dimanche 5 octobre 2014

Coupez cabèches !

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J'ai été un peu surpris par la réaction d'horreur générale suscitée en France par la décapitation de l'otage français. Barbarie ! a-t-on entendu sur tous les tons, dans une quasi unanimité.

Il est vrai que ces réactions horrifiées ont été motivées surtout par l'innocence de la malheureuse victime, qui n'avait commis d'autre crime, en dehors du fait d'être français, que de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

Quant à la décapitation, rappelons que notre pays peut se prévaloir d'une longue tradition en la matière, tradition qui n'a trouvé son terme, au grand regret de beaucoup (dont moi), qu'en 1981, autant dire hier.

Sous l'Ancien Régime, la décapitation était considérée comme la plus  honorable des formes d'exécution, réservée en principe aux nobles. Pendant la Révolution, on a énormément décapité, avec exhibition des têtes au bout des piques etc. En Algérie, au début de la colonisation, l'administration française confiait le soin d'exécuter les condamnés à mort à des bourreaux algériens armés d'un yatagan. Un yatagan, tu imagines la virtuosité, le moulinet, et schlack ! Positivement fumant.

En ces temps anciens, on parlait de décollation, mot qui vient sans doute de ce qu'avant l'exécution, on servait aux spectateurs une collation, à laquelle mettait fin la décollation, comme le nom l'indique.

Beaucoup soutiennent que la décapitation est la moins douloureuse et la plus rapidement expéditive des techniques d'exécution, à condition d'être bien exécutée. Au bout de trois ou quatre secondes, toute conscience s'éteint. C'est ce qui a conduit le bon docteur Guillotin à mettre au point l'instrument qui porte son nom. La décapitation apparaît alors comme ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : une oeuvre philanthropique.

Rappelons qu'en dehors de la France, pays qu'on peut considérer comme pionnier en la matière , les pays les plus anciennement civilisés de la terre ont recouru à la décapitation jusqu'à une époque récente : c'est la cas de la  Chine, où on a décapité à tour de bras jusqu'au début du XXe siècle. Mais la décapitation a surtout reçu ses lettres de noblesse en Europe : sous le règne du bon roi Henry VIII, les femmes accèdent enfin au suprême honneur.

J'allais oublier la décollation de bon nombre de propagandistes de la nouvelle religion aux bons vieux temps néroniens : nouvelle preuve de l'ancienneté d'une coutume dont l'usage, au vrai, se perd dans la nuit des temps préhistoriques : signe manifeste des progrès de l'hominisation, au même titre que le débitage Levallois.

On ne peut même pas dire que le Califat islamique remette en honneur cette ancestrale pratique, puisque la décapitation est toujours le mode d'exécution officiel dans plusieurs pays avec lesquels nous entretenons les meilleurs relations : l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et le Qatar. Ils nous achètent nos Rafale et nos chars Leclerc, nous, en échange, on ferme pudiquement les yeux sur quelques raccourcis dans l'interprétation de la doctrine (d'ailleurs passablement moisie) des droits de l'homme. Comme l'a fortement remarqué Eric Zemmour, le droit-de-l'hommisme, c'est ce qu'on trouve aujourd'hui de plus ringard sur le marché aux idéologies et de moins productif sur le marché tout court. Soyons réalistes et pragmatiques, comme nous le recommande notre ministre de l'économie.

Cependant, les décapitations effectuées par Daech (puisque c'est comme ça qu'on dit) risquent de faire boule de neige, si j'ose utiliser cette métaphore. Qui, en effet, empêchera des groupes autoproclamés de se lancer dans des campagnes de décapitation non contrôlées par les autorités , rapidement dépassées par l'ampleur d'un phénomène de société à l'échelle planétaire? Les radicaux islamistes ont peut-être, en effet, sans le vouloir, lancé une mode, qui d'ici peu, les réseaux sociaux aidant, fera fureur : on décollera ici et là pour un oui pour un non. Tiens, les pilotes grévistes d'Air-France, il devrait bien se trouver quelques passagers furibards qui ne rêvent qu'à les décoller...Décoller ou ne pas décoller, that is the question. Elle ne se pose pas que chez Air France .

J'ai personnellement une liste bien fournie des gens dont la tête ne me revient pas et que j'aimerais leur ôter, et je ne dois pas être le seul.

Si  je me décide à passer à l'acte , j'opte décidément pour le yatagan. Sinon, j'userai du sabre d'un ancêtre qui servit dans la cavalerie sous Napoléon III. J'en éprouve déjà l'effilé sur le gras du pouce, avec, en coin, un sourire sournois, tout en rêvant à ... je ne dirai pas qui . Surprise !



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