jeudi 24 juillet 2014

Israël, Etat nazi ?

1136 -


Après plus de quinze jours, l'offensive israélienne se poursuit dans la bande de Gaza. Le prétexte saisi par le gouvernement israélien est la mort de trois jeunes gens, dont il accuse sans aucune preuve des militants du Hamas de les avoir assassinés. Il s'agit en réalité d'un prétexte destiné à régler son compte au Hamas.

Depuis le début de l'opération, l'attaque israélienne a fait près de 800 morts parmi les habitants de Gaza, en très grande majorité des civils, dont des femmes et des enfants en grand nombre. Les pertes israéliennes se limitent à moins de trente combattants. D'ores et déjà, plusieurs des "faits d'armes"  israéliens s'apparentent à des crimes de guerre : bombardement d'un hôpital et d'une école (de l'ONU !).

Cette nouvelle entreprise armée est le produit d'une politique, choisie par la droite israélienne au pouvoir (régulièrement reconduite, il faut le dire, par les électeurs), depuis des décennies, en fait depuis l'assassinat d'Yitzakh Rabin en 1995, suivi du torpillage des accords d'Oslo. Depuis, le gouvernement israélien s'est arrangé pour faire échouer toutes les tentatives de négociation et s'est enfermé dans une logique d'affrontements armés répétés qui lui permettent de préserver à grand peine un statu quo dont on se demande combien de temps il durera et quels seront à moyen et à long terme les effets sur la société israélienne ; on en connaît déjà quelques uns, comme l'influence grandissante des Juifs religieux, au profit de qui ont été créées une bonne partie des colonies en territoire cisjordanien, le gouvernement israélien délivrant régulièrement l'autorisation pour en créer de nouvelles ; comme la marginalisation croissante des Arabes israéliens, de plus en plus hostiles à la manière dont sont traités leurs frères palestiniens.

L'installation des colonies en Cisjordanie, le bouclage, au mépris du droit des gens, de la bande de Gaza, ont mis en place sur le territoire palestinien, une société coloniale et raciste et un régime d'apartheid. On peut affirmer sans risque d'être contredit qu'Israël est la dernière colonie européenne encore implantée hors d'Europe. Le souvenir de la Shoah, l'influence des Juifs de la diaspora, empêchent encore beaucoup d'Européens de mesurer ce qu'a d'absolument scandaleux une situation qui perdure depuis des décennies et, sans doute, l'existence même de l'Etat d'Israël sous sa forme actuelle.

Israël traîne en effet, et continuera de traîner tout au long de son existence, le péché originel de sa création. Ce péché originel, c'est le projet sioniste d'installation d'un foyer national juif en Palestine. La réalisation de ce projet, en 1948, au détriment de celui d'un Etat laïque multiethnique et multiconfessionnel, enfermait ipso facto Israël dans un syndrome obsidional et dans une logique d'apartheid dont il n'est plus jamais sorti depuis.A la veille de la proclamation de l'Etat Juif,ce n'est pas en effet sur une terre vierge que le nouvel Etat va s'installer, mais sur une terre peuplée de près d'un million d'Arabes palestiniens.A la proclamation du nouvel Etat, près de 750 000 d'entre eux prennent le chemin de l'exil, souvent poussés dehors  par les forces armées juives.Le fait qu'aujourd'hui encore, nombre d'etats arabes et musulmans refusent de reconnaître Israël est parfaitement compréhensible et légitime. Depuis ses origines, l'Etat d'Israël s'est maintenu et continuera de se maintenir par la violence. Ce qui vient de se passer à Gaza n'est qu'un épisode qui en appelle d'autres.

Le traumatisme de la Shoah, l'influence retrouvée des puissances occidentales, qui s'exerçait notamment à l'O.N.U., facilitèrent grandement la création d'un Etat fondé massivement sur la partition ethnique et sur le déni des droits d'une bonne moitié  de la population de la région. Depuis, on n'est plus sorti de cette situation, et l'injustice n'a fait que croître et embellir. Ce qui a  été exclu, dès le départ, c'est la possibilité d'un Etat et d'une société laïques, pluriethniques et pluriconfessionnels. Ce qui a été créé, c'est une situation  bloquée, capable d'exercer ses méfaits pendant des décennies.

Depuis 1995, le gouvernement israélien ne compte plus que sur la domination armée, l'emploi régulier de la force, pour continuer de tirer profit de la situation actuelle et multiplier ses empiétements, ses exactions et ses offenses au droit des peuples. En espérant sans doute que ça durera toujours. Mais rien n'est moins sûr.

Ce qui joue pour le moment en faveur d'Israël, c'est un ensemble combiné de facteurs : la situation catastrophique où se trouve une partie du Moyen-Orient (Syrie, Irak, Yémen), la prudence de certains poids lourds régionaux (Arabie Saoudite, Iran), les dissensions religieuses ou politiques, les faiblesses et les erreurs de ses ennemis les plus proches (Hamas, Hezbollah, groupes djihadistes). Mais rien ne dit que la situation actuelle durera encore longtemps. En particulier, la montée en puissance du Califat islamique, à quelques jours de la prise de Bagdad, pourrait rapidement changer la donne. Le danger pour Israël viendrait alors sans doute de la Jordanie, où les tribus sunnites et l'abondante population d'origine palestinienne pourraient fournie aux islamistes radicaux des renforts décisifs. Qui dit d'ailleurs que les émissaires d'Abou Bakr al-Baghdadi ne sont pas déjà à l'oeuvre en Jordanie, en Cisjordanie et à  Gaza ?

En attendant, l'Etat d'Israël continue de ne pouvoir compter sur aucun ami au Moyen-Orient. Quant au reste du monde, si des gouvernements, occidentaux surtout, continuent de se dire ses amis et d'avoir pour lui des complaisances douteuses (comme c'est le cas de l'actuel gouvernement  social-démocrate français), le capital de sympathie dont il jouissait dans les opinions publiques n'a cessé de s'effriter, particulièrement en France. Les manifestations récentes en sont la preuve. Pire : c'est la diaspora juive qui risque d'être la victime indirecte de la politique d'Israël, notamment de la part de ceux qui confondent antisionisme et antisémitisme. Mais c'est bien la politique de l'Etat d'Israël depuis 1995 qui est directement la cause du regain de l'antisémitisme en France. Rappelons-nous les raisons invoquées par un Mohammed Merah pour justifier ses assassinats.

Pour l'instant, Israël n'a guère à craindre d'attaques militaires classiques d'un des Etats de la région. En revanche, le terrorisme est sans doute pour lui, dans un avenir proche, le risque majeur, pour peu qu'il prenne des formes nouvelles, recourant notamment à l'emploi d'armes de destruction massives ( armes nucléaires spécialement conçues pour ce type de lutte, gaz létaux, armes bactériologiques...) . L'emploi de la bonne vieille ceinture d'explosifs conventionnels est localement spectaculaire mais ne peut modifier le rapport de forces. Le recours à ces armes nouvelles, capables d'anéantir une proportion notable de la population civile, n'est pas à exclure; il nécessiterait, certes, la formation d'équipes hautement spécialisées, capables au surplus de se fondre dans la population israélienne. La répartition de cette population, majoritairement regroupée sur la bande côtière), faciliterait l'effet  destructeur massif de telles armes.

La liquidation, par ces moyens drastiques, d'une partie considérable de la population civile israélienne serait -elle à mettre au compte d'une quelconque entreprise antisémite? On ne peut, malheureusement, totalement exclure cette hypothèse. Mais dans une perspective politique excluant toute arrière-pensée raciale, elle pourrait aussi être conçue et entreprise comme un expédient tactique destiné à mettre plus vite à bas l'Etat fasciste israélien. A-t-on fait tant d'histoires lorsque les bombardiers alliés ont rasé Dresde ou Hambourg, ou lorsque les Américains ont anéanti les villes japonaises d'Hiroshima et de Nagasaki ? Aux grands maux les grands remèdes. Du reste, le peuple israélien en sortirait probablement, non seulement débarrassé d'un pouvoir qui travaille, inconsciemment, à sa perte, mais aussi purifié de ses erreurs et moralement meilleur, à l'instar des Allemands et des Japonais, qui sont aujourd'hui nos grands amis. Peut-être même les Israéliens survivants (on souhaite sincèrement qu'il en reste) deviendraient-ils aussi les meilleurs amis des Palestiniens et des Arabes, à la condition, évidemment, que ceux-ci ne les aient pas reconduits aux frontières  à grands coups de lattes dans le cul.

Il  est probable que les ennemis d'Israël s'attaqueraient  aussi à ceux qui, ailleurs dans le monde, et particulièrement en France, leur apparaîtraient comme de dangereux soutiens de la cause israélienne et complices des agissements de l'Etat-voyou, qu'ils soient simples particuliers ou qu'ils disposent d'une influence non négligeable dans les milieux de la politique, de l'économie, de la presse, du show-bizz etc. Au train où vont les choses, on peut craindre de voir circuler d'ici peu des listes de cibles à abattre en priorité et des commandos spécialisés entrer en action. Par exemple, on a pu lire, dans un éditorial non signé publié dans Le Monde du jeudi 24 juillet, la phrase suivante : " l'antisionisme n'est que la face mal cachée de l'antisémitisme". L'auteur d'une telle phrase, incontestablement pro-sioniste, quant à elle, ne s'est sans doute pas rendu compte qu'elle pourrait lui valoir de figurer sur lesdites listes, à supposer qu'elles existent déjà. Ce n'est là qu'une hypothèse et qu'un exemple. Il va de soi que nous ne le lui souhaitons pas, mais qui peut dire ce que sera l'avenir ?

Le mystère -- tragique -- est qu'un peuple qui se présente comme l'héritier des victimes des atrocités de la Shoah en soit arrivé à user,de façon presque routinière, de méthodes qui n'ont presque rien à envier à celles des persécuteurs d'antan. Son armée multiplie les crimes de guerre, et le traitement réservé depuis des années aux Palestiniens s'apparente de fort près à un crime contre l'humanité. Tout se passe comme si ce peuple, héritier des martyrs, nourrissait un inavoué complexe d'infériorité vis-à-vis des tortionnaires d'antan. Comme si, à mesure que le temps passe, il brûlait de faire mieux qu'eux. On va voir qui est  capable de faire pire ! Qu'on nous livre seulement, à nous aussi, un peuple à martyriser. Qu'on puisse enfin donner toute notre mesure ! La vraie race supérieure, c'est nous ! Combien d'Israéliens n'en sont d'ailleurs pas intimement persuadés ?

Ils risquent de le payer un jour très cher. Tant pis pour eux. Après tout, un peuple, dans une démocratie, n'a que les gouvernants qu'il mérite. Nétanyahou a été porté au pouvoir et il y a  été maintenu par le verdict des urnes comme Hitler le fut en son temps. Si ce peuple doit s'acquitter, le moment venu, du juste prix de ses  erreurs et de ses crimes, qui s'en plaindra ? Si un jour l'Etat d'Israël disparaissait de la surface de la terre, reconnaissons, sans aucune intention polémique, qu'il y aurait bien peu d'hommes pour s'en émouvoir et pour le regretter. On en parlerait quinze jours, et puis on passerait à autre chose. Vol Jérusalem NSDAP disparu sans laisser de traces.

Les événements de Gaza ne font que vérifier, une fois de plus les thèses de Hannah Arendt sur la banalité du mal. Il y a soixante-dix ans , la banalité du mal, c'était Auschwitz. Aujourd'hui, c'est Gaza. Naguère, ce furent des Allemands qui l'incarnèrent et l'exercèrent. Aujourd'hui, ce sont des Juifs. Entre les deux, le mal n'a cessé de voyager, de s'incarner, ici ou là, recrutant ses agents , toujours prêts à s'inventer des justifications, partout à travers le monde. La banalité du mal, c'est l'homme.

Additum ( 3 août 2014 ) -

La cible préférée de Tsahal, alias SS Leibstandarte Adolf Nétanyahou, semble être les écoles, délibérément et très précisément visées : 134 ont été touchées depuis le début du conflit, la dernière cette nuit, et encore une de l'ONU. Bilan : 10 morts. Ah! ils sont gratinés, les fascistes juifs. On va finir par croire qu'ils ont à coeur de banaliser Auschwitz.

Bombarder très délibérément des écoles, des hôpitaux et d'autres équipements civils, assassiner par centaines des civils, à commencer par les femmes et les enfants, s'en prendre préférentiellement aux bâtiments gérés par les organisations internationales, ce sont là des crimes de guerre, qui n'ont rien à envier aux atrocité perpétrées par les armées nazies. Les héritiers des SS d'Oradour et de Lidice sont des Juifs qui, comble de monstruosité, fréquentent pour la plupart la synagogue ! Quand les organisations internationales  -- ONU, UNESCO, UNICEF -- vont-elle se décider à exclure de leur sein cet Etat criminel, cet Etat voyou qu'est Israël ?

Additum (7 août 2014 ) -

C'est fini. Ils sont repartis chez eux, avec leurs chars et leurs canons. Les médias semblent avoir oublié déjà ce qui vient de se passer. Les horreurs auxquelles nous avons assisté, presque en direct, personne n'y pense déjà plus. Un drame chasse l'autre. Le virus Ebola fait déjà oublier les enfants massacrés de Gaza, les ruines des écoles, des hôpitaux, des maisons, la misère des gens. Nous ne sommes que des voyeurs, de tout. La couverture médiatique des événements du monde n'est pas mobilisatrice, elle est constamment démobilisatrice, au contraire. Mon estime va  à ceux et celles qui partagent le quotidien des plus misérables, médecins et infirmières des ONG, par exemple. Eux donnent du sens, de la cohérence à ce qui, pour nous, pitoyables voyeurs, sombre dans le désordre des images qui s'annulent les unes les autres à mesure qu'elles s'accumulent.


On est totalement avec vous, les amis !




Aucun commentaire: