lundi 15 septembre 2014

Valérie ou le bonheur de saquer la gueule au guignol à scooter

1146 -


" Je préfère une colère à un silence " ( François Hollande, conférence de presse du 18/09/2014)


A l'heure qu'il est, Monsieur 13% est peut-être descendu  au-dessous de la barre des 10%. Si c'est le  cas, le succès foudroyant du livre de Valérie Trierweiler y aura certainement fortement contribué, et on ne peut que s'en réjouir.

Cependant, dans un billet qui se veut assassin du Monde des livres, "Trierweiler, style trahison", Jean Birnbaum condamne l'ouvrage en ces termes :

" S'il suscite la tristesse et l'écoeurement, écrit-il, ce n'est ni par son niveau littéraire ni par son contenu politique, mais parce qu'il fonde son succès marchand sur la trahison d'une valeur. Car la valeur du livre, comme objet mais aussi comme tradition,  tient au fait qu'on y dépose une espérance au long cours, une fidélité maintenue. Or, avec Valérie Trierweiler, le livre n'est plus un engagement qui dure, mais une vengeance précipitée."

On pourrait objecter à Birnbaum que ce n'est sûrement pas la première fois que, dans un livre, quelqu'un règle ses comptes dans un esprit de vengeance, précipitée ou pas. Peut-être même vaut-il mieux que la vengeance soit précipitée plutôt que longuement recuite et méditée. En tout cas, il vaudrait la peine de recueillir, chez les plus grands écrivains, les meilleures pages inspirées par l'esprit de vengeance : tiens, dans les Confessions, de Rousseau, par exemple. Depuis quand, en littérature, la méchanceté, même injuste, serait-elle devenue un vilain défaut ?

Si le livre de Trierweiler fonde son succès sur la trahison, il faut tout de même rappeler qu'elle n'en a pas pris l'initiative. La conduite de Hollande à son égard a suscité dans l'opinion un scandale durable, et c'est le scandale de cette conduite qui, plus encore que le livre de la première dame répudiée, a provoqué dans l'opinion une condamnation  durable.

Que Monsieur Tartempion s'en aille baiser à droite et à gauche, qu'il quitte la nuit le lit conjugal pour aller tirer son coup chez la voisine, tout le monde s'en fout comme de l'an quarante. Mais François Hollande n'est pas Monsieur Tartempion (encore que, parfois, on ait des doutes à ce sujet). Il est tout de même président de la République et, à ce titre, il nous  représente tous, notamment à l'étranger. Valérie Trierweiler était, de fait, devenue la première dame de France, associée par son compagnon à de nombreux déplacements officiels. Il y a dans ce domaine  un minimum de dignité et de discrétion, et l'hypocrisie, quand la raison d'Etat est en jeu, devient une vertu. Les prédécesseurs de Hollande, on le sait, ne furent pas des parangons de vertu conjugale, mais au moins surent-ils sauver les apparences, ou, comme le fit Sarkozy, organiser la transition en y mettant des formes acceptables.

En se faisant flasher sur son scooter en bas de l'appartement de sa nouvelle poule, Hollande ne s'est pas seulement ridiculisé, il a déconsidéré sa fonction.

On devrait toujours déposer dans un livre, écrit Birnbaum ,  "une espérance au long cours, une fidélité maintenue". Quant à moi, je trouve ce propos plus comique qu'autre chose. Qu'est-ce que c'est que ce programme de boy-scout ? N'importe quoi. Néo-humanisme de merde. Idéalisme de chiottes bien digne du rédacteur en chef du Monde des livres. Ethique de trou du cul. Salaud.  Hola ! Voilà que je me lâche. Quelle abusive fureur me point , là ? Après tout, il a bien le droit de voir les choses comme ça, cet homme. Oui, mais moi, j'ai bien le droit de trouver très conne cette définition de la littérature. Et surtout des plus limitées. Ferdine doit se retourner dans sa tombe quand il entend ça, et y a pas que lui. Sans compter que " Mon honneur s'appelle fidélité " , comme devise pour la littérature, le Birnbaum aurait pu trouver plus judicieux. Il a pas dû trop réfléchir quand il a écrit ça, notre Médor du Monde des livres. Heil Flanby ! Question trahison, la nouille corrézienne a été bien servie ces derniers temps, il est vrai. Birnbaum doit trouver que trop c'est trop. Le Hollande's bashing, soit, mais pas jusqu'à la noyade tout de même. En tout cas, j'attends avec curiosité le livre auquel Flanby ne manquera pas de s'atteler dans deux ans, une fois que les électeurs l'auront réexpédié dans sa chère Corrèze. Il nous y expliquera certainement comment, au cours de ce quinquennat, il  aura su entretenir "une espérance au long cours", et comment ce spécialiste du  reniement des promesses et des programmes aura cultivé la vertu de fidélité.

Les résultats de la politique intérieure de François Hollande sont du même ordre que les résultats de sa conduite "sentimentale" : misérables. Le bilan de notre frétillant homme à femmes (qui l'eût cru, avec  une pareille gueule de raie ?) est aussi consternant que celui de l'homme public. Tout au moins les petitesses  de l'homme privé jettent-elles un jour cru sur les insuffisances de l'homme public. 

Bravo, Valérie, et merci de tout coeur. Ton salubre bouquin nous rappelle qu'il n'y a pas de grand homme pour sa vieille poule répudiée. Je ne lirai pas ton livre, j'ai mieux à faire. Mais dans le nécessaire exercice du Hollande's bashing, tu  auras tenu magnifiquement ton rôle. N'en déplaise à Jean Birnbaum, l'utilité de cet exercice de vengeance privée est d'abord politique. Si le plus médiocre des présidents de la Cinquième devait ne pas s'en remettre politiquement, qui s'en plaindrait ? La vengeance est un plat succulent, qui, en politique, se mange  avec délices, à toutes les températures.



Aucun commentaire: