dimanche 6 juillet 2014

La divine surprise du Califat

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A la suite de leur offensive éclair contre l'armée irakienne, les djihadiste de l'EIIL ont annoncé, le 30 juin dernier, le rétablissement du califat sur le territoire qu'ils contrôlent, et dont la capitale provisoire est Mossoul, seconde ville d'Irak. L'autorité de ce califat s'exerce donc depuis la province d'Alep, au Nord de la Syrie, à celle de Diyala, au Nord-Ouest de l'Irak. Les djihadistes contrôlent maintenant une aire géographique considérable où vivent des populations nombreuses et qui comptent des champ pétroliers de première importance.

Depuis, on a pu voir sur des vidéos le visage du nouveau calife autoproclamé, Abou Bakr Al-Baghdadi. Son premier acte officiel a été de réclamer leur allégeance à tous les musulmans de la planète. Le visage de cet homme est peut-être celui d'un fanatique, mais ce n'est certainement pas celui d'un imbécile ni même celui d'un illuminé. On pressent chez lui, outre une volonté de fer, une intelligence politique d'exception. Un nouveau Sadddam Hussein version islamisme radical ? L'avenir le dira.

Ce rapprochement avec un Saddam Hussein n'est peut-être pas aussi oiseux qu'il y paraît car, outre le fait que d'anciens officiers de Saddam ont rejoint le camp djihadiste, l'espérance révolutionnaire qu'avait incarnée, après 1945, l'accès au pouvoir du parti Baas en Irak et en Syrie, cette espérance révolutionnaire a clairement migré dans le camp de l'Islam radical, du moins aux yeux d'une large fraction des populations musulmanes.

Le nouveau califat islamique occupe géographiquement une position stratégique de premier ordre. Outre la menace directe qu'il fait peser sur les régimes de Damas et de Bagdad, il touche  le territoire de la Jordanie, très majoritairement sunnite. L'Arabie Saoudite, la Turquie, l'Iran, ne sont pas loin.

On annonce une contre-offensive de l'armée irakienne en direction de Mossoul. On espère pour le régime chiite en place à Bagdad qu'elle ne tardera pas trop, car chaque jour l'adversaire se renforce. On espère aussi qu'elle réussira, ce qui est rien moins que sûr, vu la piètre qualité des performances de l'armée irakienne au cours des récents engagements contre les djihadistes.

En attendant, le temps joue pour le Califat. Il ne semble pas encore en mesure de mener avec succès des actions militaires décisives contre Bagdad, Damas ou la Jordanie, encore moins contre l'Iran. Les djihadistes ont donc intérêt à temporiser pour se donner le temps de se renforcer.

Cependant, ils disposent d'un atout maître, c'est l'idée  fumante d'avoir restauré le Califat. Tous les musulmans du monde ont plus ou moins ouvertement la nostalgie de cette époque prestigieuse des Califes, successeurs de Mahomet, Commandeurs des Croyants, époque qui prit fin en 1258, avec la chute du dernier calife abasside. L'autorité du Calife est triple : religieuse, morale et politique. Elle est, en principe, absolue.

Tous les Musulmans du monde ont la nostalgie du Califat, à commencer par les plus radicalisés, souvent jeunes ou très jeunes. Et pas seulement dans  les pays arabes ou musulmans, mais aussi dans les milieux de la diaspora, en Europe Occidentale et en Amérique du Nord au premier chef.

On attend avec curiosité les premières directives adressés par Abou Bakr Al-Baghdadi aux Musulmans sunnites qui vivent ailleurs que sur le territoire actuel du califat, mais ces directives risquent, à plus ou moins long terme, d'exercer des effets dévastateurs. Dans les pays du Moyen-Orient, par exemple, en Arabie Saoudite, dans les Emirats ou en Jordanie, qui sont gouvernés par des régimes dont la fragilité est notoire. Ce n'est sans doute pas par des actions militaires pilotées de l'extérieur que ces régimes tomberont, mais par des révolutions conduites par des hommes acquis aux idéaux du Califat.

Quid des Etats occidentaux? Le risque majeur auquel ils ont actuellement à faire face est le terrorisme. Les actions terroristes ne peuvent qu'être encouragées et multipliées, notamment contre certaines communautés, comme la communauté juive. Et cela à brève échéance.

En somme l'efficience stratégique et révolutionnaire des messages d'Abou Bakr Al-Baghdadi dépendra, d'une part, de sa capacité, la sienne et celle de ses compagnons, à donner force de réalité à ce qui n'était plus depuis longtemps, dans l'imaginaire musulman, qu'un rêve et une nostalgie, et d'autre part, de la disponibilité d'un nombre toujours plus grands d'individus se réclamant de l'Islam à être réceptifs à ce message sans aucune réserve. On est loin de l'objectif, mais on est sur le chemin y menant.

Les djihadistes du nouveau Califat ont tous la conviction que ce qui fera évoluer la situation actuelle à leur avantage, c'est la guerre et la violence à outrance. Pas de cadeau pour les ennemis d'Allah, où qu'ils se trouvent, qu'ils soient chiites, chrétiens, juifs ou mécréants occidentaux. Si leurs adversaires ne se pénètrent pas de la même conviction et n'agissent pas en conséquence, dans les meilleurs délais et à bon escient, ils ont de gros soucis à se faire. Le défaut de la cuirasse du nouveau califat, c'est qu'il  a beaucoup d'ennemis, et puissants. Encore faut-il qu'ils soient capables de s'entendre.

Car s'il est vrai, comme le croient certains, que ce sont les idées qui mènent le monde et qui le changent, il va falloir, contre un adversaire comme celui-là, mobiliser quelques idées qui tiennent la route et qui soient capables de fédérer un maximum de gens prêts à s'allier pour monter ensemble au baston.

Espérons aussi qu'à l'égard des pays musulmans du monde, la diplomatie occidentale, américaine en tête, parviendra à se montrer moins inepte qu'aux temps des Bush, père et surtout fils.



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