lundi 20 octobre 2014

Au théâtre ce soir

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Au théâtre de notre petite ville nous sommes allés, ma femme et moi, assister à une représentation donnée par une troupe amie. Au coeur de la cité le théâtre dresse son vastes bâtiment de béton ocre percés de rares verrières, dont les hauts murs incurvés ressemblent aux rampes d'accès aux étages d'un parking , qu'évoquent aussi, à l'intérieur les piliers massifs de soutènement des balcons superposés et les labyrinthiques couloirs de circulation piétonne. Edifice peu gracieux, aux écrasantes proportions oeuvre d'un Le Corbusier local saisi de la folie des grandeurs. Pourtant, l'orchestre où nous nous installons, tout  au bout de la scène, au coin d'un pilier, est empli à ras bord d'une foule jacassante d'adolescents peu éduqués, qui couvrent de leurs bavardages les voix des acteurs, impossibles à distinguer, dans leurs costumes de ville, des spectateurs parmi lesquels ils ont choisi de démarrer la représentation, selon un usage qui fut à la mode dans les années quatre-vingt, mais aujourd'hui passablement ringard ; pendant ce temps l'immense scène reste obscure et vide ; seule est repérable au milieu des rangées de fauteuils une très jeune comédienne en robe blanche, à la voix fluette, presque inaudible. Comme je sais que les acteurs utiliseront les deux niveaux superposés de la scène et que l'essentiel du spectacle se déroulera au niveau supérieur, invisible de l'orchestre, je décide d'aller à la recherche de  places mieux situées, dans  les balcons supérieurs. 

De fait, au plus élevé d'entre eux, presque désert, j'en repère deux, face à à scène, idéalement dominantes. mais au retour je me perds dans le dédale anonyme des couloirs, sans parvenir à retrouver l'accès à l'orchestre. En revanche, les couloirs me mènent au centre-ville, où je me mets en quête de friandises à offrir à nos amis comédiens, mais aucun marchand de calissons et de fruits confits ne figure dans la rangée de boutiques brillamment illuminées, et d'ailleurs toutes fermées. Je rentre dans le théâtre, cherchant vainement à retrouver l'orchestre où m'attend ma femme; je m'y retrouve en effet, mais du mauvais côté; du coup il me faut en ressortir, pour me perdre à nouveau dans les couloirs, où je déplore qu'aucun fléchage (pourtant si aisé à installer, quand on y pense, sur ces hauts murs nus) n'aide l'égaré à retrouver son chemin et sa femme ; au bord des larmes, je  tombe sur un couple de jeunes gens amis qui me proposent de m'y guider; mais le compagnon de la jeune femme s'absente pour une raison inconnue ; comme, au bout d'un moment, il ne reparaît toujours pas, craignant qu'il ne se soit perdu à son tour, je m'affole et repars seul; pour me retrouver dans un hall désert où ma physionomie hagarde et pleurarde alerte un instant un quidam étonné. Je me jette à nouveau dans un couloir encore non parcouru : qui sait ?

Rassuré sur le sort de ma femme, que j'entends s'affairer en bas dans la cuisine, je repars en autocar pour une virée nocturne dans les montagnes ; nous traversons des villes très provinciales et vides d'habitants, à part quelques passants roumains petitbillets, étonnamment monumentales, ornées de kiosques funéraires non tout-à-fait hideux, et même d'une singulière beauté, édifiés à la mémoire d'artistes locaux ; je parcours à pied la dernière, guidé par un cicerone en chapeau mou qui ressemble vaguement, de dos, à Yves Montand ; nous traversons une enfilade de portiques géométriques de marbre vert épinards ; je m'aperçois bientôt que, dans la douzaine de chapeaux mous qui me précèdent dans la rue obscure, je suis incapable d'identifier celui de mon guide. A Dieu vat !




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