mardi 29 juillet 2014

" Le théâtre quantique " ( Alain Connes, Danye Chéreau, Jacques Dixmier ) : involontaire tromperie sur la marchandise ?

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Je recopie ici un extrait du texte de présentation, publié en quatrième de couverture :

" Voici une fantaisie initiatique qui aborde de manière innovante le problème du temps, les paradoxes de la mécanique quantique et les interrogations sur la simulation des fonctions cérébrales, à travers une intrigue policière originale et les aventures d'une physicienne attachante, passionnée et prête à tout ".

Eh bien, pour une déception, c'est une déception. Fantaisie tant qu'on voudra, que cette intrigue romanesque assez peu captivante, d'ailleurs. Mais pour le côté initiatique, le lecteur risque de rester sur sa faim. Ce qu'il pouvait attendre légitimement, au vu du titre, des auteurs (Alain Connes, en particulier, lauréat de la médaille  Fields en 1982, n'est pas le premier venu) et de l'alléchante présentation citée plus haut, c'était un travail de vulgarisation scientifique effectivement innovant qui l'aiderait  à mieux comprendre (enfin!) les paradoxes de la physique quantique.

Car, en dehors de quelques aperçus amusants sur la vie sentimentale de quelques chercheurs, leurs relations professionnelles et une visite des locaux du CERN à Genève, les auteurs ne font guère d'efforts pour mettre les fameux paradoxes à la portée de la comprenette du vulgue homme pécusse. Le plus rigolo est qu'ils ont complété leur ouvrage par un glossaire dont nombre d'entrées nécessiteraient elles-mêmes un brin d'explication. Quelques exemples :


Groupe de Lie   :   Un groupe de Lie est un groupe sur lequel la notion de différentiabilité a un sens.

Feynman   :      Selon Feynman, l'amplitude de probabilité d'une configuration classique est donnée par l'exponentielle imaginaire de l'action classique calculée en unité de Planck. Ce sont ces amplitudes de probabilité qui s'ajoutent lors de la superposition d'états. Leurs valeurs absolues élevées au carré donnent les probabilités.

Observable   :  Une quantité observable en mécanique quantique est formalisée mathématiquement par un opérateur agissant sur les vecteurs d'un espace de  Hilbert.


Si  bien que le lecteur en vient à se demander à l'intention de quel public  ce livre a été écrit : est-ce à l'intention d'un public restreint disposant d'un bagage mathématique nettement au-dessus de la moyenne (disons, au minimum celui d'un taupin de bon niveau) qui le rendrait apte à goûter vraiment les divagations scientifiques des auteurs ?  ou bien est-ce à l'intention d'un public lambda amateur de vulgarisation scientifique, lequel risque fort, comme cela a été mon cas, de rester à la porte de l'essentiel et de devoir se contenter d'une assez médiocre fiction  romanesque ?

J'ai tiré de cette lecture la conclusion que la physique quantique n'est pas susceptible de vulgarisation scientifique  -- ce dont j'étais déjà convaincu --, ne pouvant vraiment être comprise que si l'on maîtrise suffisamment un certain ombre d'outils mathématiques qui dépassent nettement le niveau du baccalauréat. Curieusement, par ailleurs, aucun des trois auteurs n'est physicien : Alain Connes et Jacques Dixmier sont mathématiciens; Danye Chéreau, de formation littéraire, a dû aider à la mise en oeuvre romanesque de ce bouquet d'hypothèses qui, pour moi, sont restées absconses.


Alain Connes, Danye Chéreau, Jacques Dixmier  :   Le Théâtre quantique   ( Odile Jacob )






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