mardi 16 septembre 2014

Le ciel par-delà les volets

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16 septembre, vers 16h30


Au-delà des volets en tuile, la brousse de l'olivier frémit, se mélange et se ploie dans la brise, dardant là-haut la tendresse de ses ultimes pousses ; écran ajouré pour la haute tranche de ciel changeant, nuées blanches, plombées, bleutées, irisées de lumière par un soleil que masque opportunément le vantail. Etendu sur le lit, je contemple cette féerie silencieuse au charme sans cesse renouvelé ; je suis tout yeux ; bonheur simple.

Il y a trente ans, ma femme et moi avons donné de l'argent pour faire construire cette maison aux volets de bois.  Il y a trente ans, cette perspective particulière sur le vaste monde n'existait pas : une tranche verticale de monde au-delà des volets presque clos ; le monde barré de l'espagnolette noire, le monde soudain rayé du vol à tire-d'ailes de deux oiseaux au-dessus des rameaux dans le ciel. Il n'est pas de paysage sans un cadre et un format.

Mon regard attentif organise en éphémère série d'esquisses ce qui pourrait inspirer un peintre. Je bois la paix du monde par les yeux.


L'Ecclésiaste dit :


Buée de buées a dit le Sage buée de buées tout est buée.
On n'a pas souvenir des premiers hommes
Et non plus ceux d'après qui  viendront
on n'en aura pas souvenir chez ceux qui viendront après.
J'ai vu toutes les oeuvres qui se sont faites sous le soleil
Et tenez tout est buée et pâture de vent (1).


Buées que ces nuages glissant. 
Graciles ramures pâture de vent.


Oui mais c'est notre éphémère richesse, notre ineffable bonheur, à nous autres humains, passants émerveillés. 


(1)  -  Traduction d'Henri Meschonnic.



Ces rameaux d'olivier de Pontevès n'ont point été saisis à l'orée de l'automne...



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