vendredi 4 juillet 2014

La République des Ivres : 1 / Les ravages du temps

Lettre d'un touriste remontant le Mékong le 3 juillet 2014

"J’ai pense a vous, mon Philou, en remontant le Mekong au depart de Louang Prabang aujourd’hui- il y avait une armee de Bouddhas (presque) vivants, de la mangue, et, a defaut de St Emimile, un honnete Penfold’s d’Australie. Monsieur Kam Phong, notre pilote, l’a tellement apprecie qu’il s’est mis a tirer des bords & a tracer des zigzags qui ne devaient pas seulement aux ecueils qui avaient desespere Doudart de Lagree et Garnier. Luxe & volupte de l’ebriete legere dans des lieux a jamais vierges de quad et de vtt…La saison des pluies decourage le touriste & c’est tant mieux. La pluie a toujours ete la fidele alliee du misanthrope."

Signé Ploum. Le dénommé Ploum semble fâché avé les assents, à moins que ce soit son traitement de texte qui ait pris le parti d'ignorer les règles de l'ortograf du frantsouès.

" dans des lieux à jamais vierges de quads et de VTT..."   Hi ! Hi ! Hi !    Hi !


La vallée du Mékong en 2044


"Depuis la décision du gouvernement laotien d’ouvrir le pays au tourisme de masse international, les paysages de la région, aux abords du Mékong, ont bien changé. En amont et en aval de la ville de Louang-Prabang, sur les deux rives du fleuve, un parcours non-stop de trois pistes (un pour les 4×4, un pour les quads, un pour les VTT) a été créé sur une longueur totale de 300 km, ce qui a nécessité la construction de deux ponts sur le fleuve. Des aires de repos (avec stations d’essence, jeux d’enfants, commerces de souvenirs) ont été aménagées tous les 25 km. Le tout au prix d’une déforestation intensive qui a contribué à changer quelque peu le climat (il pleut beaucoup moins, et avouons que c’est là un atout supplémentaire pour le tourisme).
Sur le fleuve lui-même, le vacarme des hors-bord et des jet-skis est incessant. Des vedettes surchargées de touristes de toutes nationalités remontent et descendent, annonçant leur approche à grands coups de sirène. On a dynamité les écueils, pour faciliter la circulation des bateaux. En revanche, on a créé des îles artificielles tout béton pour y implanter des restaurant. et des bordels de luxe. Les abords immédiats de Louang-Prabang sont devenus un haut lieu de la prostitution sous toutes ses formes et les pédophiles du monde entier s’y donnent rendez-vous.
Cerise sur le gâteau, sur 200 km en amont et en aval de la ville, un système de sonorisation surpuissant diffuse en permanence les derniers tubes à la mode.
Les habitants de la région ont depuis longtemps abandonné leur langue maternelle au profit d’une manière de pidgin à base d’américain, de russe, de chinois et d’arabe (les ressortissants des des pays du Golfe débarquent en effet par gros bataillons). La plupart des temples et monastères bouddhistes ont été transformés en guinguettes, restos où l’on sert une cuisine néo-locale, et en bobinards aux spécialités multiples."



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