent à rapprocher l'ensemble d'un degré zéro de la pensée. C'est ainsi que sur le site de Pierre Assouline, La République des livres, un admirateur de Finkielkraut déclare tout de go que "les élites françaises ont, depuis les années trente et quarante, une habitude assez ordinaire à trahir". On regrette que Jean Moulin et Pierre Brossolette ne soient plus là pour apprécier.

Au vrai, Finkielkraut n'en est pas à sa première sortie de ce genre. C'est ainsi qu'on pouvait lire, il y a quelque temps dans les colonnes du Monde un extrait édifiant d'un entretien accordé par Finkielkraut à un journal israélien, à propos des banlieues françaises : 

« Le problème est que la plupart sont noirs ou arabes, avec une identité musulmane. [...] Il est clair que nous avons affaire à une révolte à caractère ethnico-religieux. » [...] « On nous dit que l’équipe de France est admirée parce qu’elle est black-blanc-beur. [...] En fait, aujourd’hui, elle est black-black-black, ce qui fait ricaner toute l’Europe. » (1)

Depuis, il y a eu d'autres dérapages de la même veine que ces propos indignes, et la publication de   L'Identité malheureuse, concentré de la pensée réactionnaire de son auteur. Finkielkraut est aujourd'hui, aux cotés d'un Renaud Camus ou d'un Richard Millet, un des "intellectuels" français spécialisés dans la fourniture de munitions  à la droite et à l'extrême-droite. Il est piquant que ce plumitif d'origine juive se retrouve à ce point en phase avec quelques uns des arguments qui font le fond de sauce de la propagande du parti de Marine Le Pen.

Note 1 - 

Finkielkraut devrait se mettre au courant des méthodes modernes de recrutement dans le sport collectif de haut niveau. Peu import aujourd'hui qu'un joueur soit black, blanc ou beur s'il est un artiste du ballon rond. Il devrait aller examiner outre-Manche les effectifs des équipes les plus en vue, chez lesquelles nous exportons quelques uns de nos blacks les plus talentueux. On l'invite aussi à consulter la composition de l'équipe de rugby de Toulon, double championne d'Europe et de France. Personne ne ricane.



Petit camarade, où t'es-tu égaré ?



2 commentaires:

JC a dit…

J'approuve totalement le tweet de Finkie, un de nos grands philousophes actuels.

Il est dommage que, doté d'une solide éducation, Eugène se permette un anti-sémitisme de prolo aviné à propos de ce cher Académicien Nouveau !

Finkie, Camus et Millet sont dans le vrai : tout fout le khan en France à cause des nègres et des bicots bas de gamme qui ignorent nos cathédrales séculaires !!!

Heureusement, la Walkyrie est là... Bonne fin de journée, Eugène !

JC a dit…

...je me demande si je n'aurais pas du instiller un peu plus de "deuxième niveau" dans mon message d'hier, lequel pourrait être pris au premier niveau par des brutes illettrées !.... En ajoutant un hurkhurk final, par exemple ?!...